EXTÉNUÉS !

EXTÉNUÉS !

EXTÉNUÉS !


Par Christophe Gruson,
Secrétaire national premier degré,
premierdegre@snalc.fr
Le 12 juin 2020

Comme le SNALC l’avait prévu, nous avons entamé cette rentrée 2019 avec une appréhension légitime concernant un projet de réforme des retraites qui s’est avéré catastrophique pour les professeurs des écoles. Que de beaux discours de notre ministre avons-nous alors entendus sur le mérite de NOS professeurs des écoles ! Il fallait absolument « rattraper le coup » car la mise en place de la réforme des retraites était impossible en grande partie à cause de la « situation » des professeurs.

Enfin la lumière était faite sur la triste réalité de la rémunération des PE. Un espoir était né, celui de voir notre pouvoir d’achat revu à la hausse pour tous ! Hélas, une succession de réunions au ministère nous a fait comprendre qu’une fois de plus la revalorisation tant attendue ne serait pas du tout à la hauteur et ne concernerait que très peu de personnes. Pas de quoi compenser la perte catastrophique annoncée par le projet de réforme des retraites et encore moins le manque à gagner suite au gel du point d’indice depuis 2010.

Seul point positif, les discussions sur le sujet étaient engagées et c’était une première depuis très longtemps… S’était engagée également une réflexion sur l’école du XXIe siècle qui avait le mérite de mettre en relief bon nombre de problèmes de notre quotidien ainsi qu’une ébauche de réflexion plus que nécessaire sur la direction d’école. Un effort de reconnaissance - certes lié au projet de réforme - mais qui a donné début 2020 un peu d’espoir à la profession à un moment où elle en avait besoin.

Seulement, l’arrivée brutale du COVID a tout remis à plus tard. Les professeurs des écoles ont aussitôt été sollicités pour encadrer les enfants des soignants et pour mettre en place, dans l’urgence et sans formation un travail en distanciel très chronophage censé assurer la continuité pédagogique des enfants restés chez eux. Notre mobilisation citoyenne pour l’Éducation nationale (loin d’être comparable à des vacances) n’attendait pas d’éloges particuliers. Néanmoins, l’effort de reconnaissance consentie depuis le début d’année scolaire semblait bel et bien… dans les fraises.

Le coup de massue est tombé quand a sonné l’heure de la reprise. En effet, la cacophonie ministérielle, l’impréparation de cette rentrée précipitée et le peu de considération devant l’angoisse et la fatigue de ces dernières semaines ont assommé bon nombre d’entre nous.

En cette fin d’année, nous sommes épuisés. Avec la levée de l’obligation scolaire, les conditions de travail liées au protocole sanitaire et la mise en place de dispositifs sortis de nulle part et appelés à durer, notre École est méconnaissable. Cette équité entre les élèves que nous nous évertuions à instaurer dans nos classes à chaque instant depuis notre premier jour de notre carrière s’amenuise. La dimension sociale fondamentale et indispensable de l’École a été balayée depuis cette rentrée du 11 mai. Ce ressenti pèse très lourd dans le cœur de nombreux professeurs. La perspective d’une rentrée aménagée, avec une prévisible remise en cause de toutes nos pratiques dans la continuité de ce que nous vivons depuis le début du déconfinement, nous laisse amers. L’angoisse est palpable dans chacun des messages que vous nous écrivez. Jamais nous n’avons autant reçu de témoignages de fatigue extrême, d’intentions de démission ou autres messages de désespoir plus noirs encore.

Il est grand temps que nous puissions souffler un peu et profiter - si tant est que ce soit possible - de ces deux mois d’été pour se préparer psychologiquement à la prochaine année scolaire qui, espérons-le, sera moins angoissante et moins épuisante que cette année tristement mémorable.
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