D'APRÈS EMMANUELLE « MON QUOTIDIEN, MA SOUFFRANCE, MON HANDICAP »

D'APRÈS EMMANUELLE « MON QUOTIDIEN, MA SOUFFRANCE, MON HANDICAP »

Témoignage. Dans ces lignes, Emmanuelle, professeur, académie de Dijon, nous fait part de ses souffrances.
2 octobre 2020

D'APRÈS EMMANUELLE « MON QUOTIDIEN, MA SOUFFRANCE, MON HANDICAP »


Fatiguée, usée, déconsidérée... voilà comment m'a transformée l'Éducation nationale.

Je suis enseignante en collège. Atteinte d'un handicap permanent et invisible, obligeant à des soins médicaux réguliers, et avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, j'ai une Reconnaissance Travailleur Handicapé (RQTH).

Pas facile de faire son métier quand la santé est vacillante et pourtant grâce à mon mari et à mes deux enfants, je m'accroche. Je pensais que la reconnaissance officielle de mon état de santé par la médecine et l'Etat, via la RQTH, me permettrait de faire dignement mon métier.

Et pourtant, plus le temps passe, plus je me sens humiliée.

La gestion des personnels en situation de handicap n'est pas une priorité en France, ou du moins, pas dans l'Education nationale.

On marche sur la tête, on écrase les gens. Mon médecin traitant et les spécialistes qui m'ont opérée connaissent mon état de santé. Malgré leurs certificats médicaux, je dois batailler chaque année auprès du médecin de prévention et surtout de l’administration : des allègements de service qui sont rabotés par le Rectorat, des prescriptions médicales partiellement ou pas du tout suivies par les chefs d'établissement...

Il y a quelques années, du fait de mes absences pour raisons de santé, des parents avaient fait une descente dans mon collège : le chef les avait alors laissés rentrer dans l'établissement avec des pancartes en demandant mon éviction.

La presse a couvert l'événement et le Rectorat n'a pas oublié de rassurer les parents. Mais visiblement il m'a oubliée : aucun soutien psychologique, aucun dialogue visant à me déculpabiliser de ma maladie. Qui suis-je ? Un chien ?

Cette année, malgré les avis médicaux, on me met dans deux établissements et on me fait faire des heures supplémentaires en dépit d'un Congé Longue Maladie fractionné.

Le handicap n'est pas une priorité mais une variable d'ajustement semble-t-il. En tant que personnel vulnérable, je n'ai eu droit à mes masques chirurgicaux de type II que 15 jours après la rentrée.

Quand je lis ou j'entends les beaux discours tenus sur le handicap, j'ai juste envie de pleurer. Tout ça c'est de la poudre aux yeux. Qu'on me parle de bienveillance et d'humanité dans le métier. C'est soit à sens unique, soit à la carte.

Tous les soirs j'ai envie de craquer. Avec des maux de tête terribles et des insomnies récurrentes. Mais je ne peux pas. Je dois me battre pour ma famille.

Je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre mais l'Education nationale me tue à petit feu. Dans tous les sens du terme.

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