Tribulations (malheureusement réelles) d'un titulaire 1ère année

Tribulations (malheureusement réelles) d'un titulaire 1ère année

Tribulations de rentrée (malheureusement réelles) d’un titulaire 1ère année



En discutant avec des membres de ma famille dont certains sont professeurs dans certains pays, j’ai pu constater que la France s’illustre par sa capacité à envoyer ses T1 et T2 de préférence loin et si possible sur des postes éclatés, contrairement à ce qui m’a été rapporté sur l’Allemagne, la Pologne, le Canada, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. Ce qui fait que les collègues qui ne sont ni directeurs ni mamans à 80% se retrouvent dans des situations parfois intenables. Les affectations de T1 s’apparentent un peu aux œufs Kinder. On y trouve une surprise dedans. Sans avoir de solution toute faite (le fameux “Yakafokon”), il existe clairement un problème, l’égalité administrative pouvant parfois devenir tyrannique.

Bref, pour ma part, j’habite Reims. Comme j’ai une tête de vainqueur, j’ai tiré au loto du 2e mouvement un poste très spécial. Ainsi, j’ai eu le bonheur d’être affecté à 1h20 de chez moi et donc de ma famille (ou 1h05 par l’autoroute sans embouteillage et hors de portée de mes deniers reçus pour le plus-beau-métier-du-monde-débutant), sur 6 niveaux différents dont une classe tri-niveaux, 4 classes, 3 écoles différentes, sur 2 villages, avec cerise sur le gâteau, 10% de titulaire remplaçant de secteur.

Mon mentor, qui m’a introduit dans le milieu de l’enseignement, m’avait pourtant prévenu : “Bah va falloir broder, tu ne vas pas inventer la poudre, les blogs de profs séances clefs-en-main vont devenir tes meilleurs amis. T’en ressortiras fatigué mais avec une progression spectaculaire de tes compétences de prof et tu seras content de retrouver ta tribu lorsque tu rentreras chez toi”. Heureusement, j’ai pu bénéficier du soutien psychologique de ma hiérarchie : “Fallait vous y attendre en tant que T1 !”... Puis, lorsqu’il a fallu chercher un logement avec mes moyens de grand seigneur j’ai eu pour réponse de sa part “Je ne suis pas agent immobilier !”. Et les réponses des bailleurs privés/publics - lorsque l’on ne ment pas sur sa durée de bail souhaitée – sont : “Bip, votre correspondant a raccroché” ! Les maires m’ont gentiment fait comprendre que les logements de fonction/service n’existent plus pour les professeurs des écoles… J’ai finalement trouvé une solution temporaire chez l’habitant, après avoir dormi deux nuits dans une grange avant de la trouver.

Cessons les jérémiades et regardons le côté sympa : je change de classe comme de chemise. Pas le temps de m’ennuyer ! Je vois tous les niveaux, je pratique du fitness en travaillant (trois kilos de manuels à porter pour tous mes niveaux), j’ai des collègues passionnées, supers gentilles, aidantes, des petits effectifs propres aux écoles à la campagne. Et, et… des hôtes adorables qui prennent grande joie à héberger l’instituteur du village dans une superbe maison contre menue monnaie. Grâce à eux je ne suis pas seul le soir pour dîner.

Après, les côtés moins agréables existent aussi. Quatre binômes, autant de manières de faire, c’est propice pour perdre pied et s’énerver inutilement contre les élèves. C’est un déchirement de partir le dimanche ou le mercredi soir lorsque je quitte ma famille. De plus, j’ai le sentiment d’exécuter un travail superficiel en subtilisant des séances proposées sur le net et créées par des collègues généreux et inventifs. C’est encore plus compliqué de m’investir dans des projets car c’est autant de travail en plus, et de temps en moins pour ma famille. Je rédige d’innombrables courriels de coordination à n’en plus finir. Et j’ai le sentiment de ne pas me sentir dans « ma » classe. Avec tout cela, J’ai terminé cette première période sur les genoux. A tel point que j’ai eu un accident de trajet dû à ma fatigue : plus peur que mal, mais une voiture HS !

Néanmoins, je tiendrai car je suis bien épaulé par mes collègues et mon CPC tuteur, protégé autant que faire se peut par mon syndicat et par ma famille. Et malgré tous les inconvénients énoncés, parce que j’adore mon métier malgré le mépris qu’il suscite auprès de nos dirigeants depuis bien longtemps.

Pierre Grove, référent 1er degré, SNALC de Champagne-Ardenne
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