L’édito du président

Jean-Rémi GIRARD
Edito de la revue Quinzaine universitaire n°1509 du 16 janvier 2026
Travailler à l’Éducation nationale, c’est vivre une expérience qui n’est partagée que par le sélectionneur de l’équipe de France de football : tout le monde sait faire votre métier mieux que vous. Vous ne prenez jamais les bonnes décisions, quand vous n’êtes pas tout simplement incompétent. La différence, c’est que si vous démissionnez, il n’y aura pas grand monde pour prendre votre place, chiffres des concours à l’appui.
Le SNALC est absolument intraitable quant au fait que nous sommes des professionnels. Or, cette professionnalité ne cesse d’être remise en cause. Et le plus grave n’est pas le fameux « à quoi ça sert ? » de nos élèves. Le plus grave, c’est le parent qui refuse la punition de son enfant. L’inspection où l’on vous dit, après 20 ans de carrière, que rien ne va. Et la liste ne cesse de s’allonger. Dernier exemple en date dans certaines académies : le DAR (dispositif d’auto-régulation), où l’on vient jusque dans la salle de classe pour bien vous faire comprendre que vous ne savez pas faire, sans forcément vous apporter une aide réelle pour faire mieux.
Avec l’augmentation quantitative de l’inclusion scolaire chaque année, c’est désormais à grands coups d’« adaptation » qu’on vous fait savoir que votre expertise passe au second plan. Une liste de croix vient vous dire comment ne pas respecter votre programme, maintenant sans même recueillir l’avis d’un médecin. La difficulté scolaire n’est même plus médicalisée : elle est désormais niée, ou négociée dans le bureau du chef d’établissement. Il n’y a plus d’élèves en difficulté : uniquement des élèves pour lesquels on n’a pas encore adapté pour qu’ils réussissent. Ils ne réussissent certes pas ce qui est réellement attendu d’eux dans le programme, mais la note augmente, et c’est bien là l’essentiel. Les connaissances réelles, la capacité à rédiger ou calculer, la compréhension, l’esprit critique : tout cela est bien loin. Côté professeur, vie scolaire, AESH, ce sont de plus en plus d’intervenants extérieurs qui viennent vous dire comment faire, et surtout que vous faites mal. Beaucoup pourtant ne tiendraient pas deux semaines à votre place.
Pour le SNALC, remettre en cause la professionnalité des collègues et adapter à tout va, c’est dévaloriser les personnels et mentir aux élèves. C’est aussi laisser croire qu’un enseignement collectif, dans des classes qui sont parmi les plus chargées d’Europe, peut devenir un enseignement totalement individualisé. Et c’est le professeur qui doit se coltiner toute la charge de travail, sans rémunération supplémentaire ni temps dégagé. C’est également saupoudrer l’existant au détriment d’élèves avec un handicap médicalement reconnu et objectivé. L’adaptation à la demande, c’est aussi renforcer les disparités entre ceux qui connaissent le système et sauront revendiquer, et ceux qui en sont loin et ne bénéficieront de rien.
Disons-le clairement : plus personne ne contrôle l’école inclusive aujourd’hui. C’est une fuite en avant, où l’on cherche qui plus est à faire toutes les économies possibles. Des dizaines de milliers de notifications en établissements spécialisés ne sont pas suivies d’effet, faute de place. Il y aurait trop d’AESH (quelle blague !). C’est l’enseignant qui doit mieux s’adapter, grâce à une formation en visio le jeudi en 17h30. Le SNALC se bat chaque jour au ministère pour inverser ce phénomène. Pour que notre professionnalité soit reconnue. Et pour que la France ne soit plus le pays de l’OCDE dans lequel nous nous sentons les moins valorisés dans la société.