AESH : LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL, UNE RÉALITÉ MASQUÉE

AESH : LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL, UNE RÉALITÉ MASQUÉE

Publié le 27-06-2018

AESH : LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL, UNE RÉALITÉ MASQUÉE


Le SNALC a lancé fin 2017 un questionnaire sur la souffrance au travail à destination des AESH-AVS. Nous vous en livrons les conclusions.
Le SNALC rappelle la précarité de leur statut : ils sont recrutés sous contrats de droit privé CAE/CUI ou sous contrats de droit public CDD, CDI. Un accompagnant commençant par un contrat CAE/CUI ne pourra prétendre à un CDI qu’au bout de 8 ans seulement : un vrai parcours du combattant !

Mais, il existe des situations encore plus difficiles : certains de nos collègues AESH ont une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé (RQTH) et/ou plus de 50 ans, et pourtant l’administration attend l’épuisement des droits au CAE/CUI, soit 5 ans, pour proposer un contrat de droit public. Cela fait donc une attente de 11 ans pour « peut-être » accéder à un contrat à durée indéterminée. Où est la compensation du handicap pour ces personnes ? Une double peine !
Les AESH rencontrent mal-être, stress, solitude générés par la précarisation de l'emploi. Conséquence directe : un bon nombre d'entre eux expérimentent un manque de considération tant au niveau de la hiérarchie, du chef d’établissement, de l’inspection, des services du rectorat que de certains enseignants qui ne sont pas informés, ni préparés à l’arrivée et aux missions d’un AESH. La multiplicité des interlocuteurs dans chaque académie, département, établissement et l'absence de directives ministérielles constitue un véritable dédale pour les agents.

Quelques témoignages :

« Nous ne sommes pas « des collègues » pour les enseignants, nous n'existons pas. Pour les équipes de suivi de scolarisation : aucune invitation ou invitation à la dernière minute ».
« J’ai été embauché par l’IA et je travaille en collège. À 24h de commencer je n’avais toujours pas signé de contrat et je n'avais pas non plus de contact. Aucune information sur ce que j’allais faire, ni sur mon planning. Sentiment d’être « en trop » pour le système. »
« J’ai découvert qui était l’enseignant référent lors d’une réunion seulement après avoir posé la question à la maîtresse. Je n’ai eu aucun information lors de ma prise de fonction »,
« L’inspecteur ASH m'a menacée alors que je venais lui faire part de ma situation qui devenait ingérable : 24h assise dans les escaliers lorsque j'accompagnais un lycéen »,
« La communication est difficile du fait de notre statut, je n’ose dire les choses de peur de représailles »
« Je ne me sens pas soutenue/reconnue tant au point de vue professionnel que salarial par les services du rectorat et l'inspection ASH, en somme par l'État. En effet, lorsque j'étais en contrat aidé, je percevais le SMIC horaire et depuis que je suis recrutée par l'inspection académique, je ne suis pas payée au SMIC ! J’ai un bagage universitaire utile pour l’accompagnement de ces enfants en difficulté. En parallèle du métier d'AESH, j'occupe un poste de remplaçant d'éducatrice non diplômée en foyer d'hébergement. Grâce à ce parcours, je suis en mesure de pallier la précarité tant au niveau du salaire qu'au niveau de la formation mais cela me demande beaucoup d'énergie. J’attends une meilleure rémunération salariale de ce métier qui en est « un à part entière », pour me stabiliser, avoir un accompagnement à la formation et ainsi privilégier uniquement ce domaine d'activité. Je suis passionnée par ce que je fais auprès des élèves car chaque enfant/personne est unique et par conséquent la prise en charge doit être personnalisée. En outre, chaque professionnel devrait avoir le droit à la formation pour perfectionner sa pratique. »


Le mal-être peut être tel que certains ont pensé à la démission, et que pour d’autres elle est devenue inévitable. Pour beaucoup le manque de communication (écoute, échanges) avec les partenaires, la hiérarchie et le manque de formation en sont à l’origine.

Dans 90% des embauches, l’AESH-AVS est propulsé avec le ou les élèves sans protocole d’accueil et d’accompagnement, sans préparation, sans formation préalable sur les handicaps que l’on peut rencontrer, sans aucune information sur la façon de réagir face aux troubles des enfants. Rien de concret ne lui est proposé.

Souvent aucune rencontre avec les parents n'est prévue, ni avec l’équipe éducative : il faut apprendre « sur le tas », s’adapter à une multitude de paramètres (environnement scolaire, enseignants, particularités de l’élève…) et établir une relation de confiance. Il y a certes le fameux vadémécum pour AESH, le « kit de survie » sur le fonctionnement interne et administratif, mais rien sur l’accompagnement du handicap.

Dans tous les cas, le couperet peut tomber chaque année jusqu'à l'obtention du fameux sésame — le CDI — mais dans l'attente, la voie du mutisme prévaut et l’angoisse demeure.
Être accompagnant demande de réelles qualités humaines, d’empathie et d’écoute mais également des qualités d’observation, d'analyse et d'adaptation. À quand un vrai métier qualifiant et reconnu par la communauté éducative ? Une vraie reconnaissance à la hauteur de la responsabilité et de l’implication des femmes et des hommes qui ont fait le choix de se consacrer à des élèves qui ne pourraient être scolarisés dignement et efficacement sans leur présence et leur savoir-faire ?

Aurore BENOSA, Responsable nationale Handicap, Aesh.snalc@gmail.com
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