GRENELLE : UN AVENIR FORT SOMBRE

GRENELLE : UN AVENIR FORT SOMBRE

Lettre PÉDAGOGIE




GRENELLE :


UN AVENIR FORT SOMBRE





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LE PÉDAGOGIE 7 - Mars 2021
Par Sébastien Vieille
Secrétaire National à la pédagogie
pedagogie@snalc.fr





Il devait être le cadre de discussions sur la revalorisation des personnels de l’éducation nationale. Le Grenelle, qui s’inscrivait dans un grand raout avec les états généraux du numérique et le grand colloque sur l’enseignant du vingt-et-unième siècle, aura surtout permis au ministère de tracer les contours de ce qu’il souhaite faire de notre métier.

Un professeur toujours plus contrôlé.

A l’heure actuelle notre liberté pédagogique est encadrée par l’article L912-1-1 du code de l’éducation qui stipule qu’elle s’exerce dans le respect des programmes, des instructions du ministre, dans le cadre du projet d’école ou d’établissement et sous le contrôle des membres du corps d’inspection. Elle n’est donc pas absolue. Mais les limites qui sont posées sont à peu près logiques.

A travers les ateliers du Grenelle, le ministère a montré sa volonté de donner plus de poids à la gouvernance locale, c’est-à-dire aux chefs d’établissement.

Entendons-nous bien. La mention dans le code de l’éducation du projet d’établissement permettait déjà à cette entité désormais appelée direction pédagogique d’avoir un certain poids. Cependant, au CA, il y a des représentants des enseignants pour faire entendre leur voix, voter et influer sur les décisions. Cette instance, reconnue, permet un certain contrôle et l’exercice de contre-pouvoirs.

Le ministère et d’autres interlocuteurs du Grenelle ont plutôt envie de passer directement par les chefs d’établissements, véritables pilotes locaux, leur permettant de s’appuyer sur des professeurs désignés par eux pour mettre au point la politique de l’établissement, voire, à terme, pour le recrutement local des enseignants.

Dans l’esprit de nombreux participants au Grenelle, une plus grande importance devrait être donnée au conseil pédagogique. Pour eux, c’est un lieu d’échanges entre professionnels. Le SNALC n’a pas manqué de rappeler que cet organe n’a aucun poids en termes de décisions et qu’il ne donne lieu à aucun vote valide. En clair, en tant que chef d’établissement, on peut consulter le conseil pédagogique, écouter attentivement… puis s’asseoir sur ce que l’on a entendu ou n’en retenir que ce qui va dans le bon sens.

Mais le contrôle hiérarchique, vertical, n’est pas le seul que l’on peut craindre pour l’avenir. En effet, le ministère souhaite créer des collectifs de travail. Lieu d’un contrôle plus horizontal. Des professeurs, comme nous l’avons vu précédemment, pourraient être désignés pour épauler les chefs d’établissement. Ces personnels seraient donc des petits chefs idéaux pour ce genre de groupes de travail.

Et ce n’est pas tout ! Il faudrait évidemment que les parents d’élèves soient intégrés à ces collectifs de travail. A la lecture de telles propositions, comment ne pas penser à la situation actuelle et au caractère de plus en plus invasif de ces géniteurs d’apprenants qui revendiquent et qui protestent à la moindre note de travers ou lorsqu’un cours ou une progression ne leur convient pas, que ce soit de par son rythme ou de par son contenu.

Un enseignant de moins en moins professeur.

Que ce soit dans l’atelier Formation ou lors du grand colloque sur l’enseignant du vingt-et-unième siècle, des Diafoirus se sont exprimés qui entendent se porter au chevet d’une Éducation Nationale malade.

Pour eux, le remède est assez simple. Les savoirs qu’ils considèrent comme traditionnels – à l’exception de lire, écrire et compter, n’ont plus vocation à être notre cœur de métier. L’enseignant du futur devra permettre aux élèves d’acquérir les savoirs utiles pour l’avenir ainsi que des compétences socio-comportementales.

Ces savoirs du futur, quels sont-ils ?

L’environnement, le vivre ensemble et les valeurs de la République. Qui oserait dire que ces trois notions ne sont pas importantes ? Évidemment, personne. Cependant, le SNALC n’a pas manqué d’objecter que si l’on limite l’enseignement à ces trois choses, il ne s’agit plus d’enseignement. On touche au catéchisme. Pour le SNALC, en formant les esprits des élèves à l’aide de connaissances scientifiques stabilisées dans les disciplines existantes – des connaissances solides – l’effet à long terme est bien plus probant. Pour l’exprimer clairement, former des ravis de la crèche qui seraient éco-responsables et tolérants parce qu’on leur a rabâché que c’est bien n’est pas ce que le SNALC veut pour l’Éducation Nationale.

Et les compétences socio-comportementales dans tout cela ?

D’après des économistes présents dans les débats, il faut former des personnes capables de travailler ensemble, de collaborer. Cela fait des sociétés heureuses et confiantes mais aussi des travailleurs très recherchés par les grandes entreprises.

Donc, si l’on résume à peine, et sans grossir le trait, l’avenir est à un enseignement de valeurs et de travail collectif afin de former des esprits plutôt vides mais ouverts à autrui et au monde.

Et la formation des enseignants devrait aller dans ce sens. On le voit dès la formation initiale et les concours qui se mettent en place : moins de disciplinaire, plus de valeurs et de gestes techniques pédagogiques.

Face à la volonté de contrôle qu’il soit vertical ou horizontal, face à la volonté affichée de casser notre métier, le SNALC a été là. Il l’a été dans toutes les réunions pour porter la voix des collègues. Heureusement, d’autres voix se joignent à la nôtre, d’organisations qui n’avaient pas participé au Grenelle. Il est d’ailleurs fort dommage que la cavalerie soit arrivée aussi tard. Nous aurions peut-être été moins seuls face au monceau d’idiotie pédagogistes et comportementalistes que nous avons dû combattre.

Désormais, les sujets du Grenelle arrivent sur de vraies tables de négociation. Et le SNALC pèse de tout son poids dans chaque instance pour éviter toutes les dérives aberrantes que certains appellent de leurs vœux.


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Pour en savoir plus
Nos comptes-rendus des ateliers du Grenelle : https://www.snalc.fr/national/article/6070/

Nos vidéos sur le même thème :
Formation des enseignants : https://www.youtube.com/watch?v=G4yi77YIdxM&t=26s
Numérique et collectifs de travail : https://www.youtube.com/watch?v=G6elzFwGX9Y
Colloque sur l’enseignant du 21ème siècle : https://www.youtube.com/watch?v=wCf7BDcfBms&t=28s
Rapport conclusif du colloque : https://www.youtube.com/watch?v=ruK4ljoqeqE&t=41s






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