LOI SUR LE PORTABLE : QU’EST-CE QUE CELA CHANGE ?

LOI SUR LE PORTABLE : QU’EST-CE QUE CELA CHANGE ?

LOI SUR LE PORTABLE


PÉDAGOGIQUEMENT PARLANT, QU’EST-CE QUE CELA CHANGE ?



Par Sébastien VIEILLE, secrétaire national à la pédagogie
Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1422


Dans l’ancienne version de l’article L121-1 du Code de l’éducation, les écoles, collèges, lycées et établissement de l’enseignement supérieur devaient concourir « à l’éducation et à la responsabilité civique ». Dans la nouvelle version a été ajoutée la précision suivante : « y compris dans l’utilisation d’internet et des services de communication au public en ligne ».



De même, dans l’ancienne version de l’article L312-9 du Code de l’éducation, il s’agissait de réaliser auparavant une « sensibilisation aux droits et aux devoirs liés à l’usage de l’Internet et des réseaux ». Aujourd’hui, la formation de l’élève « comporte une éducation aux droits et aux devoirs liés à l’usage de l’internet et des réseaux, dont la protection de la vie privée et le respect de la propriété intellectuelle, de la liberté d’opinion et de la dignité de la personne humaine, ainsi qu’aux règles applicables aux traitements de données à caractère personnel. »

Le premier changement nous apparaît tout à fait légitime et nous pouvons comprendre l’esprit qui anime le second. En effet, à l’instar de l’ensemble des citoyens de nos sociétés dites modernes (et sans doute dans une plus grande mesure), nos élèves passent une partie importante de leur existence sur le world wide web et sur diverses plateformes de communication. Et, tout comme la majorité des adultes qui utilisent ces services, ils sont souvent ignorants des lois et des sanctions liées aux transgressions de ces dernières. Ils ne sont pas conscients, en général, de l’utilisation qui peut être faite de leurs données. Enfin, comme certains adultes encore une fois, ils peuvent adopter des mauvais comportements – ou en être victimes – sur les réseaux sociaux en raison de l’aspect hybride de ce média. Hybride, en effet, car l’utilisateur est physiquement dans un espace privé et protégé mais ses propos, images ou vidéos se retrouvent sur la place publique. De même, ses réactions – évidemment dans un contexte d’immédiateté – se retrouvent inscrites dans une durée qui peut devenir gênante ou handicapante par la suite.
En ce sens, l’Éducation nationale concourt à rendre les futurs citoyens plus avertis, et participe d’une démarche très positive. Cependant – comme le diable peut se cacher dans les détails – nous pouvons nous arrêter un instant sur le fait que dans l’article L312-9, il s’agissait précédemment d’une « sensibilisation » alors qu’aujourd’hui cela devient une partie de la formation des élèves.


UN SIMPLE DÉTAIL EN EFFET.

Mais nous estimons que la sensibilisation pouvait être faite de manière très ponctuelle et à travers divers vecteurs.
Inscrire dans la loi que cette éducation aux droits et aux devoirs liés à l’usage de l’internet et des réseaux sociaux est une partie intégrante de la formation des élèves pose deux questions :


  • Cette éducation sera-t-elle dans un programme ? Au lycée, nous pouvons concevoir qu’elle s’intègre dans la spécialité « numérique-sciences-informatiques ». Au collège, cela fait techniquement partie de la discipline EMI qui n’a ni horaire, ni programme. Le SNALC propose depuis longtemps que les professeurs documentalistes disposent d’un véritable horaire d’enseignement pour assurer ces missions. Quant à l’EMC, le côté fourre-tout des programmes rend déjà si complexe la tâche des enseignants qu’on ne peut décemment en rajouter.


  • L’École est-elle faite pour régler tous les maux sociétaux ? Comme nous l’avons dit plus haut, faire en sorte que les jeunes, futurs citoyens, soient mieux avertis des enjeux du web et des lois qui le régissent est une question importante. Cependant, l’on peut se demander si c’est réellement à l’École d’assurer cette mission… une mission de plus, sans moyens en plus.


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