L'EPS ENCORE DANS LE COLLIMATEUR DE LA COUR DES COMPTES !

L'EPS ENCORE DANS LE COLLIMATEUR DE LA COUR DES COMPTES !

L'EPS ENCORE DANS LE COLLIMATEUR DE LA COUR DES COMPTES !

Par Laurent BONNIN, secrétaire national EPS. eps@snalc.fr Publié le 20 septembre 2019

Dans un nouveau rapport du 12 septembre 2019, « L’école et le sport, une ambition à concrétiser », la Cour des comptes tacle sévèrement l’enseignement de l’EPS. Il coûte à l’Etat 4 milliards d’euros pour des bénéfices peu visibles. La Cour estime que le sport à l’école s’avère « mal appréhendé » et que les "acteurs du parcours liant l’école et les pratiques sportives facultatives oeuvrent en ordre dispersé".
Si on ne peut adhérer au discours rétrograde et affligeant visant toujours à confondre le sport et l’EPS, pourtant bien distincts depuis 1967 dans les textes institutionnels, force est de reconnaître la réalité de quelques constats qui ne devraient pas laisser indifférent.

➤Dans le primaire, le rapport pointe que "les trois heures prévues au programme ne sont de façon générale ni effectuées totalement, ni contrôlées". Il est vrai que cette discipline dans le 1ᵉʳ degré malgré son obligation souffre d’un manque endémique de pratique. Mais le contrôle n’y changera rien. Ce sont les moyens qu’il faut revoir et en particulier la formation des professeurs des écoles. Le problème bien connu n’est évidemment pas sans conséquence. Quand on passe ainsi à côté des apprentissages initiaux et que les programmes du lycée rappellent que « L’EPS du lycéen prend appui sur les compétences développées à l’école primaire...», on mesure bien là l’important hiatus. La proposition de la Cour envisageant l’intervention des professeurs d’EPS (P. EPS) sur le cycle 3 du primaire (commun aux classe de 6è du collège) était digne d’intérêt. Mais elle a immédiatement été écartée par JM Blanquer, étonnement plus avisé en comptes que les commissaires experts qui ont réfléchis à cette mesure, prétextant son surcoût.

➤Dans le secondaire, le rapport signale, à propos du sport scolaire, que les 3h d’AS des professeurs d’EPS ne semblent pas toujours utilisées. Là, la menace est bien réelle. La Cour annonce clairement sa volonté de récupérer les volumes horaires insatisfaits ou peu rentables en précisant que lorsque « l'adhésion à l'association est faible, les trois heures fléchées vers l'animation du sport scolaire pourraient être remises à la disposition du chef d'établissement... » ! A bon entendeur...

➤Concernant plus précisément l’EPS le rapport note la «divergence profonde de vision entre la conception de l'instruction physique et sportive en tant que discipline d'enseignement et les attentes du mouvement sportif ». Si on peut accepter l’amalgamme entre sport et EPS, il faut reconnaître que la discipline diverge de plus en plus de la culture sportive. Les Attendus de Fin de Cycle (AFC) ou de Lycée (AFL) centrés sur des Champs d’apprentissage théoriques et arbitraires, effacent des programmes les apprentissages physiques, techniques, tactiques précis en rapport avec les APSA au profit d’objectifs transversaux vagues qui génèrent une perte de sens. Par ailleurs ces AFL concernent aussi toute une formation méthodologique liée au savoir s’entrainer (AFL2) et à l’acquisition de rôles d’organisation (AFL3) qui concurrence les temps d’engagement physiques et le plaisir d’agir chers aux élèves, sources importantes de poursuite de l’activité physique et sportive extra ou post scolaire (C. Perrin).

➤La Cour déplore enfin que les résultats et les évaluations en EPS "ne donnent aucune assurance sur la capacité de tous les élèves à maîtriser un niveau général d’aptitudes physique et sportive". Il est vrai que la suppression des épreuves d’EPS au DNB, le mélange complet des résultats des compétences travaillées en EPS à celles des autres disciplines dans le socle commun, ont fait disparaître cette visibilité, que le prochain CCF en EPS au baccalauréat va entériner puisque dorénavant les épreuves ne seront plus nationales mais régies par des repères variables et propres aux équipes d’établissement.

Le SNALC ne cesse de dénoncer la perte de sens et d’intelligibilité de l’EPS qui se ridiculise dans « une terminologie mal comprise » et se dévoie par ses objectifs intellectualistes. Comme pour la réforme du lycée qu’ils ont engendré, il serait judicieux de considérer avec sérieux ces constats récurrents. Si l’EPS ne se redéfinit pas une identité plus spécifique, lisible, utile et évaluable, centrée en priorité sur le développement physique et les apprentissages moteurs, à la juste mesure des enjeux de santé publique, c’est bien sa réforme future qui pourraient advenir.

Communiqué de presse du 20 septembre 2019
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