Quelques témoignages

Quelques témoignages

QUELQUES TEMOIGNAGES



Maxime Reppert
Secrétaire national chargé des conditions de travail et du climat scolaire
conditionsdetravail@snalc.fr




RÉMUNÉRATIONS : LA COUPE EST VIDE !

Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1432, septembre 2019

Le traitement des enseignants stagne depuis de très nombreuses années, et ils ont en conséquence subi un fort décrochage de leur pouvoir d’achat et un déclassement évident : alors qu’ils sont encore considérés comme des cadres de catégorie A, ils sont loin d’en avoir les salaires. [Lire la suite]





Pour compléter cet article : Quelques témoignages

Voici 3 écrits recueillis témoignant, que ce soit pour le 1er ou 2nd degré, des souffrances et difficultés ressenties. Par souci d’anonymat, les prénoms ont été modifiés (mais la discipline et l’académie sont conservées)


  • Celui d’un professeur du 1er degré
Marie, professeur des écoles (académie de Nice), nous fait part de son écœurement.

Citation:
Bonjour
Je suis PE en CLD depuis 2 ans et demi pour burn-out et dépression grave.
Je ne me reconnais plus du tout dans les directives imposées par la hiérarchie souvent contradictoires entres elles et avec mes valeurs profondes ; la souffrance et le mal-être qu'elles engendrent chez les enfants et leurs parents.
On joue sur la peur des gens et on les stresse.
On divise les collègues pour mieux régner et le chacun pour soi règne désormais dans les écoles.
Je ne pouvais plus exercer mon métier sereinement car plus de discipline possible prise, pour de l'autoritarisme. Sous couvert de "bienveillance" à la mode (sauf envers nous les enseignants) c'est le laxisme à outrance qui règne. Chacun est libre de faire ce qu'il veut et plus aucune règle n'est appliquée, les enfants n'ont plus de cadre ni de limites et nous ne pouvons plus leur en offrir. Les menaces et chantages sont notre lot quotidien, c'est la loi du marché et du clientélisme. Il faut satisfaire les parents et pas de vagues.
Les journées de travail qui rallongent avec le retard systématique des parents, les mails administratifs, les formations à distance, les préparations toujours plus longues, les réunions à rallonge stériles, les vacances dont on ne profite pas car épuisée et encore du travail à faire, les nuits d'insomnie avec la charge mentale de plus en plus lourde et le stress qui s'accumule.
La culpabilité que l'on nous insinue insidieusement en nous faisant croire que l'on n'en fait jamais assez, que l'on ne respecte pas assez les nouveaux programmes, que notre cahier journal n'est pas assez précis, que les affichages ne sont pas assez......
Et je ne parle pas des parents qui veulent vous apprendre votre métier après 25 ans de carrière. Même si je n'ai pas reçu une formation digne de ce nom, merci l'éducation nationale, je suis sérieuse et travailleuse, c'est ma vocation et j'ai adoré mon métier.
C'est pourquoi je suis écœurée de voir ce qu'a réussi à faire notre gouvernement en 10 ans et ça s'accélère, un marasme.
Merci de m'avoir écoutée.



  • Celui d’un professeur de lettres modernes en lycée

    « Il court, il court … le prof de lettres en lycée. Mais après quoi court - il au fait ? ». Avec ce billet d’humeur, Jeanne, professeur de lettres modernes (académie de Dijon) nous livre, de façon courte mais incisive, une analyse de l’application du programme de français pour le bac.

Citation:

Pour atteindre cet objectif de vingt-quatre textes à présenter à l’oral du bac de français - objectif chiffré, imposé pour la première fois ! -, il ne sait comment résoudre ce dilemme : passer vite sur les textes, au risque que les élèves ne les comprennent pas ou s’adapter à leur rythme, au risque de ne pas avoir vingt-quatre textes à présenter !
Non seulement il court, mais il fait le grand écart entre l’objectif ambitieux et la dure réalité du terrain. Il doit mettre en œuvre les méthodologies du commentaire et de la dissertation, tout expliquant au petit Seconde que « non Zola n’est pas mort étouffé par son poil ! » et qu’« un baiser langoureux » ne signifie pas « un baiser avec la langue » !
Et que dire de ces œuvres imposées ! Quid de la liberté pédagogique ? Madame de Lafayette, Stendhal ou M Yourcenar ??? C’est encore un choix impossible quand on a des classes très faibles !
Enfin, il court après le temps puisqu’on lui a imposé, contre sa volonté la fonction de professeur principal. Avec toutes les spécialités, peu de profs ont la classe entière. Il faut donc se dévouer !
Mais finalement, ne court-il pas après le sens qu’il donnait à son métier, sens qu’il a perdu de vue depuis la rentrée !



  • Celui d’un professeur de technologie en collège
Pedro, professeur de technologie (académie de Strasbourg) fait le bilan sur son métier et l’enseignement de sa discipline et ses difficultés.
Citation:
Pour ma part, à la fois ressenti personnel sur le métier et sur ma discipline qu'est la technologie, je citerai ces points :
- manque de groupes allégés pour un enseignement exploratoire avec démarche déductive lors des activités de technologie,
- étendue des domaines techniques, technologie à maîtriser avec outils adaptés à sa transmission,
- surcharge de tâches administratives organisationnelles chronophages dans la mise en œuvre d'un quelconque projet pédagogique conséquent ou ne serait-ce que dans un suivi pseudo-pédagogique,
- réforme du collège assassine menée en dépit de tout bon sens, à la fois sans amélioration des moyens d'apprendre et à la fois par la multiplication d'injonctions paradoxales suicidaires,
- perte accentuée du sens de l'effort dans l'apprentissage lié à la dictature du divertissement et de la mise en appétence permanente, donner l'envie d'avoir envie d'apprendre, être vendeur, show man tout en notant de manière à valoriser l'ensemble, la mouvance pédagaga...
- le manque de responsabilité des uns et des autres dans l'échelle hiérarchique, des individus interchangeables ayant comme constante d’être la caisse de résonance et non de raisonnement, du bon sens pratique, d'ordres contradictoires,
- la déshumanisation des rapports entre collègues conduisant à une prédation sournoise lors d'éventuels compléments IMP, effectifs allégés, le moi ça va et puis toi, tant pis,
- la multiplication des impératifs TICE, travail via la machine, pc, tablette ou autres engendrant une hyper acuité visuelle permanente avec usure de celle-ci couplée à une perte de contrôle totale liée aux inénarrables bugs propres à l'outil informatique (1 bug sur 10 mais comme l'effectif est de 30 élèves) rendant ces séances beaucoup plus usantes qu'un cours classique,
- l'échelle de niveau intellectuel/volonté/implication dans une classe pouvant aller de 1 à 7 (d'ailleurs cette échelle devrait porter un nom comme celle du gas de chez nous pour les tremblements de terre) et l'usage d'une pédagogie qui ne permet pas l'expression de tous les talents individuels,
- l'obstination d'une école obligatoire sans voir le manque d'intérêt dès la 5ème de la part de certains élèves,
- la dictature de la bienveillance envers tout et n’importe-quoi,
- la perte d'esprit critique au sein de notre corporation caractérisée par l’abstention lors de votes au C.A dans nos établissements scolaires, voter contre est trop dangereux, la force de conviction étant l’abstention, résultat du nihilisme ambiant,
- un manque d'autorité ou alors tout simplement une autorité non respectable de par sa nature veule et fourbe à l'image de nos gouvernants,
- la multiplication d'enfants à problème que l'on inclut à tort en situation de handicap dont le seul est l'absence de limites coercitives physiques jamais éprouvées et que le professeur accompagné d'un AESH et d'un autre groupe d'élèves doit subir en permanence,
- le « ce n'est pas grave » engendré par des décennies de déni de la réalité du genre, "ceci n'est pas une insulte", "ceci n'est pas incivilité" etc...
- j'oubliais un élément très nocif, c'est le bruit, forcément accentué par le surnombre en classe,

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