EPS SOUS PROTOCOLE COVID, UNE REPRISE CONTRAINTE À HAUT RISQUE !

EPS SOUS PROTOCOLE COVID, UNE REPRISE CONTRAINTE À HAUT RISQUE !

EPS SOUS PROTOCOLE COVID,
UNE REPRISE CONTRAINTE À HAUT RISQUE !


Par Laurent BONNIN,
secrétaire national EPS
eps@snalc.fr
Le 11 mai 2020

Une reprise en EPS devra passer par le strict respect des consignes préconisées par le protocole sanitaire du MENJ condition essentielle pour garantir la sécurité des élèves, du personnel. Il convient donc d’analyser ces recommandations et leur impact sur l’enseignement de l’EPS à partir des principes généraux énoncés (p. 5 à 10) et des règles de prévention spécifiées pour les activités sportives (p. 37 à 39).

LES GESTES BARRIÈRES « doivent être appliqués en permanence, partout, par tout le monde »

L’EPS en aucun cas ne peut s’exonérer de ces recommandations.

  • Le lavage des mains : « Avant de rentrer en classe, d’aller aux toilettes et après y être allé ; après s’être mouché, avoir toussé, avoir éternué ; autant que de besoin après avoir manipulé des objets possiblement contaminés; les échanges de ballons doivent être évités ou accompagnés de modalités de désinfection après chaque utilisation »
En EPS, des points d’eau devront donc être obligatoirement accessibles à chaque instant. Toutes les aires de pratique qui en seraient dépourvues ne seront pas utilisables.

  • Le port du masque, « Le port d’un masque « grand public » est obligatoire dans toutes les situations où les règles de de distanciation risquent de ne pas être respectées. Il est recommandé dans toutes les autres situations.»
Il faut bien lire. Les règles de distanciation «devant être respectées dans tous les contextes et tous les espaces», donc partout, le port du masque ne devient plus obligatoire nulle part. C’est un total renversement de la doctrine qui s’assoit dorénavant sur les recommandations du Conseil scientifique, pour qui le port du masque doit être obligatoire au collège et au lycée, ainsi que sur ses bons usages. En rendant son port occasionnel, les manipulations de pose, dépose, repose...s’opposent aux consignes correctes d’utilisation.



Cette mesure qui apportera de l’air aux élèves, sans doute plus encore au gouvernement, asphyxié par des promesses non tenues, ne manquera pas non plus d’en fournir au SARS-COV2.

MAINTENIR LA DISTANCIATION SOCIALE « le respect d’une distance minimale d’un mètre entre chaque personne...doit être respectée dans tous les contextes et tous les espaces »

Concernant les ACTIVITÉS SPORTIVES il est précisé de :

  • Limiter la pratique aux seules activités physiques de basse intensité si la distanciation physique propre aux activités sportives n’est pas possible. La distanciation doit être de 5 mètres pour la marche rapide et de 10 mètres pour la course.
Le port du masque en EPS est anormalement flou. Il semble perdre tout caractère obligatoire. Dans la plupart des cas, le masque ne sera pas porté à moins qu’il ne soit localement imposé! Selon la nature de l’activité, qu’elle soit statique ou avec déplacements, les élèves devront rester isolés dans des cercles indépendants et imperméables de 5 à 10 mètres de diamètre. Cette mesure va poser d’importants problèmes de place, d’organisation et de circulation des élèves, afin d’éviter tout rapprochement, croisement ou doublement trop étroits, et engager un peu plus la responsabilité des enseignants vis-à-vis des risques de contamination et de reprise possible de l’épidémie.

  • Veiller au respect des règles de distanciation pendant la pratique sportive.
En EPS cette distance physique entre les élèves d’au moins 1 mètre, mais de 5 dès la marche rapide, de 10 en course, réduit drastiquement le champ des pratiques physiques et sportives possibles.

  • Proscrire les jeux de ballons, sports de contact et sports collectifs.
En EPS, l’interdiction logique de ces activités, en raison de la règle précédente, empêche la pratique des sports collectifs, des sports de combat mais aussi de l’acrosport, du cirque et de la danse dans leur forme collective.

  • Privilégier des parcours sportifs individuels.
En EPS, des activités athlétiques, de course d’orientation, de crossfit, de step... seraient possibles en respectant les distances barrières de 5 et 10 mètres selon les formes et l’intensité des pratiques.

  • Privilégier les activités extérieures lorsque la météo le permet.
Dans son discours du 7 mai, E. Philippe a rappelé que les sports dans les lieux couverts resteraient interdits.
Les collectivités locales garderont donc fermés les gymnases, les dojo... En EPS, toutes les activités en salle comme le badminton, la danse, la gymnastique, le tennis de table, qui permettaient une distanciation, ne seront guère possibles.

  • Proscrire l'utilisation de matériel sportif pouvant être manipulés par tous, ou assurer une désinfection régulière adaptée, vérifier que les ballons ou matériel proscrit n’est pas accessible aux élèves durant les cours.
En EPS, l’utilisation de matériel comme les ballons, les balles, les volants, les objets circassiens, les appareils de musculation, mais aussi chronomètres, tablettes...en somme tout le matériel pédagogique sur lequel s’appuient les enseignements est interdit, à moins d’être nettoyé systématiquement en cas d’échange ou de partage.

ASSURER LE NETTOYAGE ET LA DÉSINFECTION DES LOCAUX ET MATÉRIELS « Nettoyer et de désinfecter plusieurs fois par jour les surfaces et les objets fréquemment touchés (sanitaires, poignées, matériel utilisé, supports pédagogiques, aires de jeux et équipements sportifs) et lorsque des groupes d’élèves différents se succèdent dans une salle d’enseignements, un nettoyage approfondi des équipements et matériels en contact avec les élèves est réalisé entre chaque groupe »

En EPS cela nécessite une décontamination pluri-quotidienne des espaces sportifs (gymnases, dojo, vestiaires...) des matériels (agrès, tapis …). C’est bien aussi pour cette raison qu’elles resteront fermées, car elles nécessitent un entretien considérable qui de surcroît engage la responsabilité des collectivités. L’accès à des vestiaires sera ainsi souvent compromis, privant ainsi l’accès à des points d’eau et donc empêcher le lavage des mains, geste barrière essentiel, et interdire alors toute pratique physique.

Concernant les ACTIVITÉS SPORTIVES il est précisé de :

  • Utiliser uniquement du matériel individuel et personnel, pas de prêt de matériel collectif ou assurer une désinfection régulière adaptée.
En EPS le recours à du matériel personnel pose le double problème de la gratuité de l’enseignement et de l’égalité entre les élèves. Le prêt de matériel lui nécessite des produits et du temps de désinfection mais aussi des mesures constantes et strictes de contrôle qui vont en sur-ajouter à la gestion de la sécurité, aux tâches et à la responsabilité des professeurs et amplifier encore les risques de contamination.

  • S'affranchir de l'utilisation des vestiaires en demandant aux élèves de venir en tenue de sport dès le matin, neutraliser les douches et vérifier que leur condamnation soit effective.
En EPS, les élèves n’auront donc plus à changer de tenue, ni la possibilité de se doucher. L’on déplore dans ces conditions de reprise les conséquences peu acceptables en matière d’hygiène, contraires aux principes même des éducations à la santé et à la citoyenneté constamment menées en EPS,

CONCLUSION
La reprise de l’EPS va donc s’opérer mais sous de fortes contraintes et avec de très hauts risques.

Des contraintes institutionnelles : des obligations surgissent de toute part, certaines déjà insensées. Dans l’académie de la Réunion par exemple, au mépris des consignes de bon usage des masques, les IPR précisent « lors de la pratique ... il est déconseillé de porter le masque. Ainsi, nous pensons que les élèves peuvent descendre le masque mais le garder autour du cou afin de pouvoir le remettre dès que nécessaire ». Quel modèle d’éducation à la santé et à la sécurité ! Des contraintes pédagogiques : très peu d’installations pourront être utilisées, très peu d’activités pourront être pratiquées et dans des conditions d’organisation très strictes.

Des contraintes sanitaires drastiques : sur-ajoutées à la gestion déjà constante de la sécurité, mais dans de nouveaux registres, les enseignants vont se transformer en agents de circulation, en agents de contrôle, stressés et stressant, en agent de nettoyage et d’entretien permanent. Des contraintes morales et juridiques : la responsabilité personnelle, civile, voire pénale, des enseignants sera engagée comme jamais.
L’EPS ne peut pas être un « retour vers le futur ». Revenir demain à des origines d’hier, rigoristes, militaires, hygiénistes ou pseudo suédoises, c’est un risque. Certains diront que c’est mieux que rien ! Mais faire pratiquer une telle EPS, aseptisée, individualisée, décharnée, privée de ses dimensions intercorporelle, sociale, ludique, essentielles, est un remède qui pourrait vite s’avérer pire que le mal. Discipline d’enseignement devenant un enseignement de la discipline elle compromettra l’intérêt et l’investissement vital des élèves qui n’accepteront pas longtemps d’être soumis à de telles pratiques et à de telles méthodes. Enfin, reprendre l’EPS, ou ce qu’il en reste, en cette période encore épidémique c’est aussi courir de vrais risques de santé publique dont il conviendrait de définir honnêtement les enjeux et d’évaluer clairement les bénéfices.
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