LA TRANSFORMATION DU LYCÉE PROFESSIONNEL EST EN MARCHE

LA TRANSFORMATION DU LYCÉE PROFESSIONNEL EST EN MARCHE

LA TRANSFORMATION DU LYCÉE PROFESSIONNEL

EST EN MARCHE




Par Guillaume LEFEVRE, secrétaire national à l’enseignement professionnel et technologique et Valérie LEJEUNE-LAMBERT, responsable PLP pour le SNALC de Versailles
Article publié dans la QUINZAINE UNIVERSITAIRE - #1418 - JUIN 2018



Lancée le 10 novembre 2017 avec une concertation rapide pour établir le rapport CALVEZ/MARCON rendu le 22 février dernier au Ministre, la réforme de la voie professionnelle arrive à sa fin dans tous les sens du terme. Le dossier de presse du Ministère publié le 28 mai précise les modalités de cette réforme applicable dès septembre 2019.



TOUS APPRENTIS ?


Copilotée par les Régions et les branches professionnelles, la réforme de la voie pro est présentée comme le moyen de réduire le chômage des jeunes à l’instar de nos voisins européens, notamment allemands, grâce à l’apprentissage. Au-delà des grands mots « Campus des métiers », « Excellence », « Attractivité », en généralisant l’apprentissage dans tous les lycées professionnels sans en préciser les modalités (sections d’apprentissage séparées et/ ou mixité des publics), la transformation du lycée professionnel permet surtout d’accompagner la réforme de l’apprentissage incluse dans le projet de loi pour la « liberté de choisir son avenir professionnel ».

Chaque lycée étant supposé contenir au moins un UFA (voire un CFA), comment se répercuteront les heures faites en LP et en UFA ou CFA ? Comment seront comptabilisées les 18 heures d’enseignement hebdomadaires ? Le Ministère semble décidé à réduire au maximum toutes les rémunérations complémentaires que les PLP pouvaient obtenir en s’engageant dans l’apprentissage. La question d’une modification du statut se pose.


UNE NOUVELLE ORGANISATION DES ENSEIGNEMENTS SCOLAIRES DICTÉE PAR LES ATTENTES À COURT TERME DES ENTREPRISES


Le SNALC a été reçu à deux reprises en audience au Ministère pour la présentation de ce projet, audiences pendant lesquelles nous avons pu soumettre nos interrogations et nos doutes sur cet objectif.

Le projet peut être résumé en quatre points :

1. CAMPUS ET RÉSEAU

Le nouveau LP sera incorporé à un réseau de campus des métiers selon une logique de lycées thématiques (mer, numérique, transition écologique, tertiaire, bâtiment, etc.). Chaque LP abritera au moins un UFA ou un CFA. Chaque LP sera rattaché à un GRETA selon le fonctionnement existant du GIP/FCIP pour la formation pour adultes et validation des acquis de l’expérience.
Ainsi le LP permettra une formation en apprentissage et en alternance avec une mixité des parcours.
Le SNALC a interrogé le Ministère sur la mixité des publics et ses contraintes, avec la coexistence d’adultes et de mineurs au sein d’une même classe, chaque public ayant un rythme et un calendrier différents. La réponse est que la loi permet la mixité des publics et que des expériences ont déjà été faites. On n’est donc pas dans la complémentarité, mais bien dans l’exploitation des collègues.

2. FAMILLES DE MÉTIERS

Une nouvelle structure des formations regroupées en familles de métiers sera mise en place. 3 familles sont déjà établies et seront programmées pour la rentrée 2019 :
- Bâtiment/Construction durable/Travaux Publics (6 Bacs),
- Transports logistique et Gestion et Administration (2 Bacs),
- Commerce / Vente / Accueil (3 Bacs).
14 autres familles ont été identifiées mais pas encore définies, et plus de 20 bacs ne seraient pas regroupables. Ces familles de métiers sont établies par compétences professionnelles communes. Même si les référentiels changeront peu, les programmes seront à l’écriture dès septembre 2018, certainement en liaison avec les branches professionnelles. Le SNALC s’est d’emblée inquiété des cartes de formations et la diminution du nombre de CAP (qui pourraient être modulés de 1 à 3 ans), de l’implication ou non de l’Éducation nationale et d’enseignants dans l’établissement des programmes. Pour nous, ce « tout compétences transversales » n’est pas à même de développer l’exigence professionnelle.

3. GRILLE HORAIRE

Une nouvelle grille pédagogique des Bac Pro selon les familles de métiers est prévue, avec une répartition différente des heures sur des grilles annuelles. Il y aura moins d’heures élèves mais davantage d’heures en co-intervention entre enseignants des disciplines générales et des disciplines professionnelles.
La première année serait une 2nde unique avec des heures de consolidation de savoir-être et des heures d’AP revisitées (3,5 h en français et maths) suite à des tests de positionnement, de l’accompagnement à l’orientation. De même en terminale pour le savoir-faire.
On constate in fine sur les 3 années une perte horaire enseignant comprise entre 168 h et 380 h (voir encadré).
Une modulation des PFMP est prévue sur les 3 années de formation (4/6 semaines, 6/8 semaines, 8/10 semaines). Une spécialisation en classe de terminale est proposée : soit l’élève choisit la poursuite d’études pour aller en BTS, soit il choisit l’insertion professionnelle.
Le Bac Pro aurait un diplôme intermédiaire en 1ère avec une épreuve anticipée en matière pro et une en matière générale.
Les CCF sont maintenus : ils seraient « simplifiés ». Reste à voir de quelle façon…
Le SNALC a demandé des banques de sujets nationales. Le SNALC redoute que la formation professionnelle réelle ne se limite qu’à 2 ans. On est passé du bac pro 4 ans au bac pro 3 ans… Est-on en train d’arriver progressivement au bac pro en 2 ans ?


4. PÉDAGOGIE

Une nouvelle façon d’enseigner est envisagée pour les PLP : enseignement par compétences, pédagogie de projets, réalisation d’un « chef-d’oeuvre »… L’optique est d’amener les élèves ou apprentis aux BTS, dans lesquels les PLP pourraient enseigner. Cette « promotion » des PLP est clairement là pour faire passer tout le reste, y compris l’adaptation à la mixité des publics (élèves suivant un rythme scolaire, apprentis qui arrivent et repartent en cours d’année, voire adultes qui ne seront qu’épisodiquement en classe en fonction de leur contrat professionnel).

POUR CONCLURE

Le SNALC, qui s’est toujours opposé aux réformes catastrophiques du Bac Pro 3 ans et du PPCR, a pris conscience de toutes les contradictions contenues dans le dossier de presse. Nos questions pendant nos audiences sont souvent restées sans réponse. Pour nous, cette réforme est inacceptable : les objectifs affichés sont incompatibles avec la diminution des moyens horaires annoncée. Notre Ministère parle beaucoup de « bienveillance » : visiblement, il oublie de l’appliquer aux PLP.



RAPPEL SUR LA RÉFORME DE L’APPRENTISSAGE

Les mesures phares de cette loi sont : la limite d’âge repoussée jusqu’à 29 ans révolus, la possibilité de signer un contrat d’apprentissage à tout moment de l’année et enfin, un très important assouplissement des règles de rupture à l’initiative de l’employeur. À l’heure actuelle, le taux de rupture des contrats d’apprentissage est de 30 %. Gageons qu’à l’entrée en vigueur de ladite loi, ce taux sera en augmentation. Cela nous promet pas mal d’aller-retours voie scolaire/ apprentissage.









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