En ce début d’année, Édouard Geffray a adressé deux lettres remarquées : l’une aux professeurs, l’autre aux parents. Que retenir de ces marques d’attention du ministre ? Le SNALC vous propose de déchiffrer les lettres.
La violence à l’école et son cortège d’événements dramatiques constituent le fond de la lettre aux parents : un élève par classe harcelé, d’autres, couteau en poche, des morts, des blessés. L’école meurtrie. Le ministre plaide pour un « sursaut collectif ».
La méthode pour y parvenir ? Multiplier les suppressions de postes, y additionner zéro emploi AED et AESH. Ajouter à cette somme les 10230 emplois supprimés dans le second degré depuis 2018. Le compte est bon ! La preuve : hausse continue des effectifs par classe, conditions de travail toujours plus dégradées, sous-administration chronique, absence de mesure de revalorisation salariale… Et le ministre de déplorer que les professeurs soient considérés « comme de simples moyens humains » par… la « société ». Mais qui a décidé de supprimer 4018 postes dès la rentrée ?
Les professeurs, eux, lui sauront gré de souligner le « sens de [leur] mission », et davantage encore qu’il s’en souvienne lui-même, car le fait n’est pas commun. Le SNALC, lui, rappelle que le sens de la mission d’un ministre de l’Éducation nationale implique notamment de défendre ses agents.
Pourtant son encre est restée sèche pour laver l’honneur de Samuel Paty de l’infâme rumeur ressuscitée par une défense qui a piétiné la vérité lors du procès en appel. De la combativité des hussards noirs de la République qu’il convoque ne reste ainsi plus guère que sa virtuelle expression. La « révolution anthropologique de l’IA » a bien commencé en effet…
« Le professeur, c’est celui qui espère pour celui qui n’espère pas encore. » Or le poids des chiffres révèle à la fois la nullité des actes et la vacuité des discours. Dans ces conditions, comment les professeurs, et avec eux tous les personnels, peuvent-ils seulement espérer encore ?
Quelque louables qu’elles soient, les intentions exprimées ne doivent pas occulter l’ampleur de la responsabilité qui incombe à l’auteur de ces lignes. Aussi y a-t-il fort à parier que ses missives restent lettre morte.
Article paru dans la revue du SNALC Quinzaine universitaire n°1511 du 13 mars 2026




