LES PLP EMPLOYÉS DU CFA ?

LES PLP EMPLOYÉS DU CFA ?

LES PLP EMPLOYÉS DU CFA ?



Par Guillaume LEFEVRE, secrétaire national du SNALC chargé de l'enseignement professionnel & et Élodie VIADERE, PLP lettres-anglais au LP Patu de Rosemont (Réunion)
plp@snalc.fr

Article paru dans la Quinzaine universitaire n°1420




Lors de la présentation du dossier de presse en mai 2018 sur le projet de reforme de la voie professionnelle, le coeur du discours du ministre était la question de l’apprentissage et la création d’un UFA associé à un LP. Réduire le chômage des jeunes a été avancé comme prétexte. Ceci pour légitimer le recours au fonctionnement du CFA en lycée professionnel. .

Lorsque l’on constate l’obstination du ministère et l’urgence de la DGESCO à vouloir appliquer cette réforme réunions après réunions à la fin de l’année scolaire 2017/2018, à transformer des disciplines en familles de métiers, à rénover des bacs pros pour une mise en place dès la rentrée 2019 et à faire des coupes franches de réductions d’heures et suppressions de postes, nous avons de quoi être inquiets ! Mais le pire est à craindre sur les nouvelles modalités structurelles et pédagogiques que le ministre veut appliquer en LP en prenant pour modèle le fonctionnement du CFA.

En effet, pour pouvoir faire correspondre l’enseignement, la délivrance de diplômes et les compétences professionnelles caractéristiques à l’apprentissage en LP, selon le projet de réforme de la voie pro, il faut alors reproduire le fonctionnement du CFA.

Cette révolution s’appuiera sur un mode rodé et bien connu des formateurs et contractuels des CFA. Ainsi, à long terme il faut s’attendre à ce que les PLP travaillent de la façon suivante :
Le temps scolaire ne sera plus le même.
L’annualisation des heures de cours sera imposée avec une année de formation scolaire sur 41 semaines et non plus 36.
Le débat sur le temps de vacances trop long trouvera audience auprès de ses détracteurs avec des périodes de vacances raccourcies, avec 1 semaine de vacances séparant les périodes de cours et un mois de vacances en juillet et une rentrée le 1er août.
Le rythme scolaire et pédagogique s’articulera sur l’alternance, soit 1 semaine de cours et 2 semaines en entreprise.

- Actuellement, le CFA fonctionne sur un rythme de 3 semaines différentes (semaine A, semaine B, semaine C). Les deuxièmes années sont accueillies généralement en semaine A et B et les entrants en semaine C.
- L’EDT des apprentis est basé sur 35 h / semaine.
- Les cours s’organisent en blocs de 2 h sauf en pratique (généralement la journée entière).

Mais avec ce système, on constate des dysfonctionnements accablants et néfastes.
- Après 2 semaines en entreprise, le retour des apprentis en classe est très difficile et généralement ils ont tout oublié. Le travail donné à la maison n’est pas fait, globalement les apprentis trouvent difficile de réviser leur cours lorsqu’ils sont en entreprise.
- Les employeurs gardent les apprentis en entreprise (par nécessité ou autre), ce qui pénalise fortement l’apprenti dans la préparation de son diplôme.
- Les cours organisés en blocs de 2 h s’avèrent très peu efficaces (pour les CAP, BP et BAC Pro). Pour ce public, il faut diversifier les activités, les supports, rendre les cours vivants au maximum et les apprentis acteurs de leur apprentissage, ce qui est compliqué. Cette adaptation pédagogique nécessite des moyens et des salles équipées en vidéoprojecteurs. Souvent, il n’y a qu’une salle informatique pour tout le centre, pas de labo (pour les langues)… .
- L’EDT n’est pas figé sur l’année. Il varie selon les stages et les absences d’apprentis et de formateurs. Les remplacements au pied levé sont fréquents. Les apprentis reçoivent leur EDT au mieux le vendredi précédent la semaine qui suit, le plus souvent le lundi en arrivant au centre. La conséquence est qu’ils n’ont pas apporté le matériel approprié pour les cours du lundi.
- D’une semaine à une l’autre, les professeurs peuvent voir apparaître un nouveau groupe et vice versa.
- On constate un fort taux d’absentéisme des apprentis.
- Les contrats d’apprentissage signés du 1er août jusqu’en janvier entraînent un défilé de nouveaux entrants jusqu’en JANVIER. La cohésion du groupe classe est généralement bien ficelée à cette période de l’année. Pour les derniers entrants, il est difficile de s’adapter au groupe, mais également aux cours. Ce qui pédagogiquement est compliqué pour le professeur de rattraper autant de semaines de cours, compliqué d’envisager d’évaluer les derniers entrants etc… .
- Les visites de stage sont prévues selon un calendrier évolutif non respecté !!!!! Chaque collègue fait en fonction de son temps, ses connaissances avec les patrons… la règle étant de faire un certain nombre de visites sur l’année scolaire.
- Les 35 h de cours pour les apprentis sont primordiales, même si pour X raisons, ils se retrouvent avec 4 h d’anglais à la suite, ou 4 h de mathématiques… ils sont payés pour un contrat de 35 h , on ferme donc les yeux sur l’intérêt pédagogique.
- Enfin, les conseils de classe sont tous prévus en même temps, donc souvent les conseils se déroulent avec 2 ou 3 collègues !!!!! Le suivi et les conseils aux apprentis sont inexistants.

Le recrutement des formateurs, le statut et la qualité de l’enseignement posent problème. Les professeurs contractuels sont engagés avec concours ou sans concours. Souvent l’expérience de l’entreprise suffit mais pour beaucoup de collègues, la pédagogie n’est pas maîtrisée. Il existe 3 types de contrats : vacataire / contractuel / statutaire. Ils sont soumis à l’annualisation du temps de service avec une moyenne de 21h / semaine. Il n’y a pas d’heures supplémentaires payées. En cas de remplacement de collègues, ces heures ne seront jamais rétribuées.

Voilà un état des lieux du mode de fonctionnement du CFA que souhaite nous imposer notre ministre avec sa réforme de la voie Pro. Il est inconcevable et irrespectueux de projeter ce statut et ces conditions de travail pour les PLP pour le SNALC, syndicat d’enseignants qui n’a de cesse de défendre réellement la notion d’enseigner, de transmettre des connaissances et de respecter le rôle du professeur dans notre société. Le professeur déjà dénigré et dévalorisé par la réforme du bac pro 3 ans avec la notion de compétences et le PPCR démotivant et déméritant.


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