AED : ABIMÉS, EXPLOITÉS, DÉBOUSSOLÉS

AED : ABIMÉS, EXPLOITÉS, DÉBOUSSOLÉS

Lettre AED - AESH




AED :


ABIMÉS, EXPLOITÉS, DÉBOUSSOLÉS






Image par Clker-Free-Vector-Images de Pixabay



LE AED-AESH 17 - mai 2021
Par Mélina, une AED déçue, triste, mais pleine d'espoir de voir un changement
aed@snalc.fr





Je suis AED dans un collège du Bas-Rhin depuis 2 ans maintenant où je retrouve une fonction que je connais pourtant, l'ayant côtoyée quelques années auparavant, mais qui s’intitulait alors la surveillance d'externat. Lors de l’exercice de cette fonction, j'ai vécu des moments inoubliables tellement les missions et les conditions de travail étaient à la hauteur de ce que tout être humain peut supporter. À l’époque, j'étais étudiante et en tant que surveillante recrutée à temps plein, je travaillais 3 jours par semaine, puis ma semaine était libérée, sans que mon salaire en soit impacté. Ainsi, la réussite universitaire était possible et la santé au travail restait positive. Notre employeur était le rectorat, nous étions recrutés de manière anonyme et je pense avec beaucoup d'objectivité. En tout cas, j'ai un souvenir très positif de cette période. Nous étions respectés !!! Je suis restée surveillante d’externat le temps de finir mes études et j'ai quitté cet emploi qui n'était pas pérenne et ne l'est d'ailleurs toujours pas aujourd'hui !!!
Le temps a passé et en réfléchissant à une réorientation professionnelle, je suis revenue candidater en tant qu'assistante d’éducation, mais je me rends compte que tout a changé. Il faut postuler directement auprès des chefs d’établissement qui sont censés prendre leur décision de recruter (ou non) en toute objectivité. Je ne sais pas vraiment. Personnellement, j'ai pu signer un contrat auprès d'un collège, 42h par semaine à temps plein, de 7h30 à 17h30, pour un salaire net de 1230 euros !!!

Je comprends très vite que les collègues et moi-même formons une équipe nouvelle, au sein de laquelle je suis celle qui possède le plus d’expérience. Dès le début de l’année scolaire, on me fait confiance, et on me nomme CPE par intérim de manière officieuse en gardant mon statut et salaire d'AED, car comme ça arrive dans certains établissements, il peut ne pas y avoir de CPE. En somme, je faisais mon travail d'AED et celui de CPE. J'aime ce que je fais car je voulais devenir CPE, mais la plupart des collègues sont pris de jalousie. Alors, je subis des pressions de leur part de manière quotidienne, des coups bas, des mises à l'écart, sans compter que la direction me submerge de travail et n'intervient pas quand je lui rapporte ce qui se passe à la vie scolaire. D’où ma question : Pourquoi ne m’a-t-elle pas soutenue ?

Les collègues trouvent des prétextes pour s'allier et m'accuser de choses à tort. Je fais remonter les événements à la direction et demande son soutien mais rien n’y fait. Je crois qu'elle s'en fiche et ne veut qu’une seule chose, que tout tourne pour le mieux, peu importe ce que je subis. J'ai donc pris sur moi, je travaillais beaucoup, voire même je réalisais le travail de certains collègues trop préoccupés à faire autre chose. Cependant je m'essouffle, et je décide de ne plus faire fonction de CPE et de ne faire que mon travail d'AED. Je sais que cela ne va pas plaire, et c'est bien ce qui s'est passé. La direction au départ n'a pas accepté que je cesse cette mission. Toutefois, après avoir insisté, j'ai pu me libérer et lever un peu le pied, mais à quel prix !!!

Nous sommes déjà au mois de janvier. Bien qu’ayant repris ma place d'AED, les collègues ont persisté dans un acharnement subtil, me manquant pour certains de respect. Alors comme je sais que cela ne sert à rien de remonter l'information, je prends sur moi et me renferme, leur laissant une plus grande place encore. En même temps, je m’interroge : « Peut-être ne les laisses tu pas s’affirmer ? », « Peut être es-tu trop visible ? »..., autant de remises en question. Étant donné que j’en faisais moins, la direction me demandait ce que j'avais. Je répondais simplement que je préférais m'effacer un peu pour laisser la place. Ça ne plaisait pas. En somme, je devais faire et passer outre les comportements négatifs que je subissais et ceux que je pourrais éventuellement subir. C'est dur de ne pas être soi-même, mais il le fallait pour éviter d'avoir les collègues masculins sur le dos. J'étais fatiguée, mais ce qui me touchait le plus c'était que la direction laissait faire. Pourquoi ?

Même lors des réunions je parlais peu afin de laisser les collègues s'exprimer. Et à la fin, la direction me demandait pourquoi je ne disais rien. Je devais sans cesse répéter que je laissais place aux autres et m'effaçais un peu car pour les collègues j'étais celle un peu « grande gueule ». Je crois, et j'en suis même sûre, que dans notre société on n’aime pas trop les « grandes gueules », les personnes qui osent dire des choses tout en étant elles-mêmes, sans avoir PEUR de ne pas rentrer dans les cases, et se voir frappées d’un non-renouvellement de contrat.

Finalement, telle est bien cela la grande problématique. Nous sommes dans une grande précarité, même si on nous fait croire le contraire. On subit une année scolaire, avec renouvellement ou non à la clé. Même si tu fais bien ton travail, tu peux ne pas avoir un renouvellement de ton contrat, pour des questions d'ego très souvent ou de feeling, « je n'aime pas cette personne », donc je ne la reprends pas. Le plus grave étant que les chefs d’établissement vous trouvent des déficiences professionnelles pour argumenter leur choix. Un excès d'autorité. PIONS nous étions, PIONS nous resterons. Comment prouver que l'on travaille bien ? Quand un Principal ou un Proviseur vous a dans le collimateur et vous donne des excuses du type : « Je pense que vous n'êtes pas faite pour ce poste, que vous avez des défauts relationnels... », comment peut-on se défendre, se justifier ?
Crier, écrire que c'est injuste, comme je le fais par ce témoignage, tandis que des moyens pourraient être mobilisés pour remédier à tous ces dysfonctionnements et à toute cette souffrance.

Peut-être, commencer par mettre en place un voire des groupes de travail avec des personnes en lien avec cette mission (AED, CPE, enseignants, élèves, parents d’élèves…), des représentants des syndicats et de l’Administration, afin de trouver ensemble des trajectoires qui seraient bénéfiques à tous les AED.
Je souhaiterais m'adresser à tous ceux qui sont à l’origine de la création de ce statut : Pensez-vous qu’il soit valorisant ? D’autant plus qu’il provoque des inégalités sociales, notamment lors des recrutements. Vous savez que ce que l'on appelle le « piston », ce dernier entre en ligne de compte. En effet, le fils ou la fille d'un tel aura plus de chances de voir sa candidature acceptée que le fils ou la fille d'un autre.
À quoi servent tous ces discours sur la crise du lien social ? Ne vaudrait-il pas mieux revenir à un statut de SE-SI ?
Enfin, le pire étant que si nous n'acceptons pas tout ce qui nous est demandé, nous risquons un non-renouvellement de CDD, d’être blacklistés, une sanction voire plusieurs, alors que nous ne le méritons pas, du moins je ne le pense pas. Mais en fait, je ne sais plus. Cela ressemble également à un suicide social.

Voilà pour un premier jet autobiographique d'une mésaventure en tant qu'AED.
Je ne sais pas si certains, certaines d'entre vous se retrouveront à travers mes lignes...







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