INTRUSIF, INVASIF, ABUSIF ?

Lettre premier degré


INTRUSIF, INVASIF, ABUSIF ?



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LE PREMIER DEGRÉ 42 – avril 2021
Par Sylvie Morante Cazaux, SNALC Premier degré
et Ange MARTINEZ, SNALC Premier degré
premierdegre@snalc.fr

Le SNALC alerte régulièrement les professeurs des écoles sur les dérives possibles mais jamais souhaitables qui ne manqueront pas de trouver des conclusions fâcheuses si ce n’est pire, à trop communiquer leurs données personnelles à différents « acteurs de l’école ». En 2021, suite aux alternances de confinements, déconfinements, couvre-feux et protocoles sanitaires, les usagers de l’école comme nos supérieurs hiérarchiques ont fait de l’urgence une règle générale qui se justifie rarement dans les faits.

Cloisonner pour ne pas subir

Le SNALC reste persuadé que beaucoup de PE, croyant bien faire, donnent le bâton pour se faire battre en laissant à disposition numéro de téléphone, adresse mail ou autre pseudo Facebook personnels aux usagers de l’école. C’est une erreur capitale qui ne devrait même pas leur venir à l’esprit. Vos « alliés de la coéducation » ne manqueront pas de déborder ou pire, de se retourner contre vous dès que la tournure des événements ne leur conviendra plus, tournure qui sentira alors le roussi vous concernant. Le SNALC vous recommande la plus grande prudence quant à la diffusion de vos coordonnées personnelles, que ce soit à l’IEN, au conseiller pédagogique, aux parents d’élèves (représentants ou non) ou à la mairie.

Invasion du numérique

Les PE sont nombreux à faire un transfert de leur boîte mail professionnelle à leur boîte personnelle pour ne rater aucune information. Pour autant, il faut bien avouer qu’aucun message ne s’avère urgent au point de ne pouvoir souffrir une lecture décalée de quelques jours. Or, vous recevez des messages à toute heure du jour et de la nuit, polluant ainsi votre temps personnel. Beaucoup d’enseignants finissent par mettre un terme à ce transfert de leur boite professionnelle vers leur boîte personnelle, pour pouvoir déconnecter au sens propre.

Intrusion dans votre temps personnel

Lequel d’entre nous n’a jamais eu envie de « sécher » la soirée-loto, la tombola ou le marché de Noël ? C’est souvent un vendredi soir, en hiver, quand vous êtes bien fatigués de la semaine. Tenir la buvette pour ensuite ranger 300 chaises jusqu’à minuit n’a rien d’engageant… De même, la kermesse tombe bien souvent le jour d’un anniversaire en famille. De plus en plus d’enseignants se désolidarisent de ces manifestations, malgré la pression que peuvent exercer divers acteurs et les remarques de certains parents. Ne l’oublions pas, votre participation doit rester un choix. Il s’agit de bénévolat et nul ne peut vous contraindre à y participer : ces activités ne font pas partie de vos ORS.

Informations confidentielles et IEN

Si vous vous appliquez de votre côté à séparer votre vie privée de votre vie professionnelle, il apparaît que les IEN ont eux, bien du mal à cloisonner. Ainsi, les mesures prises suite aux attentats qui ont frappé la France ont conduit les directeurs à donner leur numéro personnel à l’administration qui ne devait s’en servir qu’en cas d’urgence-attentat. Figurez-vous que malgré les garanties données à l’époque, les numéros récoltés n’ont pas manqué, au gré des IEN les moins regardants, de servir à contacter les directeurs pour des questions d’ordre courant.

Droit à la déconnexion

Quand votre IEN vous appelle, sur votre portable qui plus est, à 19h30 un vendredi (toute ressemblance avec une situation vécue n’est en rien fortuite), on peut légitimement se demander ce qu’il en est du droit à la déconnexion dans la fonction publique.
Ce dispositif a été établi par la loi « travail » pour le secteur privé et ne nous concerne pas. En effet, nos députés ont refusé d’inscrire le droit à la déconnexion dans la loi de transformation de la fonction publique, en raison de la nécessité de continuité du service public.
Dans la circulaire du 13 mai 2020 relative à l’accompagnement des personnels pour la réouverture progressive des écoles suite au confinement, il est précisé que notre encadrement doit « inscrire le droit à la déconnexion pour les agents qui seront maintenus en enseignement à distance […] en régulant l’usage des outils numériques (privilégier l’envoi des réponses aux mails pendant les horaires de travail) ». C’est très flou et seuls les enseignants en télétravail sont concernés.
En bref, un long chemin reste à parcourir pour protéger légalement notre temps personnel.

Clef OTP et application sur son portable : une barrière nécessaire à ne surtout pas franchir

Le SNALC est inquiet de voir qu’une application soit installée sur le portable personnel des directeurs pour remplacer la clé OTP. Quand on sait que les applications demandent, à l’installation, l’autorisation d’accès aux paramètres, on se demande quelles informations pourraient bien être collectées et à quelles fins ? Là encore, nous vous recommandons de refuser ce qui ne peut être exigé de vous sans votre accord. N’hésitez pas à demander la mise à disposition d’un téléphone portable par la mairie. Tout ce que vous risquez ? Un refus…et souvent un « oui » qui sera bienvenu.

Vous l’aurez compris, pour ne pas trépasser, il est temps de mettre des limites à certains débordements, que vous êtes en mesure et en droit de poser par vous-même et avec l’aide et les conseils du SNALC. Cela va de soi.

Droit à la déconnexion

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