ENSEIGNER APRÈS LE CONFINEMENT : UN CAS DE CONSCIENCE PÉDAGOGIQUE ET ÉDUCATIF AU SENS LARGE

ENSEIGNER APRÈS LE CONFINEMENT : UN CAS DE CONSCIENCE PÉDAGOGIQUE ET ÉDUCATIF AU SENS LARGE

ENSEIGNER APRÈS LE CONFINEMENT :
UN CAS DE CONSCIENCE PÉDAGOGIQUE ET ÉDUCATIF AU SENS LARGE


Par Sylvie CHIARIGLIONE,
SNALC Premier degré
pedagogie@snalc.fr
Le 11 octobre 2020

« Rien ne sera plus jamais comme avant » est sans aucun doute la phrase que l’on a tous prononcée au moins une fois depuis six mois. Elle semble anodine, stéréotypée, automatique dans un moment de grande incertitude comme celui que nous avons vécu lors du confinement. D’aucuns envisageaient le pire, le repli total dans leurs pénates pour échapper à l’invisible danger de la pandémie. D’autres plus téméraires se plaisaient à conjecturer de la naissance d’un monde meilleur, inédit et salutaire.

Ce débat ramené à l’école prend naturellement tout son sens.

Sous la bannière « réunis » du nouveau dossier de presse de Jean-Michel Blanquer, nous comprenons que la crise sanitaire a permis au Ministère de piloter le développement du numérique éducatif, la mise en place de l’opération Nation apprenante comme programme d'apprentissage alternatif aux cours en établissements scolaires, la construction de l’établissement durable pour préserver un environnement scolaire sain, le rapprochement école / entreprise pour faciliter l’intégration des jeunes dans la vie active et le monde qui nous entoure, l’implantation de circuits favorisant la mobilité virtuelle et potentiellement physique des personnels et des élèves..

L’urgence en haut lieu pour septembre fut de poser un diagnostic précis sur les besoins des élèves, de renforcer l’apprentissage des savoirs fondamentaux, de proposer des solutions d’encadrement en travaillant la relation école / familles.

Selon le SNALC, ces moyens mis en œuvre pour « retisser le lien social » et dont on soupçonne à peine les enjeux sont autant de cas de conscience et de défis pour les enseignants car dans la réalité du terrain, ils n’eurent que peu d’effet à ce jour…et pour cause !

  • Une réalité quotidienne inquiétante …
Il serait faux de dire que nous ne pouvons pas dispenser nos cours du tout mais il faut cependant être honnêtes : nous le faisons toujours dans des conditions difficiles pour le moins insensées ou préoccupantes, compte tenu de la manière dont nous avions l’habitude de travailler avant le confinement.

L’unité de lieu, d’espace et de temps qui faisait de l’établissement le seul théâtre où l’on côtoyait nos élèves pédagogiquement parlant, a disparu. Désormais, pour être « réunis » nous sommes « réunis » ! Nous le sommes malgré nous, par la force des choses, nous le sommes tellement que nous sommes pour certains sollicités en permanence virtuellement comme nous le fûmes au cœur du confinement….sauf que la différence à présent est que nous sommes bel et bien dé-confinés ! Alors, quel est le problème ? Il tient à peu de choses mais il inquiète…… inévitable impossibilité à couper le cordon pour certains élèves après tant de semaines confinées de promiscuité accrue avec les enseignants, favorisée par les relations numériques atemporelles par essence. Certains élèves pensent également que désormais l’école est celle que l’on a connue pendant le confinement et qu’elle a ceci de confortable qu’elle les materne du matin au soir sur simple clic de la souris. L’on pourrait également assimiler ce phénomène à celui du « choc culturel inversé » qui consiste à avoir des difficultés à reprendre le cours normal de l’existence après être rentré de voyage…

Quelle qu’en soit la raison, ceci profite bien sûr à la vision de l’école que le Ministère cherche à dessiner, à savoir, la connexion perpétuelle entre le corps professoral et les élèves et familles qui est censée être rentrée dans les mœurs malgré nous.

Autre conséquence du difficile retour au réel, l’absentéisme explose : entre les élèves porteurs du virus, les suspicions, ceux qui s’absentent en prévention ou - soyons lucides ! - pour motifs personnels. La réinsertion à l’école est parfois difficile. C’est le flou artistique en vie scolaire et dans les salles de classe pouvant se transformer en halls de gare !

La période est compliquée pour notre profession qui incarnait jusque-là constance et stabilité.

  • L’angoisse de laisser aller ce qui s’en va…

Nous le sentons tous, le masque et le protocole sanitaire ne peuvent suffire à expliquer la page qui se tourne. La révolution de nos mœurs professionnelles est à imputer à un phénomène sociétal de plus grande envergure. Le lieu de l’apprentissage des savoirs - notre école - est stratégique en ce sens qu’il permet de façonner et d’anticiper la société de demain. Il n’est donc pas étonnant de constater que l’on cherche à le modeler, le dompter en priorité ! Pour ce faire, il fut décidé qu’il ne devait point cesser de fonctionner mais que l’on devait au contraire se prévaloir de transformer l’existant, sans laisser le temps de dire ouf, par souci d’efficacité. D’où la « continuité ». Ainsi voit-on apparaître dans l’éducation nationale des principes chers à une gouvernance désormais encline à pratiquer le paradoxe décomplexé : entendons par certains mots et préconisations pédagogiques leur exact contraire.

Enseigner désormais revient à s’éloigner de nos fondamentaux : il s’agit souvent de croire et de faire croire en des méthodes auxquelles nous ne croyons pas et d’évoquer une culture commune qui transpire l’inculture.

  • La conscience d’un nécessaire changement à amorcer
Cependant, nous ne saurions nier la nécessité de construire une nouvelle école. Le SNALC, syndicat de propositions, a toujours œuvré dans cette optique et ne cesse de formuler des hypothèses, des préconisations dans diverses instances et dans ses publications régulières.
Nous sommes à la croisée des chemins et cette crise a mis en exergue bien des failles de notre système scolaire que nous ne saurions ignorer.
L’après confinement est profondément marqué scolairement parlant par une nécessité absolue de panser les plaies d’un illettrisme grandissant dans nos salles de classes, renforcé par l’absence d’autonomie intellectuelle et d’initiatives de nos élèves. Ces handicaps qui sont ceux d’une future société tout entière ne sauraient être traités à la légère par des pédagogies numérisées qui atrophient plus les esprits qu’elle ne les éveille et n’incitent ni à l’écriture au sens propre du terme ni à la réflexion.
De plus, c’est bien la pire folie que de proposer comme palliatifs à la salle de classe des cours en ligne clé en main dont les sessions ne peuvent de fait répondre à des besoins spécifiques ! A ce titre ils ne seront jamais en mesure de dispenser autre chose que du tout-venant que réceptionnent déjà de pauvres dupes qui ont la sensation de se voir prodiguer un enseignement !

Enseigner de nos jours pose un cas de conscience car sont remis en question bon nombre de préceptes inhérents à notre métier, tels que la passion de la transmission et le souci du détail dans l’aide apportée à nos divers publics. Actuellement l’enseignement tel qu’il fut toujours défini semble disparaitre. Il est transformé en denrée consommable et périssable qui peut être manipulée par des personnels interchangeables. Il devient davantage un acte technique et technologique, une tâche dont on doit s’acquitter selon des directives qui nous échappent et ne sont pas faites pour nous appartenir un jour. Notre rôle dans la chaîne de l’apprentissage semble être immuable et stationnaire alors que nos publics atones et incolores semblent arriver en face de nous sur un tapis roulant et repartir comme ils sont venus quand d’autres prennent leur place. Leur apparition ou absence à l’écran en temps de crise renforce cette vision dystopique.
Mais nous ne sommes pas dans le futur, nous sommes en 2020, à peine ! Est-ce cela l’enseignement ? Sommes-nous toujours sur la planète Terre ?

Pour le SNALC, il est l’heure de revenir réellement aux fondamentaux. Pas forcément aux savoirs fondamentaux. Non, aux fondamentaux de notre institution : la relation pédagogique entre le professeur et l’élève au sein de la salle de classe, le premier construisant librement et en conscience ses cours afin de faire progresser et d’élever le second.
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