ENSEIGNEMENT MIXTE : NON MERCI, SANS FAÇON !

ENSEIGNEMENT MIXTE : NON MERCI, SANS FAÇON !

ENSEIGNEMENT MIXTE : NON MERCI, SANS FAÇON !


Par Sylvie CHIARIGLIONE,
SNALC premier degré
pedagogie@snalc.fr
Le 11 octobre 2020

L'apprentissage mixte ou hybride -en anglais « blended learning » - est une combinaison de sessions de cours en ligne ou « en distanciel » et de cours en classe, « en présentiel ». Il est assorti d’une utilisation en principe intensive des technologies de l’information et de la communication (TIC) en ce sens qu’il prévoit souvent le recours à divers outils numériques, à des plateformes en tous genres pour les plus férus d’informatique et de gadgets. Les sessions en classe et à distance sont supposées se compléter.
Pratiqué et préconisé depuis de nombreuses années déjà dans l’éducation nationale, l’enseignement mixte fait souvent référence dans les esprits à des pratiques pédagogiques telles que la classe inversée. Il est également prisé dans la formation d’enseignants.

S’il est entendu que lors du confinement les pratiques pédagogiques virtuelles sont devenues la norme pour des raisons de distanciation évidentes, il devient, dès lors que nous avons repris le chemin de nos salles de classe, pour le moins inquiétant que certains puissent penser qu’elles devraient le rester ! Dans un souci de développer le numérique à l’école, le Ministère tente de sensibiliser l’opinion à la pertinence d’un enseignement mixte, qu’il présente selon différentes sources comme sécurisant, innovant, enrichissant, performant et motivant.
Face à ces arguments, le SNALC rappelle la dangerosité des outils numériques pour la santé, la contribution indirecte de l’école aux addictions liées à l’utilisation abusive des outils technologiques puisqu’elle maintient le lien avec les écrans déjà largement sollicités hors temps scolaire. Certains ne réalisent pas que se réjouir du travail de classe désormais possible sur un téléphone portable, outil familier des élèves, revient à les encourager à y avoir accès, leur permet de les mettre en contact avec d’autres fonctionnalités de leur téléphone dans le même temps, qui n’ont rien à voir avec la classe et les incitent à se déconnecter de leur travail scolaire au contraire. Enfin, l’institution participe ainsi activement à l’accentuation de l’illettrisme chez les jeunes en ce sens que le travail sur écrans les éloigne des livres et d’une écriture classique au stylo. Il serait faux de penser que les élèves peuvent tout aussi bien lire sur une plateforme numérique que dans un livre… la lecture est difficile en ligne, donc l’apprentissage se fait mal et ceci explique peut-être la pénibilité que ressentent certains élèves lorsqu’on leur présente un texte sur feuille : ils n’ont pas l’habitude de lire, quel que soit le type de support, numérique ou papier et transpirent à grosses gouttes. Enfin, en utilisant le numérique en cours, le but en soi ne devrait pas être de se vouloir ludique car nous ne sommes pas à l’école pour « amuser la galerie » même si l’on peut user de pratiques qui rendent notre enseignement plaisant et agréable.

  • L’enseignement mixte ou hybride est chronophage pour l’enseignant :
La préparation des séances peut durer un temps fou, celle des supports et des activités est fastidieuse pour un résultat qui n’a aucune garantie de plaire. N’oublions pas que la principale source de travail réside dans la motivation de l’élève et non dans la façon dont on cherche à l’intéresser !

  • L’enseignement mixte ou hybride est un puits sans fond pour l’enseignant :
Même s’il est délimité par des horaires, l’on sait bien que le simple contact entre membres de la plateforme peut dépasser largement le cadre du temps scolaire... et ceci est également valable pour l’enseignant qui peut être tenté de s’épuiser à la tâche au-delà du raisonnable ! En ce cas, ne perdons pas de vue que l’heure de cours n’est pas rémunérée grassement ni comparativement au travail accompli.

  • L’enseignement hybride est techniquement difficile à mettre en place :
Outre l’absence flagrante de matériel privé et scolaire - ce qui clôturera très vite le chapitre de la distanciation - il y aurait une organisation précise à mettre en place pour qu’élèves et enseignants soient disponibles, chez eux, aux heures de visio-conférences. Ainsi, la confection des EDT serait problématique, compte tenu également de la présence de plusieurs disciplines en barrettes avec l’arrivée de la réforme du lycée notamment, pour ne parler que de cela…Des problèmes de connexion pourraient de surcroit poindre ou être inventés et l’absentéisme ne pourrait être contrôlé correctement.

  • L’enseignement mixte ou hybride creuse les inégalités :
Tout le monde n’a pas un égal accès à internet faute de matériel ou de moyens. Ainsi, il serait dommage que certaines familles, plus nanties que d’autres, soient aux 1ères loges pour tester le nouveau processus d’apprentissage quand d’autres ne le pourraient pas et ne profiteraient que d’un apprentissage en présentiel.

  • L’enseignement mixte ou hybride n’est pas une nécessité ni une fin en soi :
Les prouesses pédagogiques qu’il propose peuvent tout autant s’entendre avec une utilisation régulière des supports papier ou d’autres formes de pédagogie comme la découverte du monde en direct.

  • L’enseignement mixte ou hybride ne conditionne pas l’autonomie des élèves :
Nombre d’élèves se démobilisent très vite s’ils sont livrés à eux-mêmes. L’autonomie est un concept très relatif. Nos élèves se perdent souvent rapidement dans des recherches qui montrent leur peu d’initiatives ou de méthode. Notre présence constante à leurs côtés est nécessaire.

  • L’enseignement mixte ou hybride accentuerait la baisse de niveau des élèves :
Coupés de la vie traditionnelle et encadrée du lycée, les élèves ne seraient pas aussi enclins à fournir les efforts de travail nécessaires, ils pourraient avoir davantage recours aux connaissances de la toile en occultant leur propre réflexion personnelle. De plus, le distanciel demande un investissement maximal, ne se soucie pas des parcours de chacun, déshumanise en ce sens la relation à l’élève et ce dernier doit gérer cet esseulement face à la machine et aux attendus : le niveau de tous peut s’en ressentir.

  • L’enseignement mixte ou hybride ne permet pas de traiter la spécificité ou les difficultés des élèves
Si l’apprentissage se fait en partie en distanciel, il devient impossible de se concentrer sur les élèves en difficultés scolaires puisque l’enseignement dispensé nous invite à rester très magistral et générique dans nos discours.

Parce que l’enseignement est avant tout caractérisé par une notion de fraîcheur, de direct, de lien entre élèves et professeurs pour pouvoir aider au mieux, il est évident que l’idée d’une école qui pratiquerait un enseignement mixte régulier en indisposerait plus d’un, élève ou enseignant.
Parce qu’il est rassurant et stabilisant de se retrouver dans un seul et même espace, à savoir la salle de classe, qui constitue un cocon d’apprentissage et un point de rendez-vous quotidien, de ralliement pourrions-nous dire, il serait irréfléchi de délocaliser cet espace repère, ce qui ne ferait que perturber les plus démunis et déstructurerait les apprentissages de tous à des degrés divers.
Parce qu’il ne s’agit pas de s’aligner sur des pratiques qui peuvent s’adapter aux adultes en formation et les arranger eux alors qu’elles ne correspondent pas aux plus jeunes et parce qu’il est illusoire de penser que l’on peut travailler depuis chez soi lorsque l’on est dans les petites classes, l’enseignement mixte n’a pas lieu d’être dans notre système scolaire, qui a besoin de rassembler tous ses acteurs en présentiel pour pouvoir recréer des liens ; les fortifier au lieu de les distendre.
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