COMMENT LES ENSEIGNANTS ET LES ÉLÈVES DE 1ère VIVENT –ILS LA RÉFORME DU LYCÉE ?

COMMENT LES ENSEIGNANTS ET LES ÉLÈVES DE 1ère VIVENT –ILS LA RÉFORME DU LYCÉE ?

COMMENT LES ENSEIGNANTS ET LES ÉLÈVES DE 1ère
VIVENT –ILS LA RÉFORME DU LYCÉE ?

Sylvie CHIARIGLIONE
Membre du bureau national
pedagogie@snalc.fr
8 octobre 2019

Le SNALC a souhaité connaitre les premières impressions des enseignants et des élèves sur cette rentrée qui marque le lancement de la Réforme du lycée général et technologique en classe de 1ère.

De manière générale, il est clair que la mise en œuvre de la Réforme a généré de la complexité dans les emplois du temps, débouchant sur quelques aberrations pédagogiques. Nombre d’enseignants font par exemple l’intégralité de leurs heures de cours avec une même classe le même jour…

Les informations disciplinaires encore lacunaires, l’absence de projection sur ce que pourra être ce nouveau baccalauréat en termes d’exigences et de niveaux d’évaluation inquiètent enseignants et parents d’élèves qui craignent que les premières générations d’élèves n’essuient les plâtres d’une réforme qui demandera quelques années de mise en place et de nombreux réajustements avant de pouvoir être qualifiée de satisfaisante.

Les élèves pour leur part ont une appréciation nuancée de ce début d’année scolaire : certains prennent plaisir à se retrouver dans de multiples groupes de spécialité, de langues vivantes, d’options et non plus seulement dans une seule et même classe, alors que d’autres en sont totalement perturbés..

Les IPR et les formateurs restent mesurés, tout le monde navigue à vue, chacun dit la sienne…Voici pour l’exemple des remontées qui nous proviennent de Corse.

LETTRES MODERNES

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Points positifs : Il y a un retour à une analyse de bon sens, moins technique, et plus axée sur le plaisir de la lecture.

  • Points négatifs : Le cadre est jugé trop rigide, trop coercitif. Des œuvres sont imposées, un nombre de textes est à présenter à l’oral, l’enseignement de la grammaire, tout ça dans un cadre horaire inchangé : il n’y a aucune d’heure d’AP dans certains lycées ; elle reste au bon vouloir du chef d’établissement. Il y a 4 œuvres à étudier d’un coup en première, un programme qui change par moitié l’an prochain et dans les années à venir.
    Il y a un retour de la grammaire avec cours…puisqu’une question aux EAF est prévue, quand ? comment ? il n’y a aucune précision pour le moment ce qui ne rend pas la tâche aisée…
    Certains IPR suggèrent aux enseignants de s’inspirer à cet égard de ce qui se fait en collège : ont-ils le temps de réaliser cette enquête ? est-ce bien raisonnable de procéder ainsi ?
    Le carnet de lecture arrive au lycée : comment ? sur quel temps ? pour quoi faire ?

    Le choix des épreuves semble bien loin des besoins des élèves : dissertation sur œuvre et commentaire pour toutes les premières générales : ceci est jugé infaisable pour la plupart d’entre eux et il n’y a pas de 3ème type d’épreuve (de secours) Seuls les élèves qui choisiront des filières sélectives en ont besoin.
    L’explication linéaire (nouvelle appellation !) les perd et la paraphrase sera de mise.
    La situation des STMG est jugée plus hasardeuse encore : le commentaire composé est infaisable avec ce public. Le résumé / essai aurait été une bonne idée pour tous mais les textes à résumer sont trop longs et les annales ZERO sont trop ambitieuses pour constituer un modèle quelconque : Levy straus …

    On nous confie qu’il risque d’y avoir beaucoup d’arrêts maladie …les enseignants de Lettres Modernes ont le sentiment d’être pris pour des chaouchs !

VÉCU DES ÉLÈVES

  • Les élèves se laissent porter. Pour l’instant, il n’y a pas de retours particuliers. Ils font confiance aveuglément.
    Les enseignants n’ont aucune certitude que le plaisir de la lecture passe sur nos chères têtes blondes car ils seront gavés comme des oies tant ce programme trop dense …

SPÉCIALITÉ HLP – PHILOSOPHIE

VÉCU DES ENSEIGNANTS


  • Points négatifs : Les professeurs de philosophie, moins nombreux que les professeurs de lettres doivent se concerter avec plusieurs professeurs de lettres car ils sont souvent amenés à gérer plusieurs groupes de spécialité là où leurs collègues de lettres n’en ont qu’un seul.
    La charge de travail est donc multipliée !
    Le professeur de lettres et de philosophie devraient être volontaires pour travailler ensemble
    Des manuels remplis d’erreurs ont été achetés.
    Personne n’est à même de fournir des informations fiables sur les épreuves.

VÉCU DES ÉLÈVES

Les élèves sont ravis et enthousiastes…

SPÉCIALITÉ MATHÉMATIQUES

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Point négatif : les enseignants déplorent tous l’absence de maths dans le tronc commun et craignent que les 2ndes ne se désintéressent maintenant totalement des maths par choix précoce. Ceci aura un effet sur le niveau des classes de 2nde en maths et de fait sur le niveau des élèves qui choisiront la spécialité par la suite car ils auront évolué dans des classes de 2ndes beaucoup plus hétérogènes en maths qu’elles ne l’étaient avant de par le désintérêt de leurs camarades pour la matière
    L’AP est soit inexistant soit mal géré dans les DHG
    Rythme des chapitres plus intense donc ceci est un problème pour certains élèves

VÉCU DES ÉLÈVES

  • Les élèves n’ont pas tous choisi cette spécialité volontairement : certains l’ont fait par goût mais d’autres par contrainte, les maths étant absentes du tronc commun mais nécessaires dans leurs futures études. De fait, les niveaux sont très hétérogènes et certains élèves ne sont pas à leur place du tout. Il serait essentiel de restaurer les mathématiques dans le tronc commun

SPÉCIALITÉ NSI
VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Point positif : la place de l’informatique au lycée est primordiale, il était évident que l’informatique devait se développer pour les élèves volontaires. L’enseignement commun à tous les élèves de 2nde SNT permet de donner les bases, des connaissances numériques indispensables dans tous les métiers actuels.

  • Ponts négatifs : perte de la notion d’équipe pédagogique en spé ce qui ne facilité pas le travail d’équipe entre enseignants, rend le suivi des élèves à priori plus complexe.
L’investissement en temps très important pour préparer des cours sur des concepts complexes pour un niveau première.

- De gros temps de formation rapide et très dense ont été organisé,
- Certains lycées fournissent une petite enveloppe pour servir les besoins en équipements au vu des projets mais rien n’a été donné du coté rectorat (DAN)…

En l’absence de fonds budgétaire pour réaliser les projets, ces derniers s’en trouvent réduits (aucun soutien financier pour une nouvelle matière à projet = on a jamais vu ça !)

- Le programme est ambitieux mais il n’est pas du tout détaillé en compétences attendues (aucune grille détaillée à ce jour) au niveau des élèves (s’approprier, s’informer, réaliser, etc ...),
- Il n’y a eu aucun soutien pour un choix de progression et pour les évaluations,
- Il n’y a eu aucune information sur la mise en place des projets qui représentent 1/3 du temps,
- idem sur les évaluations,
- certains collègues ont leurs cours prêts sur l’ENT mais ne peuvent les relier à des compétences officielles pour l’instant et les ont donc inventées !! c’est fantastique pour une spécialité « numérique » !

VÉCU DES ÉLÈVES

  • Pour l’instant les élèves sont contents et une majorité est motivée, ils demandent tous pour leurs études supérieures quelle spécialité ils doivent abandonner,
    il faut absolument que les écoles annoncent au plus vite les spécialités qu’elles demandent pour leurs formations !

LVA ANGLAIS

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Point négatif : les enseignants s’inquiètent du nombre de chapitres qui leur sont demandés ( 2 chapitres par axe ) traités en quelques heures – entre 4 et 6 de fait.
VÉCU DES ÉLÈVES

  • Ils sont très intéressés, mais parfois déjà un peu en difficulté.
    Tous sont curieux de découvrir le mélange littérature / documents plus courants de type presse écrite ou vidéo et de traiter des problématiques qui mettent en œuvre des synthèses de tous ces documents là.

LLCER (Corse)

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Point négatif : très peu d’élèves car les élèves choisissent plutôt d’autres enseignements de spécialité. La problématique de l’abandon d’une spécialité en fin de 1ère se pose encore plus pour la LR que pour les autres matières….
VÉCU DES ÉLÈVES


  • Le public élèves est forcément convaincu de ce choix / élèves souvent bilingues

SPÉCIALITÉ HGGSP

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Points négatifs : C’est très difficile, de bien cibler les attentes pour des épreuves pas encore sorties ! préparer une progression de première , une progression des apprentissages alors que les épreuves finales ne sont pas encore sorties , c’est catastrophique . Cela va à l’encontre de tout ce que l’on apprend à nos stagiaires ! lorsqu’on prépare un cours, On conçoit avant tout l’évaluation finale
    Au final, il ne se passe pas un jour sans que les collègues ne se pose des questions non résolues :
    - Est-ce que les épreuves de fin de première pour ceux qui abandonnent prendront en compte tous les thèmes ?
    - A quelle date exactement doit se passer cette épreuve ?
    - Est-ce les profs en interne qui choisiront leur sujet ?
    - ou est-ce une banque de sujet comme pour les EC3 ?
    - Cette spé est très ambitieuse mais les élèves n’ont pas changé, on va voir à l’usage …
    Le pire reste encore le pb de formations des professeurs : des informations différentes sont données selon les formateurs et IPR
VÉCU DES ÉLÈVES

  • C’est encore un peu tôt de faire un bilan mais les habitudes prises en seconde avec un ancien programme et d’anciennes méthodes ne facilitent pas les choses. On veut qu’ils soient actifs, curieux, autonomes, pour le moment c’est encore compliqué.
    Beaucoup d’élèves sont orientés malheureusement par défaut. Ils n’ont pas tous les compétences validées l’année dernière, en seconde. Or les professeurs, n’ont pas eu de droit de veto lors des choix d’options.

    Ils sont un peu en attente d’informations, on les prépare à une épreuve qu’ils ne connaissent pas encore.

SVT

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • L’enseignement scientifique (1h SVT/semaine) se fait en classe non dédoublée, de ce fait les objectifs ambitieux attribués à cet enseignement (projet numérique, suivi individuel, concertation avec les profs de physique-chimie …) rendent la tâche insurmontable d’autant que le programme proposé à des élèves venant d’horizons divers est plutôt ardu pour des non scientifiques…
    Il est à prédire pour cet enseignement le même sort que celui réservé à l’enseignement d’exploration paré en son temps de toutes les vertus….
VÉCU DES ÉLÈVES

  • RAS

SPÉCIALITÉ SVT

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Points positifs : Les effectifs sont dédoublés aussi bien en cours qu’en TP (groupes de 16…) , le programme est certes ambitieux mais attractif..

  • Points négatifs : Programmes ambitieux beaucoup trop longs…supports matériels insuffisants au vu des demandes de suivi de la spécialité très demandée entrainant de ce fait un déséquilibre dans les enseignements scientifiques.
VÉCU DES ÉLÈVES

  • RAS

SPÉCIALITÉ SES

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Points négatifs : le programme de SES est trop lourd pour seulement 4h par semaine.
    Les mathématiques remises au goût du jour dans le volet économique semblent inquiéter les collègues qui craignent que les élèves ne décrochent car ils trouveront cela rébarbatif. Ainsi certains préfèrent commencer par le volet « sociologie » pour entrer en douceur dans cette spécialité
VÉCU DES ÉLÈVES

  • RAS pour le moment

DOCUMENTATION

VÉCU DES ENSEIGNANTS

  • Point positif : le professeur documentaliste joue un rôle essentiellement de conseil jusque-là (trouver les programmes et les attendus) et de gestion des spécimens et nouveaux manuels commandés
    Au niveau pédagogique, il est trop tôt pour se prononcer.
    On peut constater que les enseignants des diverses disciplines préfèrent attendre de s’approprier vraiment les nouveaux programmes avant de s’aventurer dans des travaux au CDI
    Certains documentalistes gèrent les séances relatives à l’orientation avec les professeurs principaux

  • Point négatif : sentiment d’être seuls à porter la gestion des manuels qui au final ne relève pas dans leur mission autrement que par du conseil.
    Aucune aide aux choix de la part des autorités éducatives qui peuvent aujourd’hui dirent que tel ou tel manuel est mal choisi car ne répondant pas à l’esprit de la réforme.
    Les spécimens étant souvent dus au collègue, les documentalistes en deviennent les simple « facteurs » (quelle valorisation du métier de prof documentaliste est-ce là ?)
    Quant à la réforme proprement dite, les TPE ayant disparu, le rôle pédagogique d’un professeur documentaliste est nié ou plutôt rabaissé au niveau d’un simple partenaire ponctuel pour des profs spécialistes de leur discipline. (EMI etc…)
    La vacance des TPE qui étaient un vrai exercice préparant au supérieur donne un sentiment de vide qui pour l’instant n’est pas comblé par le Grand Oral au contour bien flou pour la profession.
VÉCU DES ÉLÈVES

  • Trop tôt pour répondre mais globalement pour le moment ils semblent intéressés par la réforme

DISCIPLINES TECHNOLOGIQUES

Ni les collègues, ni les élèves ne nous ont fait des remontées montrant des difficultés ou des améliorations liées à la réforme.

ETLV

VÉCU DES ENSEIGNANTS

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