LA SEMESTRIALISATION AU COLLÈGE UNE FAUSSE BONNE IDÉE

LA SEMESTRIALISATION AU COLLÈGE UNE FAUSSE BONNE IDÉE

LA SEMESTRIALISATION AU COLLÈGE

UNE FAUSSE BONNE IDÉE



Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1429, mai 2019
Par Angélique ADAMIK, membre du Bureau académique du SNALC Versailles


Après les classes sans notes illégales et imposées, la dernière lubie de certains principaux est de vouloir passer à la semestrialisation en collège.

Tout d’abord que dit la loi ?

Le code de l’éducation (article R421-51) énonce ceci : « Le conseil de classe est chargé du suivi des élèves, il examine toutes les questions pédagogiques intéressant le suivi des acquis des élèves et la vie de la classe, notamment les modalités d'organisation du travail personnel des élèves et de l'évaluation progressive de leurs acquis, en cohérence avec le volet pédagogique du projet d'établissement. Il se réunit au moins trois fois par an, et chaque fois que le chef d'établissement le juge utile. A titre dérogatoire, les lycées professionnels peuvent limiter à deux fois par an le nombre de réunions du conseil de classe. »

C’est donc clair, c’est illégal.

Mais ceci n’arrêtera pas certains chefs d’établissement qui sous couvert « d’autonomie des établissements » voudront faire voter ce fonctionnement en CA (ou pas !).

Le SNALC tient à vous alerter car nombre de collègues nous ont contactés suites aux dérives d’une telle organisation.

Les arguments des partisans sont principalement de deux sortes.


  • Le découpage de l’année en semestre permettrait d’avoir plus de notes et donc une moyenne reflétant le niveau réel de l’élève (notamment pour les disciplines à faible horaire hebdomadaire).

  • la brièveté de certains trimestres entraînerait « l’impossibilité de mettre en place des périodes de remédiation, ce qui entraînait le décrochage d’élèves aux 2ème et 3ème trimestres. »¹

Les objectifs, très louables, qui sont avancés sont les suivants :

« L’étalement des évaluations, un suivi pédagogique plus fin de l’élève, une prise en compte rapide d’un éventuel décrochage et un lien étroit avec les familles pour prévenir l’échec et mettre en place à temps des mesures de remédiation ».

Tout ceci a l’air merveilleux et idyllique mais pour ce faire il va falloir du temps, denrée rare à l’éducation nationale où l’enseignant est de plus en plus accaparé par des tâches administratives diverses et variées.

Or si l’on continue la lecture de cette fiche Eduscol, qui corrobore les remontées de terrain de nos collègues, voici ce qu’on y trouve :

« Modalité de mise en œuvre : 2 conseils de professeurs à mi-semestre + 2 conseils de classe semestriels, et 3 rencontres parents / professeurs sur l’année (1 à la rentrée, 1 début décembre, 1 juste avant les vacances de printemps) [...] »

À quoi il faudra parfois ajouter les remises de bulletins en mains propres aux parents qui devront avoir lieu fin janvier et fin juin… ce qui veut dire : 4 réunions types conseils au lieu de 3 et 6 réunions parents / professeurs au lieu de 3 en moyenne.

Ne vous figurez pas qu’en travaillant plus en temps de présence et de préparation votre ISOE augmentera, c’est un forfait.

Par ailleurs l’argument de la remédiation n’est pas crédible car l’éducation nationale ne s’en donne pas les moyens. Pour remédier il faut du temps avec les élèves et du temps de préparation et de correction en plus, luxe qui ne nous est pas offert. Il faut également des effectifs réduits or dans le secondaire c’est loin d’être le cas (certaines classes de REP de l’académie - avec toutes les problématiques connues - sont à 28 voire 29 élèves).

Quand on sait que depuis la réforme du collège de 2016, un élève de 6ème n’a que 3h30 + 1h d’AP en français, comment fait-on ? Sans parler de l’AP qui est souvent dispensé par un autre enseignant car il sert de variable d’ajustement pour les services. Où est l’intérêt pédagogique ?

Quant à l’argument qui consiste à créer un lien étroit avec les familles pour un meilleur suivi, que fait-on des 3 voire 4 réunions existantes ainsi que des nombreux rendez-vous parents pris ? Les parents ont d’ailleurs accès aux notes de leurs enfants en temps réel via Pronote ou autre logiciel du même type. N’était-ce pas pour cela qu’il nous a été demandé de saisir le cahier de texte numérique et les notes en lignes ?

Enfin un tel fonctionnement est la porte ouverte à l’annualisation du temps de travail, avec semestrialisation du service de l'enseignant, c’est-à-dire que selon certaines années vous pourrez par exemple effectuer 22 heures au premier semestre et 14 au second (ou l’inverse) avec un emploi du temps au semestre et donc très pratique pour s’organiser sur toute une année…

Ne cédons pas aux effets de mode, restons efficaces et lucides. Un bon enseignant est celui qui fait ce qui est bon pour ses élèves et non pour sa hiérarchie.

Comme toujours, le SNALC restera vigilant et ne cessera de dénoncer ces pratiques farfelues mais surtout illégales.

¹http://eduscol.education.fr/experitheque/fiches/fiche6382.pdf


Consultez la version complète de cet article sur le site du SNALC Versailles

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