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Le bac à sable

 

Tout le monde connaît le bac à sable. Cet espace ludique exerce un fort attrait sur les enfants en bas âge qui bâtissent là leurs premiers édifices, les mains pleines de pelles, de seaux, de sable – et aussi un peu d’excréments d’animaux de passage. Mais qu’importe, aucun enfant n’a jamais été élevé dans un monde
totalement aseptisé ; et c’est bien au contact des nuisances que le corps apprend justement s’en prémunir. Il en va de même à l’Éducation nationale, immense bac à sable pollué par toutes sortes de pratiques et où – allons plus loin…, faute d’élever des élèves, on infantilise les adultes.
 
 
D’où vient cette tendance qui se généralise et vise à traiter les professeurs et les agents des différents services comme des enfants irresponsables qu’il faut surveiller, réprimander et éduquer à chaque instant ?

 

Sans doute de la volonté de se sentir rassuré : en effet, ces techniques d’encadrement donnent au chef de service ou d’établissement un sentiment de contrôle, à défaut d’autorité, sur les personnels. Et c’est bien ce qui compte : le sentiment, l’impression de contrôler, finalement plus que le contrôle en soi.

Pour illustrer cette situation dans laquelle se reconnaîtront de nombreux collègues, je vous livre le témoignage qui m’est parvenu cette semaine, un parmi d’autres mais qui vaut son pesant de cacahuètes. Une secrétaire de lycée m’a transféré la réponse qu’elle avait reçue de son proviseur : celui-ci lui refusait une absence de 2 h, qu’elle proposait pourtant de rattraper un autre jour, et qui lui permettait de se rendre à la convocation de sa mairie pour récupérer les cartes d’identité de ses enfants. La motivation (très discutable) de ce refus était en outre accompagnée de cette petite leçon dont je vous laisse apprécier le ton, et que je vous livre dans son jus, orthographe comprise :

« Je dois malheureusement vous informer que vous devez apprendre à accepter de recevoir une réponse négative de votre supérieur hiérarchique même si cela peu engendrer une quelconque frustration. Il est bien trop facile de se mettre en position de victime quand on n’obtient pas satisfaction. »

…et pan sur le bec !

En laissant entendre que la collègue fait un caprice, le propos est humiliant à son égard, et la volonté d’infantilisation, manifeste. C’est d’ailleurs ce que confirme le rappel de sa fonction de « supérieur hiérarchique » aux décisions indiscutables : papa a dit, l’enfant obéit. Fin du caprice, et de la leçon.

Appliquée à l’enseignement, l’infantilisation va s’attaquer entre autres à la liberté pédagogique, afin d’exercer un contrôle maximal sur les méthodes et les contenus. Comme toute forme de contrôle, elle traduit un manque de confiance à l’égard du professionnel. L’article du code de l’éducation qui stipule cette liberté, rédigé avec mille précautions, rechignait déjà à accorder une entière confiance à ceux que l’autorité considère de plus en plus comme des exécutants : « La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et instructions du ministre chargé de l’Éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres du corps d’inspection ». Notre ministre actuel a beau légiférer sur la « Confiance », il n’en reste pas moins qu’il donne d’une main ce qu’il reprend de l’autre : l’article 1 et son exigence d’ « exemplarité » sont ressentis comme une mesure de défiance et d’autoritarisme – donc d’infantilisation – à l’égard des professeurs.

Alors comment faire pour échapper à cette tendance ? Malheureusement, trop de personnes que l’on a assignées au bac à sable finissent par s’y habituer, dociles par confort, par lassitude, par crainte du conflit ou des représailles. Mais pour vous qui ne comptez pas en rester là, il va falloir réagir.

Pour cela, commencez par sortir du bac à sable : ainsi que nous le suggérons dans les “10 recommandations du SNALC pour être plus fort au travail”, évitez de réagir sous le coup de l’émotion, comme le ferait justement un enfant. Formulez une réponse calme et claire. Physiquement, relevez la tête, redressez-vous, à l’image de l’adulte que vous êtes, et qui affronte son interlocuteur droit dans les yeux, à hauteur d’homme ou de femme, d’égal à égal – aucune relation hiérarchique ne saurait effacer le respect dû aux personnes. Vous vous apercevrez rapidement que cette posture droite et votre réponse posée amèneront votre interlocuteur à vous regarder et vous parler différemment.

Si toutefois vous constatez que rien n’y fait, n’oubliez pas que votre syndicat, le SNALC, a vocation à vous accompagner : forts de nombreuses confrontations au bénéfice de nos adhérents, nous serons toujours à vos côtés pour faire respecter certes vos droits mais avant tout votre personne.

Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1438

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