ÉDUCATION PRIORITAIRE : LA COUR DES COMPTES SE DÉVOILE

ÉDUCATION PRIORITAIRE : LA COUR DES COMPTES SE DÉVOILE

ÉDUCATION PRIORITAIRE

LA COUR DES COMPTES SE DÉVOILE




Par Sébastien VIEILLE, secrétaire national à la pédagogie et Angélique ADAMIK, commissaire paritaire du SNALC de Versailles
Article publié dans la Quinzaine universitaire n°1419 de juillet/août 2018




Le 31 mai, le SNALC, le SNES et FO étaient auditionnés par la Cour des Comptes pour une évaluation des politiques d’Éducation Prioritaire.


LES ÉCHANGES SE SONT DÉROULÉS AUTOUR DE TROIS GRANDS THÈMES :

• Appréciation globale des politiques d’Éducation Prioritaire en termes d’organisation, de résultats : atouts, failles et réformes à envisager.
• Réflexion sur les bonifications primes/ points, les allègements ou pondérations et les “moyens non-enseignants”.
• Le Réseau École-Collège constitue-t-il un réseau ? Ne pourrait-on pas constituer des Établissements de Réseau ?

Au détour des échanges, durant lesquels le SNALC a fait valoir ses idées, les questions de la Cour, souvent sous forme d’interro- négatives – n’est-ce pas là une façon courtoise d’affirmer plutôt que de questionner – ont laissé apparaître ce qui ressemblait beaucoup à des préconisations.

Ne serait-il pas possible d’avoir une autre allocation des moyens sachant que 70 % des élèves en difficulté scolaire sont hors Education Prioritaire ?

Cette question faisait écho à une autre posée une demi-heure auparavant : « 30 % des élèves en difficulté sont en EP, cela signifie que 70 % sont hors EP. Comment aider ceux-là ? »

L’insistance de ce questionnement montre une volonté de réduire la voilure sur l’éducation prioritaire afin de redonner des moyens aux établissements qui n’en font pas partie. Une approche pour le moins à contre-courant de la politique menée par le ministère de l’Éducation nationale avec les dédoublements en CP puis en CE1.

Le SNALC n’a évidemment aucune objection à voir augmenter le budget des établissements hors Éducation Prioritaire. Mais, s’il s’agit de déshabiller un Paul déjà peu couvert, nous ne pouvons que nous inquiéter des conséquences pour les élèves et pour les conditions de travail des collègues en Éducation Prioritaire.

Les primes ne règlent pas tout. On a toujours des jeunes profs en EP. Ne peut-on pas imaginer de manière exceptionnelle, dans des endroits ciblés, une prime conséquente attribuée à un enseignant chevronné qui viendrait pour quatre ans dans un établissement en EP ?

Le sujet des primes – et de la manière d’attirer des enseignants chevronnés en Éducation Prioritaire – est revenu plus tard dans la discussion, permettant d’expliciter la notion d’endroits ciblés.

Ne faudrait-il pas arrêter de mettre les néo-titulaires en EP ?

Ne faudrait-il pas varier les primes selon les zones géographiques ?


Ainsi, la Cour développe l’idée de ne mettre aucun néo-titulaire en Éducation Prioritaire pour, plus tard, obliger TOUS les enseignants à y faire un passage de plusieurs années. Pour le SNALC, il y a là un danger important. Cela remettrait totalement en cause le mouvement. Il n’est certes pas parfait. Cependant, il est le plus juste possible et il a l’avantage du paritarisme, garant d’une vraie équité.

Et d’équité il est aussi question lorsque l’on s’intéresse aux variations géographiques. Les fameux endroits ciblés. L’un des membres de la Cour finit par poser clairement le problème : Un REP+ à Créteil n’a rien à voir avec un REP+ à Bordeaux. Une telle affirmation peut pour certains sembler frappée du sceau du bon sens. Mais le SNALC s’inscrit en faux. Que ce soit à Sedan, à Créteil, à Versailles, à Montbéliard ou à Montpellier, si des établissements ont été classés en REP+, c’est qu’ils correspondaient aux critères socio-économiques et éducatifs pour bénéficier de moyens particuliers. Introduire cette dichotomie région Parisienne / reste de la France irait à l’encontre de l’Égalité républicaine que le SNALC défend et continuera de défendre. Ce serait un coup terrible porté aux REP+ hors de Paris en termes de conditions de travail.

Dernière proposition : Ne pourrait-on pas constituer des Établissements de Réseau ?

Face à l’incompréhension du SNALC, la Cour a précisé son idée : attribuer une enveloppe de moyens au collège de référence pour qu’il les répartisse entre les différents membres du réseau et mette en place des projets. La Cour a remarqué que les réseaux qui fonctionnent le mieux – à sociologie équivalente – sont ceux qui ont une vraie dynamique de projets.

LE SNALC VOIT ICI DEUX DANGERS :
• Une mainmise des collèges sur le premier degré, car celui qui tient les cordons de la bourse a toujours le pouvoir.
• Une mise en concurrence de ces Établissements de Réseau et une course à échalote à celui qui fera le plus de projets sans qu’ils aient un véritable intérêt pour les élèves.




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