LE GRAND ORAL : UN OBJET TOUJOURS NON IDENTIFIÉ (MAIS INQUIÉTANT)

LE GRAND ORAL : UN OBJET TOUJOURS NON IDENTIFIÉ (MAIS INQUIÉTANT)

LE GRAND ORAL :
UN OBJET TOUJOURS NON IDENTIFIÉ
(MAIS INQUIÉTANT)

Sébastien VIEILLE
Secrétaire national à la pédagogie
pedagogie@snalc.fr
8 octobre 2019

Pour l’heure, alors que les notes de service concernant les épreuves de spécialités de terminale ont été étudiée en groupe de travail au ministère, ce dernier ne communique pas autour du grand oral. Les arbitrages, calibrages, cadrages ne sont semble-t-il pas encore faits. Mais l’année scolaire est encore jeune.

Ce que l’on sait.

Il y a tout d’abord ce que l’on sait. Enfin, ce qui a été dit jusqu’ici. Car, nous sommes en terrains mouvants en ce qui concerne le futur baccalauréat.

Le grand oral durera 20 minutes et portera sur une problématique élaborée par le candidat à partir de son travail dans l’une de ses spécialités ou dans les deux.

Sachant que les spécialités seront évaluées en mars, on sait aussi qu’entre mars et juin les élèves traiteront les parties du programme qui n’étaient pas exigibles pour les épreuves écrites et prépareront le grand oral. De quoi bien occuper les lycéens en fin d’année ; mais de quoi bien charger la barque des enseignants.

Un rapport très inquiétant

Nommer une épreuve ‘grand oral’ lui confère évidemment un caractère sérieux, solennel, impressionnant presque. On imagine que l’élève va devoir produire du sens, un travail de recherche personnel avec un contenu pertinent et pointu.

Mais à la lecture du rapport Delhay, on a envie de se pincer. Il s’agirait d’une évaluation en trois temps.

D’abord le candidat, debout et sans ses notes qu’il a confiées au jury afin que ce dernier puisse le relancer en cas de panne, devrait, en cinq minutes, expliquer son choix de problématique. Il expliquerait en outre en quoi son sujet le touche ou l’intéresse. Il n’est dit nulle part que la problématique doit être développée ou traitée.

S’ensuivrait un échange de 10 minutes avec le jury. Cet échange pourrait commencer par une sorte d’auto-analyse de la première partie de l’épreuve. En termes de contenu, mais aussi en termes d’aisance, d’éloquence, de posture. Le rapport emploie bien l’expression « Reprise avec le jury pouvant comprendre des questions sur le contenu ». Elle peut les contenir. Rien ne semble nécessaire et suffisant ou tout simplement codifié.

L’ultime temps de l’épreuve durerait reposerait sur une question posée par le jury à partir du propos initial du candidat ou de ses échanges avec le jury. Le candidat pourrait prendre une minute de réflexion avant de s’exprimer pendant cinq minutes.

Parler sans notes, échanger avec un jury qui peut aller jusqu’à débriefer votre performance initiale avant de se lancer dans une réponse à brûle-pourpoint de cinq minutes, voilà qui sur le papier peut paraître ambitieux en termes de contenu.

Mais la grille d’évaluation vient totalement démolir cette image de sérieux et d’ambition. De contenu, il n’est question qu’une fois, dans la deuxième partie de l’épreuve. Le reste n’est que compétences orales, ou plutôt devrions-nous dire compétences en termes d’éloquence. Le candidat serait jugé sur sa capacité à interagir, à marquer des pauses pour capter l’attention du jury, à distribuer ses regards pour la maintenir, à gérer sa posture physique...

Une partie d’un tout qui ne peut que sombrer

Bien sûr, dans le rapport, il est bien dit que les enseignants doivent développer ces compétences chez leurs élèves. Ainsi, si l’on résume, les professeurs de spécialité en terminale vont avoir à boucler des programmes plus que chargés dont une bonne partie devra être évaluée en mars et donc corrigée pour ensuite traiter la fin du programme en aidant les élèves à construire leur problématique tout en développant chez eux des compétences d’éloquence et une maîtrise de la métacommunication. La barque sera bien chargée. Et elle risque vraiment de couler pour ceux qui – d’aucuns semblent ignorer que ce sera possible – auront un groupe de spécialité en première et en terminale tout en ayant des classes en troc commun, donc à évaluer pour le compte des épreuves commune de contrôle continu.

Et ce naufrage s’accompagnera évidemment – cela a commencé cette année – de dommages collatéraux. En plus des enseignants et des élèves, les proviseurs adjoints risquent de se noyer dans l’organisation des épreuves, après avoir ramé puis écopé pour confectionner des emplois du temps. Et en plus des conditions d’enseignement, ce sont toutes les ouvertures pédagogiques qu’il faudra se résigner à laisser couler. Avec de tels programmes et une période évaluative aussi vaste, les séjours linguistiques et autres sorties scolaires deviendront clairement impossibles.
SNALC © 2018
Association déclarée - Syndicat de salariés
N°SIREN 784 312 282
4, rue de Trévise 75009 Paris
Hébergement : ovh.com
Site optimisé pour Chrome et Firefox