PARCOURSUP : CHRONIQUE D’UN ÉCHEC ANNONCÉ

PARCOURSUP : CHRONIQUE D’UN ÉCHEC ANNONCÉ

PARCOURSUP :


CHRONIQUE D’UN ÉCHEC ANNONCÉ




Par Matthieu RIGAUT, candidat à la CAPN des professeurs de chaire supérieure
Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1422


Au terme de la première période de l’année scolaire, les enseignants des établissements d’enseignement supérieur ont pu prendre la mesure du nombre et du niveau des étudiants qui leur sont confiés, et beaucoup sont déçus, notamment dans les CPGE. De nombreuses classes ont vu leur effectif baisser, et le rang du dernier appelé a été bien souvent très supérieur à ce qu’il était l’an passé, ce qui ne manque pas de poser des problèmes pédagogiques nouveaux et ardus. Mais il n’était pas difficile de prévoir que le résultat de cette procédure serait bien plus médiocre que celui du défunt APB.



Parcoursup ne prend absolument pas en compte la psychologie des jeunes d’aujourd’hui. Il y en a qui vivent dans l’instant, oublieux du passé et insouciants de l’avenir. Alors qu’ils prennent leurs décisions au dernier moment, Parcoursup a supprimé la hiérarchisation des voeux et leur laisse jusque début septembre pour choisir leur formation. À l’inverse, il en est qui sont très préoccupés de l’avenir et soucieux de faire le meilleur choix parmi la pléthore de formations qui leur sont proposées, ce qui génère chez eux un stress intense qui les conduit à hésiter longuement avant de se décider. Le résultat est que fin août, ils étaient encore plus de cent mille à ne pas avoir répondu aux propositions qui leur étaient faites. Corrélativement, ils étaient alors plus de soixante mille à n’avoir reçu aucune réponse positive.


De plus, il semble qu’un certain nombre de candidats ayant accepté une proposition n’ont pas confirmé leur choix. Pis encore, de nombreux candidats ont laissé plusieurs voeux non satisfaits en attente, mais quand ils ont reçu une proposition d’admission sur ces voeux, ils l’ont refusée. Par contre, après avoir accepté puis confirmé leur admission dans une formation, certains candidats, croyant bien faire, ont démissionné de la procédure, ce qui a de facto annulé leur admission. Il a fallu annuler leur démission puis reconfirmer leur admission, ce qui n’a pas été possible lorsque la formation était complète.


En fin de compte, de nombreux candidats même faibles ont été admis « à l’usure », en gardant des voeux en CPGE jusqu’aux derniers jours de la procédure, et lorsque d’autres se sont lassés et ont renoncé, ils ont pris les places qui se sont ensuite libérées. Bien souvent, ce sont les jeunes de milieux modestes qui n’ont pas attendu, craignant de ne plus pouvoir trouver à se loger à des conditions raisonnables à l’approche de la rentrée.


Il semble que contrairement aux années précédentes, de nombreux internats n’ont pas fait le plein à la rentrée, ce qui est un signal très négatif relativement à l’ouverture sociale des CPGE. Il semble d’ailleurs que la gestion de l’internat ait échappé à certains lycées qui ont vu y entrer des candidats qu’ils avaient refusés. Les répartitions entre classes auraient également été modifiées à leur insu, parfois au détriment des classes technologiques, ce qui aurait conduit des jeunes de milieux modestes à renoncer à leur admission faute de pouvoir accéder à l’internat.


Les quotas géographiques définis par les rectorats ont parfois eu des conséquences très négatives en raison du pourcentage important imposé d’étudiants issus de l’académie. Ce fut surtout le cas à Paris où d’excellents dossiers de jeunes de banlieue ont été refoulés au profit de profils médiocres mais issus de Paris intra-muros.


La lenteur de la procédure, la longueur démesurée de certaines listes d’attente (plusieurs milliers de places dans certaines formations), la mise en liste d’attente ou même le refus d’excellents dossiers du fait des quotas académiques, la difficulté à faire son choix parmi les offres reçues tout en espérant une meilleure proposition, l’obligation de renoncer une par une à chaque formation proposée, tout cela a généré un stress important chez les candidats.


Madame la Ministre a défendu la non-hiérarchisation des voeux : « Si vous voulez absolument caser tous les étudiants, y compris en prenant le risque qu’ils échouent, la hiérarchisation est le mieux. Si vous voulez accompagner les étudiants, il faut accepter que ça prenne un peu plus de temps. » Parcoursup permettrait-il de diminuer le taux d’échec des étudiants de première année ? Cela reste à vérifier ; mais selon les témoignages reçus de nombreux collègues, notamment de CPGE, rien n’est moins sûr.


Pour répondre aux nombreuses critiques, Madame la Ministre a annoncé plusieurs modifications de la procédure pour l’an prochain : raccourcissement du calendrier (fin de la phase principale fin juillet) et du délai de réponse des candidats, possibilité pour ceux-ci de définir une réponse automatique à certaines propositions, anonymisation des dossiers, informations sur les quotas et sur le rang du dernier appelé l’année précédente. Sans doute ces mesures apporteront-elles un peu plus de rythme à la procédure, mais on peut douter qu’elles améliorent sensiblement son fonctionnement global.



LE SNALC DEMANDE :


• Un retour à la hiérarchisation des voeux lors de leur détermination, et au plus tard juste avant les premières propositions envoyées aux candidats.
• La suppression, ou du moins le plafonnement, des quotas d’étudiants issus de l’académie ;
• Le regroupement des trois académies de la région parisienne en une seule zone d’inscription non sécable par les rectorats pour la définition de quotas.





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