MASTER MEEF : Encore des inconnues, mais l’équation inquiète

MASTER MEEF : Encore des inconnues, mais l’équation inquiète

MASTER MEEF : Encore des inconnues, mais l’équation inquiète


Par Sébastien VIEILLE,
Secrétaire national à la pédagogie,
pedagogie@snalc.fr
Le 14 juin 2020

La crise sanitaire que nous connaissons a ralenti le train des réformes. Mais elle ne l’a pas stoppé complètement. Et les grands chantiers voulus par le ministre avancent, toujours dans la même direction, malgré les oppositions des syndicats les plus représentatifs.

L’alignement concours / master pose problème

Les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ce temps où l’équation était assez simple. Il fallait, après une licence, obtenir un concours attestant d’une maîtrise disciplinaire solide et d’une bonne compréhension des programmes et des instructions officielles, toujours dans sa discipline. Ensuite, il convenait de se former au métier durant une année, grâce à un stage en établissement – qui revêtait certains aspects du compagnonnage – et parfois en dépit de la piètre qualité des cours dispensés à l’IUFM.

C’est là que le bât blessait : l’IUFM. Mais comme dans certaines sphères on est souvent si haut perché que l’on trouve des solutions abracadabrantes à des problèmes pourtant simples, on a commencé par noyer le bébé avec l’eau du bain en supprimant les IUFM, puis on a décrété lavement, saignée et cataplasmes à la feuille de chou pour un mal de tête en décidant d’aligner progressivement le concours sur le master et en confiant le nouveau bébé aux ESPE puis aux INSPE, où l’on retrouve souvent les mêmes têtes pensantes et déformantes que celles qui sévissaient dans les IUFM.

Mais en plus de cela, l’alignement pose des problèmes en termes de calendrier.

Une temporalité dangereuse et repoussoir

Lors de la première étape de la masterisation, le SNALC avait obtenu que l’on ne passe pas le concours en fin de Master. Deux conséquences en termes de calendrier nous sautaient aux yeux.

En premier lieu, on faisait en sorte de ne pas reculer d’une année l’entrée effective dans le métier. La titularisation demeurait à Bac+5. Désormais, elle interviendra six ans après le baccalauréat. Pas de quoi booster l’attractivité de nos métiers, convenons-en.

Cela évitait aussi d’alourdir la fin de la seconde année. En effet, ajouter aux mémoires, au poster scientifique, à la soutenance et aux préparations de cours le passage d’un concours exigeant nous semblait difficilement gérable et quelque peu repoussoir.

Là, au second semestre du master MEEF, on aura bien ce télescopage. Mais, ne nous y trompons pas, le ministère a bien compris que la fin de l’année poserait problème. Il en a d’ailleurs tiré certaines conséquences sur les stages et la formation en alternance.

Car, ceux qui ne suivent pas les débats de près ne le savent pas encore, le nouveau master MEEF mêlera un stage d’observation et de pratique accompagnée effectué durant 6 semaines lors de la première année et une formation par alternance donnant lieu à un contrat de travail d’un an.

Une fois ceci posé, on obtient une équation passionnante, surtout si l’on ajoute le fait que, comme le dernier semestre est déjà bien chargé, le ministère déconseille – sans l’interdire – de placer là l’alternance. Ainsi, la solution qui semble s’imposer à tous est visiblement celle d’un stage de six semaines, placé sur le premier semestre, d’une alternance à cheval sur le deuxième et le troisième semestre puis d’un quatrième semestre devenant celui des épreuves du master et du concours. Voilà, l’équation est résolue. Pas de problème.

Ce serait trop simple !

Nous avons oublié une donnée importante de l’énoncé. L’alternance se fera dans des établissements scolaires – très majoritairement – où les semestres universitaires deux et trois correspondent en fait à une deuxième moitié d’année scolaire pour le premier et à la première moitié de l’année scolaire suivante pour le second.

Avouez que cela devient passionnant... ou confus.

Est-ce à dire que, durant la première partie de leur période d’alternance, les étudiants de Master prendront en responsabilité une classe qui aura eu un autre enseignant durant la première partie de l’année scolaire ?

Doit-on comprendre que des élèves peuvent passer la première partie de l’année scolaire avec un étudiant de deuxième année de master pour faire ensuite la deuxième moitié de leur année avec un étudiant de première année de MEEF ?

C’est tout à fait confondant. Et doit-on considérer « fondant » comme un suffixe ?

En fait, si cette hypothèse est apparemment considérée comme la plus logique par beaucoup – c’est dire le niveau de confusion – elle n’est pas la seule possible. En effet, les rectorats et les INSPE pourront se concerter pour trouver les meilleures solutions localement. Il serait même possible de placer le contrat d’alternance d’un an sur la deuxième année de master et d’avoir un second semestre absolument passionnant où l’étudiant jonglerait avec les cours dispensés à ses élèves, le master et le concours.

La fameuse confiance dans les acteurs du terrain qui devient une norme au ministère depuis quelques temps mais laisse beaucoup d’inconnues dans l’équation.
SNALC © 2018
Association déclarée - Syndicat de salariés
N°SIREN 784 312 282
4, rue de Trévise 75009 Paris
Hébergement : ovh.com
Site optimisé pour Chrome et Firefox