AESH : 3 MÉTIERS EN 1 POUR LE MÊME PETIT SALAIRE

AESH : 3 MÉTIERS EN 1 POUR LE MÊME PETIT SALAIRE

AESH : 3 MÉTIERS EN 1

POUR LE MÊME PETIT SALAIRE…





Par une AESH référente et Danielle ARNAUD, secrétaire nationale chargée des contractuels
Paru dans la Lettre électronique AESH n°13 BIS
Le 12 juin 2020



L’annonce de la publication très prochaine d’un arrêté fixant les critères d’expérience pour exercer la fonction d’AESH référent suscite probablement pour nombre d’entre vous l’envie d’en savoir plus sur ce nouveau poste, et peut-être dans l’objectif de faire acte de candidature.
Pour vous apporter des éléments de réponses aux multiples questions que vous pourriez vous poser, le SNALC a interrogé une AESH référente, entre autres, qui exerce cette fonction depuis juillet 2019.



Le SNALC : Vous avez exercé la fonction d’AESH référente au bout de combien d'années d'expérience ?
J'ai signé mon CDI en juillet 2014, après 7 années de CDD en tant qu’AED-AVS. En juillet 2019, j’avais donc 12 ans d’expérience dans l’accompagnement d’élèves en situation de handicap.

Le SNALC : Quelles étaient vos questions lors de votre entretien pour être éventuellement recrutée en tant qu’AESH référente ?
J'avais beaucoup de questions :
Quelles vont être mes missions ? Ma rémunération ? Vais-je passer à temps complet ? Vais-je être à la hauteur de ce poste sans avoir eu de formation d'AESH Référent ?
Mais à l'heure d'aujourd'hui, certaines de mes questions sont toujours sans réponse…

Le SNALC : Avez-vous été soutenue ?
Oui heureusement, la principale de mon collège a mis à ma disposition un bureau et un ordinateur portable. Elle a toujours été présente lorsque j'avais des questions et m'a apporté son soutien dans certaines situations délicates. L'enseignant référent m'a beaucoup aidée également car j'ai eu la chance que son bureau soit situé dans mon établissement. J'ai pu ainsi avoir accès à tous les dossiers (GEVASCO, suivis...) des élèves notifiés. J'ai fait toutes les photocopies de ces dossiers afin qu'ils soient accessibles aux AESH, elles pouvaient ainsi les consulter afin d'aider au mieux les élèves.

Le SNALC : Comment a commencé votre prise de poste ?
J’ai pris mon poste en juillet 2019 et j’ai commencé l’élaboration des emplois du temps et la répartition des AESH. J’ai donc pu prendre connaissance des informations nécessaires concernant des élèves notifiés du collège et fait les photocopies nécessaires (GEVASCO, suivis : orthophoniste, ergothérapeute, prise en charge du SESSAD...).
Dès l'ouverture du collège au mois d’août, j’ai découvert des nouvelles notifications et j’ai modifié les emplois du temps de certaines AESH.

Le SNALC : Quelles sont vos missions ?
3 métiers en 1, donc beaucoup de missions.

Mon métier d'AESH
Suivi des élèves notifiés en mutualisation en classe, 20 heures par semaine.

Mon métier d'AESH référente

  • Personne ressources des AESH : posture, information, écoute, positionnement, adaptations, mutualisation des outils, suivis des contrats, soutien…
  • Participation et intervention en classe lors de situations complexes
  • Réunion une fois par mois avec toutes les AESH de l'établissement pour échanger sur les différents problèmes rencontrés
  • Coordination avec l'équipe éducative et pédagogique de l'établissement.

Mon métier de coordinatrice du PIAL

  • Élaboration et modifications des emplois du temps en fonction :

    • des absences des AESH, des absences des professeurs, des absences des élèves, des stages, des voyages, des formations (professeurs ou AESH)... ;
    • des nouvelles notifications MDPH ;
    • des arrivées des élèves notifiés ;
    • des évaluations des élèves (changement lorsqu'un élève n'est pas pris en charge à l'heure de l'évaluation ou deux élèves mutualisés en même temps) ;
    • des besoins des élèves : des actualisations peuvent avoir lieu durant toute l'année scolaire, suite à une ESS, à un conseil de classe, à la demande d'un professeur ou d'une AESH.

  • préparation des ESS (remontées des professeurs, consultation du dossier) :

    • participation aux équipes éducatives des élèves notifiés ;
    • compte rendu des ESS pour le dossier de l'élève.

Le SNALC : Vous avez une décharge de 10 heures hebdomadaires pour effectuer toutes ces missions, est-ce suffisant ?
Vous comprendrez aisément que les 10 heures de décharge sont malheureusement bien insuffisantes. Je fais énormément d'heures supplémentaires et elles ne me sont pas payées. J'aimerais passer à temps complet, c'est d'ailleurs la demande que j'ai faite à la DSDEN pour l'année prochaine, j'espère qu'elle sera acceptée.

Le SNALC : Pourquoi vous a-t-on confié la charge de coordonner le PIAL ?
Aucun professeur ne s'est porté volontaire pour coordonner le PIAL qui représente une charge de travail considérable, avec beaucoup de tâches administratives. Les professeurs sont déjà très sollicités, on leur demande de faire de plus en plus d’activités, des programmes qui changent, de plus en plus d'aménagements pour les élèves en situation de handicap. Ils font déjà comme ils peuvent et de leur mieux sans avoir, pour la plupart, été formés.

Le SNALC : Pensez-vous qu'une AESH puisse coordonner un PIAL ?
Pour moi, c'est le rôle d'une AESH pour plusieurs raisons.
Je connais tous les dossiers, j'ai rencontré tous les parents lors des équipes où j'échange avec eux pour m'adapter et modifier les prises en charge en fonction des besoins des élèves. Je suis présente tous les jours sur l'établissement. J'interviens dans les classes, je peux donc évaluer leurs difficultés.
Je comprends tout à fait qu'aucun professeur n'ait voulu se positionner sur ce poste et sincèrement je ne pense pas que ce soit une bonne idée. En effet, pour coordonner correctement un PIAL, une décharge très importante est nécessaire afin qu'on puisse en retirer les avantages en modulant les emplois du temps au jour le jour et permettre aux enfants d'être accompagnés lorsqu'ils en ont vraiment besoin comme nous pouvons le faire dans notre établissement.

Le SNALC : Avez-vous été payée pour votre mission de coordinatrice ?
Non, j’ai été informée, dès ma prise de fonction, du fait que les indemnités pour missions particulières étaient prévues pour ce poste, mais que je ne pouvais pas y prétendre en ma qualité d’AESH.

Le SNALC : Un nouvel arrêté va être publié pour les AESH référent, qu'en espérez-vous ?
J’en attends :
  • un nouveau contrat (qui stipulerait que je suis AESH référente avec un détail des missions) ;
  • un temps complet ;
  • une formation ;
  • une décharge complète qui nous permettrait une coordination du PIAL sur un secteur ;
  • la participation au recrutement des AESH ;
  • une prime de tutorat ;
  • un contrat sur 45 semaines.


  • Le SNALC : Que peut apporter une AESH référente aux AESH nouvellement recrutés ?
    Lorsque j'ai commencé, j'ai pris mes fonctions sans avoir fait ma formation de 60H puisqu'elle est faite durant l'année. C'est malheureusement le cas encore aujourd'hui. Nous nous retrouvons en classe avec des élèves à besoins spécifiques sans qualification. À l'époque, j'étais la seule AVS de mon établissement et certains professeurs ne connaissaient même pas mon métier. Je ne pouvais donc pas échanger, ni être conseillée par une AVS expérimentée afin qu'elle me transmette des outils, me donne des conseils…
    Les AESH même expérimentés ont parfois besoin de soutien. Nous faisons un métier difficile et parfois nous avons juste besoin de quelqu'un qui est là pour nous écouter. Parfois, nous ne savons pas à qui en parler, les enseignants référents croulent sous les dossiers et ne peuvent pas toujours gérer certains conflits. Certaines AESH se sentent parfois bien seules face à leurs difficultés. Nous pourrons avoir maintenant grâce à la création des AESH référent, une personne à qui se référer. Une personne qui fait le même métier que vous et qui peut comprendre mieux que personne les difficultés auxquelles on peut être confronté.

    Le SNALC : Quels sont les inconvénients d’un PIAL ?
    Nous avons la chance d'être dans un grand collège, nous n'avons aucun déplacement à effectuer. L'inconvénient pour nous est la mutualisation. Il est parfois difficile, en fonction de certains handicaps de s'occuper de 3 enfants en même temps dans une classe. Sauf quand nous travaillons en îlots, nous n'avons pas tous les enfants à côté de nous. Il faut donc se lever sans déranger les autres élèves ni le professeur. Il faut se partager et savoir répartir notre accompagnement en fonction des besoins. Il nous arrive parfois pour gérer une crise d'un élève, de devoir sortir de la classe et par conséquent nous ne sommes plus présents pour les autres élèves notifiés « mut ».
    Pour certains élèves, c'est cependant bénéfique, ça leur permet d'acquérir plus rapidement de l'autonomie mais pour d'autres, c'est plus compliqué.

    Le SNALC : Et les avantages d’un PIAL?
    Les changements d'AESH peuvent être bénéfiques pour certains élèves. La plupart des élèves sont capables de s'habituer à avoir plusieurs AESH, plusieurs méthodes et différentes façons de travailler. Pour certains élèves, garder la même AESH pendant des années peut présenter des inconvénients. Ils s'habituent, s'attachent et sont perdus lorsqu'ils doivent changer d’établissement.
    L'avantage principal de cette organisation est qu'aucune AESH ne patiente en salle des professeurs lors d'une absence d'un professeur ou d'un élève puisque je l'affecte vers un autre élève et aucune heure n'est donc perdue. Cela nous permet également d’observer que les élèves progressent mieux que l’an passé, notamment grâce à l’accompagnement lors des évaluations, ils bénéficient donc bien des aménagements qui leur sont nécessaires. Cette formule se veut bienveillante et rassurante, l’élève est enfin évalué à la hauteur de ses capacités.

    Le SNALC : Comment a été perçu votre poste par les collègues AESH de votre établissement ?
    Très bien ! Nous sommes 9 AESH en mut et 2 AESH CO en Ulis dans notre collège. Nous formons une équipe soudée. Elles avaient au début, comme moi plein d'interrogations sur ce nouveau fonctionnement, et des craintes qui ont vite disparu.
    Nos réunions hebdomadaires nous permettent d'échanger sur les difficultés rencontrées, les AESH peuvent ainsi mieux connaître les besoins de chaque élève du PIAL. Cette réunion permet également de renforcer nos liens car nous sommes toutes solidaires et nous avons toutes le même objectif : la progression des élèves et in fine la réussite de l’inclusion.

    Le SNALC : Votre bilan de cette année ?
    Je fais ce métier depuis presque 13 ans, et je l'aime énormément, les nouvelles responsabilités que l'on a pu me confier sont enrichissantes et ce nouveau poste me permet d’être valorisée, mais j’ai le sentiment qu’il n'est pas reconnu comme il devrait l'être.
    Une année riche, beaucoup de travail, d’investissement. Malheureusement, je sais que tous les PIAL ne fonctionneront pas comme le nôtre, pourtant nous avons eu d'excellents résultats.
    L'année prochaine, certains professeurs, CPE, principal adjoint, directeur d'école se verront confiés ce poste de coordonnateur en plus de tout le travail qu'ils ont déjà à gérer. Pour qu'un PIAL fonctionne aussi bien que le nôtre et bénéficie des avantages, il faut mettre plus de moyens. C'est pour cela d'ailleurs que personne n'a été volontaire pour accepter cette mission. Une charge de travail trop importante pour être confiée à des professeurs déjà débordés...

    Pour le SNALC, force est de constater que notre collègue n’exerce pas que la fonction d’AESH référente, que le temps de travail alloué et sa rémunération sont très insuffisants pour sa charge de travail et ses responsabilités.
    Le SNALC est favorable au dispositif d’AESH référent, à la condition qu’il soit cadré nationalement et valorisé pour que les AESH, principaux concernés, n’en soient pas encore les grands perdants. Les quotités de travail et les rémunérations doivent être à la hauteur des missions demandées qui sont nombreuses et nécessitent une expertise et des compétences poussées.
    Le projet d’arrêté proposé par l’administration n’est pour l’instant pas à la hauteur de ces exigences et le SNALC compte bien mettre à profit la prochaine réunion de concertation au ministère, prévue le 19 juin, pour que ce texte devienne plus favorable aux AESH référents.
    Enfin, le SNALC n’est pas opposé à ce que des AESH exercent la fonction de coordonnateur PIAL, par contre celle-ci doit s’inscrire dans un cadre réglementaire strict, à l’instar de toutes les missions susceptibles d’être occupées par des AESH.







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