CONDITIONS DE TRAVAIL: RETOUR SUR UNE ANNÉE CHAOTIQUE

CONDITIONS DE TRAVAIL: RETOUR SUR UNE ANNÉE CHAOTIQUE

CONDITIONS DE TRAVAIL

RETOUR SUR UNE ANNÉE CHAOTIQUE






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DOSSIER DU MOIS paru dans la Quinzaine universitaire n°1442
Le 12 juin 2020





Cette fin d’année scolaire n’aura même pas le mérite d’apporter un peu d’apaisement à des collègues éprouvés depuis septembre. Beaucoup ont vécu cette année comme une succession de coups reçus (suicides, retraites, COVID). Même si certains vivent bien leur métier, il faut reconnaître que 2019-2020 fut un marathon chaotique pour les personnels de l’Éducation nationale. Si de nouveaux phénomènes sont mis en lumière (télétravail), ces derniers ne font que mettre l’accent sur des problèmes plus généraux et anciens qui touchent l’ensemble des personnels. Professeur ou personnel non enseignant, nous rencontrons au quotidien des souffrances et difficultés. Tous dans le même bateau. Nombreux sont ceux qui veulent quitter le navire Éducation nationale à la dérive. Pourtant ensemble, avec vous, nous devons l’empêcher de chavirer.



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L’EXPÉRIENCE DU TÉLÉTRAVAIL


Par Maxime REPPERT, secrétaire national chargé des conditions de travail et du climat scolaire


Depuis mi-mars, les personnels, et notamment les professeurs, poursuivent leurs missions sous la forme du télétravail. Pour beaucoup, les prémices de ce mode furent chaotiques : bugs et plantages des outils institutionnels, restructuration des séquences, tout en gardant le contact avec les élèves pour éviter les décrochages, etc. Chacun s’est organisé, utilisant ses propres moyens notamment informatiques

Qu’on se le dise : si la continuité pédagogique a été maintenue durant le confinement, c’est justement grâce aux enseignants qui n’étaient pas préparés à cela et n’avaient pas toujours les ressources numériques pour faire face. Le ministère n’était pas prêt mais les professeurs, oui. Sans parler d’autres acteurs comme les chefs d’établissement par exemple qui ont dû gérer cela au mieux.

Nous avons réussi mais à quel prix ? Le télétravail a épuisé des collègues qui ont fait bien plus que ce qu’exigeait leur service. Ils n’ont pas compté, ont utilisé leurs propres moyens (matériel, abonnement…). Cette surcharge de travail couplée à la fatigue des écrans, le manque de déconnexion (internet, messagerie, téléphone y compris durant les week-ends) a clairement laissé des traces. Le SNALC s’en inquiète.

À cela s’ajoute le système hybride généré par le déconfinement où certains doivent faire de l’enseignement présentiel et de l’enseignement à distance. À ce propos, rappelons qu’il ne doit pas y avoir de double travail : une heure est une heure. Et le travail effectué doit être conforme à la ventilation des services signée. Nous invitons donc les collègues à nous signaler toute anomalie à ce sujet.

La question du télétravail, de ses effets dévastateurs et de ses dérives, est d’autant plus centrale qu’elle restera très probablement d’actualité en septembre. Pour beaucoup, le télétravail peut représenter une pente glissante vers le bur nout. Cela peut aussi être un prétexte pour réaliser des économies à travers des réductions de postes ou de moyens.

Ce système sera-t-il pérennisé après la crise ? C’est en tout cas en ce sens que la députée Frédérique Meunier a déposé une proposition de loi (n° 2967) à l’Assemblée le 19 mai 2020. Pour le SNALC, c’est non !



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UNE ANNÉE MIROIR DU MAL-ÊTRE


Par Maxime REPPERT, secrétaire national chargé des conditions de travail et du climat scolaire


Cette année scolaire 2019-2020 reflète bien la situation et le mal-être des personnels de l’Éducation nationale. Tous les ingrédients d’un cocktail explosif sont là.

LA QUESTION DES SUICIDES

La rentrée a été très douloureuse avec plusieurs suicides. Parmi ces morts médiatisées (et sans oublier les anonymes), on retrouve Christine Renon et Laurent Gatier. Chacun avait laissé un courrier dénonçant ses conditions de travail. Le tribut est lourd pour ceux qui font « le plus beau métier du monde ». N’oublions pas que la question des suicides (et des burn out) n’est pas nouvelle dans l’Éducation nationale. À ce jour, aucune étude nationale sérieuse et complète à ce sujet n’existe, pas plus qu’il n’existe de véritable médecine du travail.


LA QUESTION DES RETRAITES ET DES SALAIRES

La réforme des retraites a suscité une vive protestation des personnels et pas simplement dans la Fonction publique car elle contribuait à la paupérisation des travailleurs. Ce projet rejeté en masse par la population a permis également de remettre sur le tapis la question des salaires et d’évoquer la question du temps de travail. À l’heure actuelle, ce projet est suspendu, non pas à cause des protestations mais du fait d’un virus.


LA CRISE COVID

La question du télétravail (voir article) mais aussi la question de la santé des personnels (notamment à travers la volonté du gouvernement de passer outre le Conseil scientifique) sont le reflet de ce que nous vivons. De la même façon, si plusieurs parents reconnaissent ’investissement des professeurs (et la dure réalité des métier), d’autres se comportent comme des consommateurs, exigeant que les professeurs (pourtant des professionnels) fassent ceci ou cela. Notons au passage un énième paradoxe : les déclarations de notre ministre régulièrement contredites par le Premier ministre.

Le SNALC, avec votre soutien, entend bien briser ce miroir du mal-être.





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OUVRONS LES YEUX


Par Maxime REPPERT, secrétaire national chargé des conditions de travail et du climat scolaire


L’ingrédient majeur de ce cocktail, est l’absence de reconnaissance, économique comme sociale. Et pourtant il y en a d’autres. En effet on peut y ajouter l’isolement des personnels, le sentiment de culpabilité nourri par l’Institution, la consommation de l’école (par parents et élèves), le poids des stéréotypes, le « management » des personnes, la multiplication des tâches. Nous arrivons alors à ce constat que nous dénonçons depuis des années.

Le SNALC condamne cette infantilisation permanente. C’est bien de cela dont il s’agit. Des claques et des caresses : on gronde puis on félicite – on remercie mais on ne valorise pas – on souffle le chaud et le froid. Cela va même plus loin : il s’agit d’une domestication des personnels (des émotions et de leurs esprits) qui entraîne une dévalorisation profonde des personnes ; des femmes et des hommes qui perdent de plus en plus confiance en eux, se sentant de plus en plus inutiles et ne se percevant plus que par le prisme de leur métier. Cela entraîne une forme de déstructuration identitaire.

Des collègues qui malgré tout, souvent en souffrance, continuent de faire toujours plus, toujours mieux. Cette conscience professionnelle est louable mais n’oublions pas que tous ces sacrifices réalisés et réguliers, tous ces efforts qui vous rongent petit à petit auront pour conséquence de faire de tout ceci une norme. Tendez la main et on vous prend le bras. L’exceptionnel devient pérenne. Ne vous sacrifiez pas.

Ne soyez plus spectateur, redevenez acteur de votre vie professionnelle. Il n’y a rien de pire que de subir sans réagir. Ne restez plus isolé, dans le silence. Apprenez tout d’abord à vous affirmer, à connaître vos droits. En vous appuyant sur le SNALC, les équipes qui le représentent et les outils qu’il propose, alors vous serez dans l’action et non plus la passivité.

Seul, je subis ; avec le SNALC je réagis.



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DE L’IMPORTANCE DU COACHING ET DE LA SOPHROLOGIE


Par Laurine MONDON REPPERT, sophrologue Mobi-SNALC et Anne-Charlotte KIENER, coach Mobi-SNALC


Au sein du dispositif Mobi-SNALC, Anne-Charlotte Kiener et Laurine Mondon Reppert proposent respectivement, et de façon complémentaire, un suivi en coaching et sophrologie, inclus dans la cotisation des adhérents.


DE QUOI S’AGIT-IL ?

A-C. K : Le coaching se définit par une relation d’accompagnement, entre le coach et le coaché, sur sa vie professionnelle et/ou personnelle, ces deux aspects pouvant être liés dans un objectif de changement. Suivre un coaching, c’est prendre du temps pour soi, dans un cadre neutre et confidentiel où le coaché est (re)placé au coeur de sa démarche, grâce à des outils personnalisés et transférables. C’est prendre du recul sur sa situation et réunir les meilleures conditions pour faire des choix et des adaptations dans sa vie professionnelle comme personnelle.

L.M.R. : La sophrologie est une méthode de relaxation dynamique, basée sur la respiration. Elle permet de se détendre, de mieux s’adapter aux changements externes et de mettre à distance les sources de stress. La sophrologie apporte également des outils pour mieux se connaître et prendre confiance en soi. Elle trouve ainsi toute sa place dans les problématiques de souffrance au travail en prévention comme dans le cadre d’un suivi pluridisciplinaire à la suite d’un burnout.


POURQUOI EST-CE IMPORTANT DANS CE CONTEXTE ANXIOGÈNE ?

A-C. K : Les problématiques préexistantes (stress, évolution professionnelle…) sont exacerbées. L’adaptation très rapide dont les enseignants ont fait preuve, dans un souci de continuité pédagogique, a montré à quel point ils sont soucieux de remplir au mieux les exigences de leur métier.

L.M.R. : Beaucoup de stress et de fatigue se sont accumulés avec un temps de travail accru devant les écrans. Lorsque l’on doit travailler chez soi, il est indispensable de pouvoir créer une frontière entre sphère personnelle et sphère professionnelle. Acquérir des méthodes pour déconnecter et se détendre est alors important




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LE CORONAVIRUS COMME PRÉTEXTE AUX DÉRIVES


Par Frédéric ELEUCHE, secrétaire national chargé des personnels ATSS


Le coronavirus sert de prétexte à un certain nombre de dérives que nous signalent de plus en plus de collègues. Faisons donc le point.

La rentrée (celle de juin 2020) est sans doute précédée de réunions du conseil d’administration qui peuvent servir à la préparer et à mettre au point les consignes pratiques qu’il faudra appliquer dans les établissements et les salles de classe.

On nous signale que çà et là, on en profite pour ne pas respecter les délais et modalités de convocation du conseil ou de la commission permanente sous prétexte de l’état d’urgence sanitaire et qu’il s’agit de réunions extraordinaires, alors qu’ici extraordinaire signifie simplement réunion supplémentaire par rapport au nombre habituel d’une réunion par trimestre; que l’on ne prend même pas la peine d’envoyer les projets d’ordre du jour, ni de les faire voter en début de séance, ni même de vérifier que le quorum est bien atteint, que les membres du CA soient présents physiquement ou par écran interposé ; que l’on ne fait même pas voter les projets présentés ; que l’on n’accepte pas les amendements présentés ; bref, toutes pratiques qui rendent bien entendu illégales les dispositions décidées.

Que faire ? Notifier dans un délai de cinq jours les faits irréguliers au service du contrôle de légalité du rectorat et demander l’annulation des décisions illégales prises.

On nous annonce aussi que toujours sous le prétexte d’état d’urgence, on prétend demander aux professeurs de surveiller les élèves, de répondre au téléphone, d’ouvrir ou de fermer le portail de l’établissement, de s’occuper de la « cantine » et même d’accompagner les élèves aux toilettes !

Rappelons donc que le professeur est là pour instruire, transmettre des connaissances, aider les élèves à travailler, à comprendre en classe, à s’améliorer et à progresser. N’est-ce pas déjà une tâche exaltante ?





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REMBOURSEZ LA FACTURE !


Par Jean-Pierre GAVRILOVIĆ, secrétaire national du SNALC chargé de la communication et du développement et président du SNALC de Strasbourg


Aux urgences d’un hôpital en zone rouge, des corps ont été enveloppés dans des sacs en plastique noir à même le sol. La scène est glaciale. À l’autre bout de la ville, le calme règne. Un établissement, une salle de classe, une cour… vides : la zone rouge semble si verte.

Pourtant, dans un foyer, des parents débordés, des enfants à gérer, un ordinateur en panne, une imprimante sans cartouche et sans papier, un téléphone qui chauffe. Des injonctions tombent par mails, demandant à nos collègues d’appeler les élèves, les familles, pour prendre de leurs nouvelles. En revanche, ils ne recevront aucun appel s’inquiétant de leur santé, de leur état : leurs chefs sont bien trop accaparés pour prendre ces nouvelles en retour des ordres qu’ils transmettent.

Quoi qu’il en coûte, il faut exercer la continuité pédagogique. Avec les moyens du bord : son bureau, parfois étendu avec une planche et deux tréteaux, et bien sûr son ordinateur comme nouvel univers professionnel.

« Nous n’entendons pas demander à un enseignant qui aujourd’hui ne travaille pas compte tenu de la fermeture des écoles de traverser toute la France pour aller récolter des fraises ». Elle n’est pas si bête cette réflexion : puisque le travail étourdissant des professeurs devant l’écran est à ce point invisible, autant aller s’aérer en pleine nature à la cueillette de gariguettes.

Les enseignants n’ont jamais cessé de travailler. Ils oeuvrent avec professionnalisme pour la continuité pédagogique, ils bossent sans compter : ni leurs heures, ni la fatigue, ni même l’usure de leur propre matériel. Et cela risque encore de durer quelques mois, déjà un trimestre, une éternité.

À l’heure où certains lycéens sont équipés de matériel informatique, il serait légitime que l’Éducation nationale gratifie les enseignants d’une dotation annuelle réservée à des frais pédagogiques d’équipement, puisque l’institution attend implicitement d’eux qu’ils disposent tous de ce matériel pour assurer leurs missions.

Le confinement et le télétravail imposé ont accentué ces manques et anomalies dans les conditions de travail des professeurs : ordinateurs et téléphones ont été mis à rude épreuve pendant cette période.

La prise en charge par l’employeur du matériel indispensable à la mission est un minimum que l’on puisse attendre : pas seulement pour les enseignants mais dans tous les métiers, pas seulement en cette période, mais tout au long de la carrière. Le SNALC y sera attentif.




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À L’ÉCOLE, LA RÉPULSION A UN COUP D’AVANCE SUR L’ATTRACTIVITÉ


Par Ange MARTINEZ, élu pour le SNALC dans l’académie de Nice et membre de l’équipe nationale premier degré


Cela fait bien longtemps que l’école n’a plus vocation à être attractive. Depuis quelques années, elle a même tendance à être clairement répulsive, ébranlant parfois définitivement des vocations que chacun pensait inaltérables.


UNE DÉMOTIVATION PROGRESSIVE

La DEPP a publié dans le bilan social 2017-2018 le nombre d’enseignants du premier degré qui démissionnent chaque année. Ce taux est en plein essor : 289 démissions en 2012-2013 et 861 démissions en 2017-2018.

L’évolution exponentielle de ce taux s’explique en grande partie par une détérioration de nos conditions de travail.

Un certain mal-être se perçoit aussi dans l’évolution des congés maladie pointée par la DEPP. En 2012-2013, 42.3% des enseignants comptabilisaient au moins un congé maladie au fil de l’année scolaire. Ce taux est allé crescendo jusqu’aux 52% relevés en 2016-2017.

Qu’on ose nous dire que la profession se porte bien, que la sacro-sainte bienveillance n’est pas réservée aux élèves à l’exclusion des enseignants eux-mêmes totalement épargnés par la souffrance au travail…


AGGRAVATION DU CONTEXTE AVEC LA CRISE SANITAIRE

La situation actuelle rajoute une quantité de contraintes et de difficultés toutes plus insurmontables les unes que les autres. Les impératifs liés à la crise sanitaire mènent les enseignants toujours plus loin, au bord du burn out. Parmi ceux-ci, un protocole sanitaire de plus de 50 pages, impossible à réaliser sans commettre d’erreur tous les quarts d’heure tant il est complexe à respecter avec les variables du terrain et un public d’enfants peu propices à l’application de consignes sanitaires strictes. S’ajoute à l’égard des équipes, la pression de parents qui veulent que leur enfant soit scolarisé alors que le protocole ne permet pas de dépasser certains effectifs. Et que dire des contraintes relatives aux 2S2C qui vont introduire des flottements supplémentaires là où la profession a déjà perdu pied ? Et peut-être perdu la main…

L’horizon est bien flou pour la rentrée scolaire 2020-2021 et les pièces se mettent en place pour que les professeurs des écoles soient échec et mat.



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LE RAPPORT DE LA COUR DES COMPTES SUR LA SANTÉ SCOLAIRE


Par Frédéric ELEUCHE, secrétaire national chargé des personnels ATSS


Terminé en avril, le rapport de la Cour des comptes sur la santé scolaire a été publié fin mai 2020 dans une relative discrétion étant donné les circonstances. Il comporte 81 pages, mais nous nous en tiendrons ici aux seules préconisations qu’il fait après une avalanche de critiques.


Il demande de regrouper au sein d’un service de santé scolaire les médecins, les infirmières, les assistantes sociales et les psychologues avec un service de pilotage assuré au rectorat par un inspecteur d’académie « chevronné », de supprimer les comités d’éducation à la santé d’établissement et de les remplacer par des comités d’éducation à la santé de bassin.

Il préconise de partager les tâches entre les médecins et les infirmières pour les visites médicales de la 6e année, d’établir auprès du ministre un conseil de la santé scolaire qui publiera un rapport annuel, d’articuler les dépistages obligatoires de la 6e année avec le dépistage de la médecine de ville ou hospitalière, d’obtenir des collectivités territoriales la rénovation des centres médicoscolaires et de les doter de moyens en personnel de secrétariat.

Nous reviendrons plus longuement sur ces préconisations qui, déjà, posent le problème bien connu des rapports entre les médecins (environ mille personnes) et les infirmières (environ 7 500 personnes) mais nous tenons dès maintenant à souligner le point qui nous a paru le plus important : la Cour des comptes n’est pas du tout favorable à la décision du Premier ministre de janvier 2020 de transférer à terme les médecins et les infirmières aux conseils départementaux à laquelle elle reproche d’ajouter à l’enchevêtrement des responsabilités. La Cour demande clairement que l’État conserve l’unité de décision dont l’intérêt vient d’être amplement prouvé pendant la crise sanitaire que nous traversons.


Citation:

QUELQUES CHIFFRES

Infirmiers environ 8000 ETP. Taux d’encadrement de 1300 élèves par personnel infirmier fin 2018. Le taux de bilan infirmier des élèves dans la 12e année n’est réalisé qu’à 62% (en progression).

Médecins < 1000 ETP. Un tiers des postes vacants malgré les crédits ouverts. Chute de 15% de l’effectif depuis 2013 et dégradation (jusqu’à 40% dans 31 départements) du taux d’encadrement : 1 médecin pour 12 572 élèves en 2018.

Le taux de dépistage obligatoire des élèves dans la 6e année par un médecin scolaire a chuté de 26% à 18% (et même moins de 10% dans 34 départements) entre 2013 et 2018 : moins d’un enfant sur cinq bénéficie de la visite en principe universelle.

Les visites médicales d’aptitude préalables à l’affectation dans l’enseignement professionnel ne sont effectives que pour 80% des lycéens concernés pour les seuls élèves du public (parfois par des consultations médicales externes) : cette situation expose les élèves à de potentiels accidents de formation et met en jeu la responsabilité des chefs d’établissement d’enseignement professionnel.





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SOUS NOS APPLAUDISSEMENTS

Par Mathieu CHENET, membre du Bureau académique du SNALC de Strasbourg


Alors qu’eux-mêmes dénoncent régulièrement le manque de moyens humains dans leur profession, les médecins et infirmiers scolaires ont été mis à l’honneur pour avoir renforcé les effectifs des milieux hospitaliers. Mais le chemin qui les a menés dans les couloirs des hôpitaux et des EHPAD – ramenés plutôt, beaucoup y ayant déjà exercé dans une vie antérieure – fut tout sauf un long fleuve tranquille.


Parmi les premiers en contact avec le virus, sans protections, et donc malades trop tôt pour se voir exonérés du jour de carence – relevons l’injustice –, beaucoup ont répondu à l’appel lancé par les ARS. Mais faute d’un cadre légal, indispensable pour couvrir ces agents qui s’apprêtent à prendre de lourdes responsabilités, peu se retrouvent à l’oeuvre.

Après deux semaines d’une attente frustrante, le décret du 28 mars vient libérer ces volontaires qui venaient d’apprendre, ironie du sort, qu’ils étaient devenus réquisitionnables. Sur le terrain les inégalités furent nombreuses : là où quelques-uns ont obtenu des contrats de travail avec salaire, les autres n’ont pas eu cette chance. Leur démarche ne visait certes pas à s’enrichir, mais le ministère aurait dû veiller à ce que n’existent pas ces écarts de traitement.

La reprise du 11 mai, contre l’avis du SNALC, a ramené médecins et infirmiers scolaires à leurs missions premières. Le protocole sanitaire a mis en avant leur rôle essentiel de conseiller technique dans sa mise en oeuvre, tout en leur rajoutant la responsabilité de former les personnels. Ce qui les a amenés à intervenir sur des établissements se comptant par dizaines, tant ceux-ci sont nombreux quand nos personnels de santé le sont si peu. On en revient donc à la question des moyens.

Nous avons été nombreux à saluer chaque soir les soignants, en signe de soutien, souvent sans savoir qu’un certain nombre de nos collègues se trouvaient à leurs côtés. Ces mêmes collègues pour lesquels l’État souhaite sans concertation transférer leur gestion aux Conseils départementaux. Cette bascule vers la fonction publique territoriale, la quasi-totalité de nos adhérents concernés, que le SNALC a interrogés, n’en veut pas.

Un combat qu’il ne faudra pas laisser dans l’ombre mais couvrir lui aussi de nos applaudissements.



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