L’édito du président

Jean-Rémi GIRARD
Edito de la revue Quinzaine universitaire n°1510 du 13 février 2026
À l’heure où j’écris ce texte, le pronostic vital de notre collègue d’arts plastiques de Sanary-sur-Mer est toujours engagé. Le SNALC lui apporte tout son soutien ainsi qu’à sa famille, à ses proches et à l’ensemble des personnels de son établissement.
En 2023, c’était Agnès Lassalle, poignardée mortellement par un élève de son lycée de Saint-Jean-de-Luz. En 2025, Mélanie Grapinet, assistante d’éducation tuée par un collégien devant son établissement au moment d’un contrôle des sacs des élèves. En 2025 toujours, une collègue de musique à Benfeld qui, heureusement, s’en est sortie. L’élève, lui, s’est suicidé.
Il ne s’agit pas pour le SNALC d’apporter des réponses simplistes, comme le font beaucoup de nos politiques qui dégainent leurs portiques de détection de métaux tel un réflexe pavlovien, même quand l’attaque n’a pas eu lieu dans l’établissement. Il s’agit pour nous de compatir avec les victimes, qui n’avaient jamais pensé pouvoir être tuées dans l’exercice de leur métier. Il s’agit de porter la parole d’une Éducation nationale qui souffre à en saigner, où la violence peut arriver n’importe où, et peu importe que l’on décrive — réflexe pavlovien encore — le collège ou le lycée comme « tranquille ». Il n’y a pas d’établissement tranquille, car notre système prend l’eau de toutes parts, et les collègues tentent de boucher les trous avec leurs mains.
L’École est en bout de chaîne. Présentée comme devant être un « sanctuaire », elle est en réalité le réceptacle de tout ce qui va mal dans la société : la santé mentale de nos jeunes, les contenus non modérés directement envoyés du téléphone aux cerveaux de nos élèves, les réseaux sociaux qui rendent le harcèlement possible 24 heures sur 24, à quoi s’ajoute l’état objectif de l’Éducation nationale. Une Éducation nationale gérée à courte vue, avec le budget comme seule boussole. Notre système éducatif, c’est celui des classes surchargées, de l’école inclusive au rabais, du « pas de vague » qui continue, des suppressions d’heures et de postes année après année, de la réformite perpétuelle, du déclassement salarial, de la pauvreté et de la précarité organisés à grande échelle.
Le SNALC a toujours joué son rôle de lanceur d’alerte, avant même que le mot n’existe. Nous nous entendions répondre que le niveau montait, que ça n’allait pas si mal et, encore aujourd’hui, que décidément, il y a trop de vacances scolaires. Alors que nous sommes à l’os et que nous en saignons, le président de la République n’en finit plus de s’écouter parler des vacances d’été, et chacun y va de son cours qu’il faudrait absolument ajouter, alors même que nous ne sommes pas mis dans des conditions permettant d’enseigner et d’accompagner correctement nos élèves. Et que nous sommes lâchés comme des chaussettes sales au premier risque de mauvaise publicité, comme l’a été la directrice Caroline Grandjean-Paccoud. Le ministère vient enfin de reconnaître qu’il avait une part de responsabilité. La belle affaire : cela ne ressuscitera pas notre collègue.
Le SNALC ne se taira jamais. Nous nous battons pour nos rémunérations, pour notre protection, pour des conditions de travail correctes, contre notre infantilisation. Que ce soit collectivement, médiatiquement, ou individuellement et, au quotidien, nous sommes là. Beaucoup de collègues peuvent en témoigner : nous les avons sortis de situations odieuses, nous les avons protégés, nous leur avons rendu leur dignité. Et nous continuerons à nous battre pour que vous bénéficiiez d’un meilleur traitement.





