PROGRAMMES EPS LYCÉES : DOIT MIEUX FAIRE POUR RÉUSSIR !

PROGRAMMES EPS LYCÉES : DOIT MIEUX FAIRE POUR RÉUSSIR !

PROGRAMMES EPS LYCÉES : DOIT MIEUX FAIRE POUR RÉUSSIR !


Après avoir été reçu le 8 octobre par le CSP qui nous a présenté son avant-projet, nous avons émis des réserves et des oppositions sous forme d’amendements que nous lui avons retournés. Suite à cette première étape de consultations, le CSP vient de rendre public son projet de programme d’EPS. Concernant l’enseignement commun (nous aborderons celui de l’enseignement optionnel ultérieurement) le SNALC-EPS constate que certaines de ses demandes ont été prises en considération. L’ensemble demeure cependant insuffisant. Le texte va maintenant passer par des étapes de validation. Il est actuellement à la DGESCO qui va mener une large consultation en ligne de la profession. Il est donc intéressant d’en prendre connaissance.
L’enjeu des nouveaux programmes, pointé par le CSP dans son rapport préliminaire en mai dernier, était clair : « la forme de pratique scolaire proposée en EPS dans les lycées ne correspond pas aux aspirations des jeunes et ne leur donne ni les repères ni la motivation pour poursuivre l'activité physique au-delà de la pratique scolaire obligatoire ».
Malgré des avancées, cette nouvelle version montre toujours une inadéquation entre une finalité de l’EPS redéfinie et les moyens retenus qui reconduisent en grande partie, derrière un toilettage de façade, les programmes de 2010. S’ils devaient rester en l’état, ces nouveaux programmes ne régleront en rien le constat initial.

Des avancées positives mais limitées

  • Une finalité redéfinie qui accentue les notions d'épanouissement, d'engagement et de pratique pérenne des élèves,

  • Un quatrième objectif général, « vivre l’exercice de sa responsabilité dans l’engagement personnel et fraternel » vient se rajouter au développement des ressources, l’accès au patrimoine culturel et à l’entretien de la santé,

  • 3 cycles annuels (imposés) par niveau d’enseignement dans l’optique d’un approfondissement des apprentissages,

  • Les expériences corporelles (EC) succèdent aux compétences propres (CP), terminologie heureusement abandonnée,

  • Apparition de nouvelles pratiques comme le yoga, la danse de couple, le crossfitness, le combiné athlétique, qui font leur entrée dans la liste nationale des PPSA au détriment de la gymnastique rythmique, de l’aérobic ou de la gymnastique aux agrès. Le passage des APSA aux PPSA qui traduit le renforcement du caractère culturel des supports d’enseignement en EPS, explique aussi ces changements,

  • La distinction au sein de l’EC3 (ex CP3) entre les pratiques de création artistique (cirque, danse) et les pratiques de production de formes codifiées (acrosport, gymnastique au sol, danse de couple),

  • Des attendus de fin de lycée de type 1 (AFL1) très proches des anciennes compétences attendues mais qui en restant identiques de la 2nde à la Terminale invitent à des apprentissages plus spiralaires que hiérarchiques. On retrouve là dans une optique curriculaire, l’esprit des compétences attendues des cycles 3 et 4 des classes primaires et du collège. Cependant ces AFL1 sont d’emblée imposés. Ils mériteraient un examen attentif et concerté pour donner lieu à des objectifs de formation consensuels,

  • Enfin ces programmes évitent le piège de l’usine à gaz, sans toutefois réussir à passer à côté d’un certain jargon.

Des continuités importantes, freins au changement

  • La classification des PPSA est reconduite quasi à l’identique. Aux 5 anciennes CP succèdent 5 types d’EC avec globalement les mêmes caractéristiques, les mêmes contraintes et les mêmes regroupements de PPSA. Le concept de champ d’apprentissage qui organise les APSA au collège n’est pas repris au lycée. Les professeurs d’EPS seront donc en charge d’assurer ici la logique curriculaire en établissant les analogies entre les types de concepts.

  • L’ouverture aux nouvelles pratiques restera marginale car elle nécessite des compétences professionnelles spécifiques et donc une formation conséquente qui a quasi disparu faute de moyens. Il reste à espérer que cette évolution et les nécessités de formation enclenchées pourront la relancer.

  • L’ EC4 reconduit entièrement le dilemme conceptuel et praxéologique de la CP4. Alors qu’une distinction en EC3 a été réalisée entre les pratiques artistiques et celles de reproduction de formes, dans ce champ aucun effort de différenciation n’a été opéré entre les pratiques inter-individuelles et collectives. La volonté manifeste de minorer en EPS l’appui sur les activités de confrontation persiste, privant les élèves de choix qu’ils plébiscitent en raison des caractéristiques ludiques de ces pratiques. Il nous semble que deux PPSA de ce groupement devraient pouvoir être programmées sur un même niveau d’enseignement à la condition que l’une soit individuelle et l’autre collective.

  • L’EC6 « savoir se préparer et savoir s’entraîner à pratiquer, seul et à plusieurs » constitue pour le CSP une pratique culturelle qui justifie ce rajout aux cinq autres types d’EC (bien qu’elle les traverse). Cette expérience corporelle est importante pour le CSP car elle est proche des modalités de pratique des jeunes. Il suffit d’observer un skate-park, une aire de parkour ou de street-dance, pour comprendre leurs modes de fonctionnement, d’apprentissage et de relations aux autres, qui démontrent combien ils apprécient « se préparer et s’entrainer à pratiquer seul ou à plusieurs ».
    Malheureusement à la lecture du texte, l'EC6 ne fait que reconduire les 3 anciennes compétences méthodologiques et sociales : « Se préparer à l’effort, assumer divers rôles sociaux et savoir utiliser différentes démarches pour apprendre ».

  • Les attendus de fin de Lycée de type 2 (AFL2) opérationnalisent l’EC6. Ils « recouvrent les compétences révélatrices de l’appropriation par l’élève de l’expérience de la préparation et de l’entraînement à la pratique physique » et donneront lieu à une formation systématique dans chaque activité, à l’observation, à l’identification, à l’analyse d’indicateurs pertinents nécessaires à la régulation des actions, au choix, à la mise en oeuvre de projets et à des analyses réflexives.
    Ainsi cette recherche d’auto-organisation spontanée, de convivialité, de liberté, de partage, de sensations, d’épreuve… se voit retraduite par des démarches encadrées, formalisées, didactisées et évaluées, qui vont avoir deux effets très contestables :
    • D’une part, elles vont continuer à réduire les temps d’engagement moteur déjà bien minces au lycée.
    • D’autre part, elles éloignent l’EPS du sens initial recherché par les jeunes en transformant leurs modalités et leurs attitudes free-style en une éducation méthodologique scolastique et intellectualisée. Les niveaux des prouesses qu’ils atteignent, en parfaite autonomie dans leurs pratiques, devraient pourtant questionner leur pertinence et leur véritable utilité. Elles renvoient une fois encore à la certitude ou à la croyance que la légitimité scolaire de la discipline passe nécessairement par la mise en conformité de ses procédures avec les usages et les valeurs de l’étude et de l’école.

Il n’est pas sûr qu’une telle approche garantisse le désir de réinvestissement ultérieur des jeunes en direction des PPSA. Elle pourrait même produire l’effet contraire !


Laurent Bonnin, Secrétaire national EPS
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