SILENCE, ON BRAQUE

SILENCE, ON BRAQUE

SILENCE,


ON BRAQUE



Par Loïc VATIN, président du SNALC Créteil et membre du Bureau national
Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1422


On méprise, on conteste, on insulte, aussi. On frappe même, parfois. Ce n’est pas nouveau, et des collègues menacés par des armes, réelles ou factices – qui prendrait le risque d’aller vérifier ? –, cela fait des années que nous en avons des témoignages et que des rapports s’accumulent sur les bureaux d’une administration qui trouve chaque fois urgent d’attendre des preuves « plus solides » ou des actes « plus graves » pour réagir.

Et maintenant, on filme. Car c’est la vraie nouveauté de cet énième fait divers cristolien, qui fait la une des magazines, inonde les réseaux sociaux, et submerge une administration centrale adepte de la politique de l’autruche : la conjonction des exploits pathétiques d’un délinquant armé, d’un guignol égaré et d’un cinéaste amateur en mal de publicité.

Cette nouvelle déclinaison tragique d’une série bien connue, adaptée à nos banlieues par trois de leurs représentants les plus caricaturaux, est un très court métrage qui réussira peut-être – rien n’est sûr – à mettre un terme à l’un des piliers les plus solides de la politique éducative en France : #Pas De Vague. Son clapotis délicat, maintenu à un niveau discret pendant quarante ans, malgré un niveau (scolaire) dont plus personne n’ose prétendre qu’il monte, s’est mué en un tsunami dont les vagues s’étalent jusqu’au ministère !

M. BLANQUER ne s’y est d’ailleurs pas trompé, réagissant à l’événement en fustigeant non pas la présence d’une arme à feu dans l’enceinte d’un établissement scolaire mais celle d’un… téléphone ! Il est vrai que notre époque est plus sensible à une image qu’à cent témoignages. Et que les mêmes faits non filmés seraient sans doute demeurés, dans le meilleur des cas, dans les lignes obscures d’un rapport d’incident empilé avec des dizaines d’autres. À moins que la collègue victime, désabusée, ait renoncé à signaler des faits dont chacun pressent qu’ils n’auraient vraisemblablement pas eu de suite.

Combien sont-ils, d’ailleurs, les chefs d’établissement qui ont dans leurs archives des rapports du même tonneau, et qui se demandent s’il est de leur intérêt de les dévoiler maintenant ou de les conserver au fond du tiroir, en priant pour qu’ils restent ignorés du grand public ? À l’heure où j’écris ces lignes, nous avons déjà deux témoignages du même acabit : l’un au Havre, l’autre à Nogent-sur-Oise… À la décharge des chefs d’établissement, le laxisme érigé en règle – évoquons simplement la désopilante innovation qu’est l’exclusion définitive avec sursis – ne les incite pas à la fermeté.

De démission en démission, la culture de l’excuse a autorisé tous les débordements, chaque enfant, chaque adolescent, ayant soi-disant de bonnes raisons de ne pas respecter la règle commune. L’autorité du professeur, indissociable de son magistère, a été battue en brèche, au point d’en faire parfois un copain parmi d’autres. Il en est trop souvent de même avec les proviseurs et principaux, que certains élèves n’hésitent plus à agresser. Or, un fonctionnaire est, avant tout, un représentant de l’État : lorsqu’on s’attaque à l’un d’entre eux, c’est à l’État que l’on s’attaque. On aurait bien tort de l’oublier encore longtemps.

Alors, face à une situation qui, pour n’être pas nouvelle, est enfin révélée dans toute son ampleur, notre ministre est au pied du mur. Son indéniable talent à communiquer ne suffira pas à convaincre les professeurs. Nous ne voulons pas de comités Théodule, de concertation à l’infini, d’effet d’annonce… Nous voulons un changement clair de politique : les auteurs de faits violents doivent être systématiquement exclus des établissements où ils sévissent afin d’éviter à la majorité des élèves, qu’ils perturbent, d’être pénalisés dans leurs études, et, trop souvent, d’être entraînés à leur tour dans la voie de la délinquance.

Monsieur le Ministre, nous voulons des actes.




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