Enseignement à distance : mais où sont passés nos grands pédagogistes ?

Enseignement à distance : mais où sont passés nos grands pédagogistes ?

Enseignement à distance : mais où sont passés nos grands pédagogistes ?


Par Angélique ADAMIK, SNALC Versailles
Sylvie CHIARIGLIONE, SNALC Corse
pedagogie@snalc.fr
Le 14 juin 2020


La continuité pédagogique aura au moins eu le mérite de nous bercer du silence assourdissant de ceux que l’on entend habituellement beaucoup, et même trop ! En effet, où sont passés nos grands « pédagos » ? Ceux qui, du haut de leurs sphères célestes et bien souvent loin des élèves, imposent leurs dogmes, distillent tambours battants leurs recettes de classes clinquantes censées révolutionner l’école et aider les élèves en difficulté tout en faisant en sorte qu’ils ne s’ennuient surtout pas, comble de l’horreur !
« L’élève au centre des apprentissages, autonome, qui construit seul ses compétences, le travail en îlots, le lâcher-prise de l’enseignant qui est trop dans le contrôle, l’auto-évaluation et l’évaluation entre pairs ou sa variante, la remédiation entre pairs, le ludique, la bienveillance, la différenciation… »
L’école à distance et la classe virtuelle, l’un de ses prolongements, présentés comme LES solutions - modernes qui plus est - aux problèmes de l’école, prennent le contre-pied de toutes ces belles théories qui, ironiquement, s’envolent en fumée dans le contexte de distanciation actuel : retour pédagogique vers le futur ?

Des limites techniques… à l’heure du numérique ronflant !

La classe en ligne, si vantée au début de la mise en place de l’école à distance jusqu’à être imposée illégalement par certains chefs d’établissement, est un flop pour beaucoup de collègues. Elle est en réalité une barrière relationnelle avec tout ce que cela implique de contraintes et de questions…
Force est de constater que tous les élèves ne sont pas égaux en termes de matériel et de compétences informatiques. Des problèmes de connexion fréquents nuisent au vrai travail pédagogique. Quant à la classe virtuelle du CNED qui présente certains avantages, les élèves doivent y éteindre leurs caméras pour ne pas alourdir les sessions et ne sont, en ce cas, plus visibles….
D’ailleurs même s’il y a la possibilité de partager des outils qui s’apparenteraient à un tableau traditionnel, il n’y a aucune garantie que l’élève arrive à suivre tout ce qui se construit à l’écran en temps réel.

Des échanges compromis… à l’époque des flonflons constructivistes !

Ainsi l’acte de parole s’en ressent puisque le principe même de toute communication est d’allier langage verbal, langage corporel et expressions faciales facilitatrices de messages, notamment pédagogiques.
Les échanges trop souvent interrompus nous obligent à parer au plus pressé : nous finissons donc par faire des cours magistraux, où l’on s’entend mal, où l’on ne peut expliquer comme en classe. Sans interaction, ni médiation ou remédiation, que devient la « ruche qui bourdonne » louée par nos inspecteurs ?
Le professeur apparaît comme le chef de rang là où il est censé - si l’on suit les directives actuelles ! - s’effacer dans son acte pédagogique. Les élèves, passifs, sont en attente de ce qu’il va dire et faire là où le principe d’apprentissage - auquel nos IPR souhaitent nous perfuser - prône l’autonomie de prise de parole, le volontariat que l’on doit susciter et encourager. Avec la classe virtuelle, si l’on attend les volontaires, on risque d’attendre longtemps !
Les plateformes pédagogiques permettent techniquement le travail de groupe (tant attendu par l’Institution) mais l’enseignant ne peut circuler au sens physique du terme et en ce cas, peut-on parler d’enseignement personnalisé, adapté à chaque élève, de pédagogie différenciée ou autre théorie fumeuse ?

De la distance… le glas de la bienveillance !

Par ailleurs sait-on dans quelles conditions travaille l’élève derrière son écran ? Est-il seul ? Est-il au calme ? Est-il stressé (on ne le voit pas parfois) ? Connaît-on son état d’esprit ? En classe, l’enseignant est capable de reconnaître les humeurs des uns et des autres et cela aide à les encadrer et donc à les faire progresser …
Que deviennent les élèves qui relèvent de l’inclusion ?
Paradoxalement, source de divisions et d’esseulement du professeur et des élèves, la connexion numérique qui est censée rapprocher les gens, les sépare au contraire les uns des autres au point d’annihiler toute relation et à fortiori, toute relation pédagogique.

L’encadrement pédagogique classique rassure souvent…

L’ultime constat est édifiant : il nous est recommandé dans le contexte actuel de ne surtout pas laisser nos élèves en autonomie mais de garder le lien le plus souvent possible - appels, mails… - au point de nous culpabiliser parfois ou de nous faire passer pour de mauvais enseignants si nous ne le faisons pas. L’Institution nous incite à les materner, à les tenir par la main (virtuelle !) de peur du décrochage.
Les parents dont les enfants passent trop de temps devant les écrans saturent pour certains et nous supplient de revenir aux bons vieux manuels. Ironie du sort, ceux qui travaillent encore avec des manuels, se trouvent moins perdus. C’est leur bouée de sauvetage, le repère qu’ils connaissent et qu’ils pratiquent. Et là, nul besoin de télécharger des documents ou de les imprimer, nul besoin de monopoliser les outils numériques de la maison. L’élève peut ensuite s’auto-corriger et demander aux professeurs de revenir sur les notions non comprises, voilà la vraie autonomie, réalisent à nouveau certains !

Mais ceux qui vantent la classe virtuelle corps et âme l’ont-ils pratiquée avec une vraie classe ? Tout le paradoxe réside dans le fait qu’ils défendent finalement un enseignement vertical classique mais sous un format moderne car numérique.

Sans remettre en question le travail inventif et innovant de bon nombre de collègues, qui ont composé au prix de leur vie de famille, de leurs soirées et de leur sommeil - sans rétribution exceptionnelle aucune et avec leur propre matériel - avec la lourde tâche de maintenir l’école au plus près de ce qu’elle est censée être, et qui ont permis que cette continuité pédagogique soit aussi célébrée et force le respect , nous conclurons cependant - une fois n’est pas coutume - en citant Meirieu : « L’école à distance ne peut pas être véritablement l’école ¹» . …nos grands pédagos, silencieux, s’en sont bien rendu compte !

https://www.lunion.fr/id150833/article/2020-05-16/philippe-meirieu-lecole-distance-nest-pas-lecole


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