PROGRAMMES : ALIÉNANTS OU LIBÉRATEURS ?

PROGRAMMES : ALIÉNANTS OU LIBÉRATEURS ?

PROGRAMMES :

ALIÉNANTS OU LIBÉRATEURS ?




édito de la Quinzaine universitaire n°1429







Tous les agents de l’Éducation nationale et du supérieur sont là dans une perspective commune : faire qu’élèves et étudiants acquièrent des savoirs et développent leur réflexion et leur esprit critique. Du professeur à l’AESH, de l’administratif au CPE, de l’infirmière au chef d’établissement, tout le monde doit concourir à ce que le savoir passe. Et pour ce faire, il faut un cadre pour l’enseignement : les programmes.


On n’accorde pas toujours aux programmes toute l’importance qui leur est due, et pour cause : à force de les modifier tous les quatre matins, on donne l’impression qu’ils sont des directives fragiles, vite périmées, sujettes aux caprices de la mode. Cela induit un comportement de plus en plus fréquent lorsque les programmes changent : le « je vais faire comme d’habitude ». Souvent à raison : tel enseignement jugé dépassé dans tel programme se retrouve comme étant à l’avant-garde dix ans plus tard. Les rétrogrades d’aujourd’hui sont les innovants de demain, et vice versa.


Toutefois, la connaissance précise des programmes d’enseignement offre un formidable espace de liberté — pédagogique — et permet de résister à de nombreuses pressions infondées. Pas mal de formations proposées (ou imposées) ne sont pas tant là pour s’approprier de nouveaux programmes que pour les gloser de façon orientée. Je me souviens encore de cette inspectrice nous expliquant que des programmes dans lesquels le mot « séquence » avait été banni avaient pour élément central et indépassable… la séquence !


C’est pourquoi le SNALC a fait le choix de systématiquement se battre sur les programmes. D’autres organisations ne le font pas, considérant que les programmes ne relèvent pas prioritairement des conditions de travail. Ce n’est pas notre avis : les contenus d’enseignement sont au coeur du métier d’enseignant, et limitent l’arbitraire. C’est par les programmes qu’on tente de faire passer des évolutions majeures — et souvent destructrices — de nos métiers. Par exemple, le « curriculaire » vise à cadrer non seulement les objets d’enseignement, mais également les modalités d’évaluation dans une démarche « totale ». Le tout-compétences prend le risque d’atomiser le savoir en un nombre délirant d’items artificiels. Dans son stade terminal, il laisse un algorithme positionner l’élève à votre place.


On le voit : les programmes sont l’un des nombreux lieux où l’idéologie tourne à plein régime. À l’heure où notre liberté d’expression est clairement remise en cause, où le #PasDeVague est toujours la norme, se battre sur les programmes d’enseignement est une nécessité. De bons programmes, c’est la justification qu’enseigner n’est pas un métier d’exécution, mais bien une profession intellectuelle. On a tendance à l’oublier : les professeurs réfléchissent. Et quand ils ne sont pas d’accord avec quelque chose, c’est rarement parce qu’ils ont mal compris.





Le président national, Jean-Rémi GIRARD

le 24 avril 2019



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