LANGUES ET CULTURES DE L’ANTIQUITE: CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE?

LANGUES ET CULTURES DE L’ANTIQUITE: CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE?

LES LANGUES ET CULTURES DE L’ANTIQUITE DANS LA RÉFORME DU LYCÉE :
CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE ?
OU COMMENT LES LCA CRISTALLISENT LES CONSÉQUENCES DE LA RÉFORME


Par Cécile DIENER-FROELICHER,
responsable nationale SNALC Lettres classiques,
pedagogie@snalc.fr
Le 11 octobre 2020

Le temps des déclarations d’amour du ministre est bien loin. La mise en œuvre de la réforme du lycée sur l’année de Terminale met au jour de nouvelles difficultés pour les LCA.

Le 09 juillet dernier se tenaient au ministère, auprès du CSP, les audiences disciplinaires relatives aux nouveaux programmes des options latin / grec et de la spécialité LLCA.
Afin de faire la remontée de terrain la plus fine possible aux Inspecteurs généraux concernés, qui ont reçu de notre part un rapport complet, nous avons interrogé les professeurs de Lettres classiques enseignant en lycée pour avoir leurs retours sur les programmes qu’ils ont pu tester cette année - malgré les conditions particulières - et sur ceux de Terminale avant leur toute première mise en œuvre.
Très, parfois trop, ambitieux, leurs qualités comme leur richesse ont été reconnues : 65% des collègues ayant répondu trouvent en effet les nouveaux programmes riches à très riches. C’est un point positif qu’il est important de souligner, quand on voit les problèmes posés par les programmes d’autres disciplines ou spécialités.

Cependant, pour paraphraser Flaubert : « Les perles composent le collier, mais c'est le fil qui fait le collier. » Ainsi il ne peut être question des programmes sans y accoler la question des conditions de leur mise en œuvre.
L’engagement des enseignants pour la sauvegarde de leurs disciplines de cœur n’est plus à prouver. Les remarques formulées ont permis de constater - une fois encore - des disparités inquiétantes sur le territoire, puisque dans telle académie, un DASEN déclare que « les lycées doivent abandonner les options », que « nous n'en avons plus les moyens », et qu’il « faut se concentrer sur le tronc commun », alors que dans une autre un Recteur affirme avec force – et nous l’en remercions – qu’ « il faut ouvrir plus largement l’enseignement des LCA aux lycées professionnels et faire tomber ce vieux serpent de mer de l’élitisme ».

Avec la réforme du lycée, de multiples facteurs viennent mettre en danger l’enseignement des LCA.

  • Les horaires incomplets :
Le lycée connaît aujourd’hui le même problème que le collège depuis la réforme de 2016 : les options ne sont plus fléchées nationalement, mais financées sur la marge horaire des établissements, et sont donc toutes en concurrence entre elles, mais aussi avec les dédoublements pour des travaux en groupes. Les chefs d’établissement rognent donc allègrement les horaires de latin et de grec, prétextant un petit nombre d’élèves (même quand il y en a 25 ou 30, cherchez l’erreur !). Mais le programme reste le même ! Ces allègements d’horaire ne respectent absolument pas les textes officiels… mais en l’absence de fléchage national, les proviseurs s’en moquent complètement.

  • Les regroupements de niveaux :
Même cause, même conséquence que les horaires incomplets. Sauf que l’on se heurte là à une réelle problématique pédagogique : les programmes de 2ⁿᵈᵉ, 1ʳᵉ et Terminale, que ce soit en option ou en spécialité, sont complètement différents. Comment construire correctement un cours à niveaux multiples ? Certains établissements ont fait le choix, pour pouvoir offrir à la fois l’option et la spécialité, de regrouper sur des heures communes les élèves de ces deux cours. C’est une solution que le SNALC avait recommandée également, car les programmes d’option et de spécialité avaient été conçus pour que cela soit possible… mais pour un même niveau ! Or, ce à quoi nous assistons dans un certain nombre d’établissements, c’est à la fois le regroupement option/spé et le regroupement de niveaux ! Par exemple, un lycée bordelais regroupe ainsi sans scrupule les élèves de 2ⁿᵈᵉ, 1ʳᵉ, Terminale option latin et de 1ʳᵉ et Terminale spécialité LLCA latin ! Ça vous semble aberrant ? Au SNALC aussi. Vous en faisiez des cauchemars ? La réforme du lycée de Jean-Michel Blanquer les a réalisés !

  • Les seuils d’ouverture imposés :
Ce phénomène concerne essentiellement les spécialités LLCA latin et grec. Or le SNALC avait interrogé la DGESCO dès la préparation de la mise en œuvre de la réforme, et la réponse avait été catégorique, et n’a pas changé : il n’y a aucun seuil d’ouverture des spécialités. Certains recteurs et rectrices n’en ont fait qu’à leur tête, remettant ainsi en cause sans scrupule la nécessité d’ouvrir les spécialités LLCA au moins dans un établissement par bassin. L’avenir de la spécialité est ainsi fortement compromis, malgré les beaux programmes : si les élèves doivent changer de ville pour la suivre, cela va en décourager plus d’un…
Malheureusement, toujours pour des raisons comptables de marge horaire, des attaques similaires commencent à toucher les options latin et grec : les chefs d’établissement tentent d’imposer un minimum d’élèves pour maintenir l’ouverture des options.

  • La concurrence avec les autres options :
Le SNALC a récolté de nombreux témoignages faisant part de problèmes d’emplois du temps mettant en péril les options LCA latin et grec. Pour rappel, ces options sont les seules cumulables avec une autre option. Les élèves engagés dans l’option LCA depuis la 2ⁿᵈᵉ peuvent donc, légalement, choisir en plus une autre option (maths expertes, LV3, section euro…). C’est même un devoir des établissements de leur permettre de terminer leur cursus, conformément à la continuité éducative mentionnée dans l’article L311-1 du Code de l’Education.
Or, de nombreux chefs d’établissement ont cette année mis toutes les options en barrette : impossible d’en suivre 2. Les élèves sont alors sommés de choisir une seule option, ce qui est contraire aux textes réglementaires. Certains chefs choisissent même les maths expertes à leur place !
Les conséquences sont dramatiques pour les LCA : certains collègues ont ainsi vu fondre leurs effectifs jusqu’à 2 élèves !
Dans le meilleur des cas, les collègues enseignant les options ainsi malmenées trouvent un arrangement pour que les 2 enseignements soient suivis par quinzaine… Mais cela implique que les élèves n’auront sur l’année que la moitié des heures de chaque enseignement, et cela n’est pas plus acceptable.
Les contraintes d’emploi du temps causées par la réforme du lycée ne doivent pas être une excuse pour sacrifier les options LCA.
Il y a un réel danger à court terme : la disparition de l’enseignement des LCA en lycée (car la spécialité, rarissime, ne les sauvera pas), et par conséquence de nombreuses suppressions de postes de Lettres classiques.

  • L’accessibilité de la spécialité :

Comme nous l’avons dit plus haut, la spécialité est censée être proposée dans au moins un lycée par bassin. Or, il y a une vraie disparité des cartes de formation selon les académies. Si dans les académies de Lille, Bordeaux et Versailles, il y a un bon maillage du territoire avec plus de 15 établissements proposant une spécialité LLCA, dans toutes les autres, il y en a moins de 15, avec une situation particulièrement problématique dans l’académie de Limoges où un seul lycée la propose. Et encore, les collègues se battent depuis 2 ans contre les manœuvres de chefs d’établissement peu scrupuleux et qui ne voient pas de problème à rayer purement et simplement la spécialité de l’académie. Le SNALC a alerté à plusieurs reprises l’Inspection générale et le Cabinet du ministre de situations critiques. Mais s’il n’y a pas de consignes plus strictes adressées aux recteurs et chefs d’établissement pour garantir le meilleur maillage du territoire possible, les beaux programmes de spécialité resteront dans les tiroirs, faute d’accessibilité suffisante pour les élèves.

Le SNALC milite pour la conservation de trois spécialités en Terminale, cruciale pour la survie des LCA, et réclame la sanctuarisation des horaires alloués aux options en les fléchant. La circulaire de 2018 est en effet régulièrement foulée aux pieds, certains soulignant son absence de valeur contraignante.

On le voit, les LCA cristallisent tous les maux de la réforme du lycée.
➙En tant qu’option, comme en tant que spécialité, elles vont souffrir d’une concurrence accrue entre les disciplines.
➙Leur mise en place et les conditions de leur enseignement vont dépendre de la fameuse « intelligence du terrain » mise en avant par le ministère. Pour les Langues et Culture de l’Antiquité, ce sont l’ouverture et les horaires qui seront le fait des princes locaux. Pour d’autres options et spécialités ce seront les effectifs et la mise en place de dédoublements ou non.
➙Enfin, les programmes sont lourds au regard des pédagogies actives et basées sur la notion de « projet » que nous sommes censés mettre en place. Et les dates choisies pour les examens terminaux des spécialités – calquées sur PARCOURSUP – ne feront qu’accroitre ce poids.

Le ministère a mis en place un Comité de suivi de la Réforme. Pour les LCA comme pour les autres spécialités et options, il faut que cette instance débouche sur de vraies évolutions. Sans quoi, les LCA risquent de ne pas se relever et le nouveau lycée sera mort-né.
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