INTÉGRER LES P.EPS DANS LE CORPS DES CERTIFIÉS

INTÉGRER LES P.EPS DANS LE CORPS DES CERTIFIÉS

INTÉGRER LES P.EPS

DANS LE CORPS DES CERTIFIÉS



Par Laurent BONNIN, secrétaire national à l’EPS
Article publié dans la QUINZAINE UNIVERSITAIRE - #1414 - MARS 2018




L’élaboration d’une ligne identitaire légitime, attrayante, pertinente et distincte dans le paysage syndical, m’a semblé un point fondamental au développement du secteur EPS du SNALC. Le but des Assises de l’EPS était de jeter ces bases, en se fondant sur les résultats du questionnaire auquel nos adhérents ont massivement répondu. Cette ligne va dorénavant nous permettre à tous les niveaux, du siège national jusqu’aux établissements, en passant par les bureaux académiques et départementaux, de cibler, de fédérer et de coordonner nos actions dans un même sens. Le temps est maintenant venu de dévoiler et d’expliquer progressivement, au fil de la Quinzaine, les différents éléments qui la composent. Ils se retrouveront synthétisés dans la future Profession de Foi, et le vade-mecum EPS qui fera suite, dans la perspective des prochaines élections professionnelles.


Le premier élément abordé dans cet article concerne la première des revendications du SNALC, revendication « historique » puisque, depuis les années 1990, nous réclamons l’intégration des professeurs d’EPS (P.EPS), dans le corps des professeurs certifiés.

Je rappelle que les P.EPS ne sont pas des professeurs certifiés. S’ils partagent la même grille indiciaire, le CAPEPS n’est pas un CAPES EPS. Les P.EPS appartiennent à un corps différent soumis à une gestion particulière. Concernant leur mouvement et leur avancement, les CAPN et CAPA des P.EPS sont spécifiques, d’où l’intérêt d’y élire des représentants pour le suivi des carrières. En termes de traitement, il y a aussi des différences. La rémunération de leurs heures supplémentaires, HSA ou HSE, est inférieure. Pour les HSA, le calcul de ce taux est fondé sur le traitement moyen, divisé par le temps d’enseignement, multiplié par 9/13. Ainsi, plus le temps d’enseignement est important, plus le montant d’une HS est réduite, double peine ! Enfin, la dernière différence, la plus évidente, concerne le temps passé devant élèves, supérieur de deux heures.


Pourquoi remettre en question ce statut ? Cette revendication est-elle légitime ?

De multiples raisons donnent sens et crédit à cette demande d’intégration des P.EPS dans le corps des professeurs certifiés.


  • Ce nouveau statut achèverait une lente réintégration initiée depuis 1981, lorsque le corps de P.EPS a quitté le Ministère de la jeunesse et des sports pour rejoindre celui de l’Education nationale.


  • Des croyances persistantes entretiennent depuis trop longtemps la justification d’horaires différents entre l’EPS et les autres disciplines. Les temps de préparation des leçons et de correction des évaluations, estimés plus courts, seraient compensés par un temps d’enseignement plus long ! Il est temps de tordre le coup à ces idées reçues.

La préparation des leçons est un temps tout aussi conséquent en EPS que dans n’importe quelle autre matière.

Remarquons à ce propos que les P.EPS ne possèdent aucun manuel de référence pour préparer leurs cours. Les programmes de l’EPS, bien vides en la matière, ne fixent que des grandes lignes.

La transposition didactique est un temps long et préalable à toute intervention pédagogique. C’est un travail souvent méconnu qui, pour l’expliquer simplement, vise a extraire des pratiques physiques et sportives, matière culturelle de référence, les éléments les plus fondamentaux et les plus éducatifs, pour les reconstruire en contenus d’enseignement, adaptés à une population scolaire très hétérogène. Un P.EPS est ainsi à même de traiter une trentaine d’activités physiques et sportives, sur 3 à 4 niveaux d’enseignement, tout en prévoyant des contenus pour des profils très différents.

Chaque P.EPS décline du projet d’établissement et du projet EPS, qu’il a contribué à définir collectivement, des projets ’activité, des projets de cycle et des projets de classe pour chacune de ses classes et des activités enseignées. Chaque leçon doit ensuite entrer en cohérence avec ces projets, faire preuve de continuité, de progressivité et de différenciation, articulant tâches, critères de réalisation, de réussite et remédiations, tout en visant des objectifs très divers, tant moteurs (techniques, tactiques…) que cognitifs (informations, connaissances…) et affectifs (attitudes, comportements…) et en intégrant dorénavant des attentes éducatives transversales (socle commun)… Je le redis, sans manuel.

La correction des évaluations, sans être équivalente à celle de certaines disciplines est tout à fait comparable à d’autres. Les recueils de données individualisées sont nombreux aujourd’hui en EPS et demandent des traitements à posteriori consommateurs de temps. L’utilisation des TICE, de la vidéo, les évaluations des projets d’élèves ne font qu’accroitre les temps de correction, rapprochant singulièrement les P.EPS de leurs autres collègues.

Cet homomorphisme disciplinaire clairement voulu et institutionnalisé depuis la « mission du professeur » (1998) et renforcé par le « référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation » (2013) s’observe dans les pratiques. Professeurs principaux, membres de tous les conseils, qu’ils soient de classe, pédagogiques, d’enseignement, d’administration, d’éducation à la santé et à la sécurité, d’éducation à l’orientation…, les P.EPS exercent également les mêmes missions que leurs quasi homologues.

Plus rien ne justifie aujourd’hui le maintien de ces différences d’horaire et de statut ! Au contraire, d’autres éléments trop rarement pris en considération renforcent cette revendication.


  • Le service de 20h des P.EPS intègre un forfait de 3h relatif à la gestion et à l’animation de l’association sportive (AS), qui n’est pas un club de loisirs dilettante. Ces 3h sont un minimum dû chaque semaine.
    Je sais qu’il y a des controverses et des disparités à ce sujet, des « cultures » locales particulières. Cependant, comme le démontrent les résultats de notre questionnaire, corroborés par d’autres études, la très grande majorité des P.EPS a très à coeur le bon fonctionnement de son AS et de l’UNSS. Si quelques-uns s’en passeraient volontiers, la plupart ne comptent pas leurs heures. Les forfaits nourris de multiples entraînements, de déplacements longs et réguliers, de nécessités annexes de gestion, de financement, etc. sont bien souvent dépassés. Les P.EPS effectuent ainsi plus près des 22h effectives que les 20h statutaires. En plus d’être chronophage, l’AS est aussi très « énergivore », à tel point que, usés en cours de carrière, de nombreux collègues demandent l’abandon de ce forfait au profit de 3h classiques d’enseignement, ce qui leur est rarement accordé.


  • Enfin, suite à l’analyse d’une très sérieuse étude réalisée en 2009 par la DEEP du MEN portant sur les P.EPS (cf memorandum du SNALC, « Santé et souffrance au travail »), nous savons combien les P.EPS constituent un corps particulièrement en difficulté et en souffrance, très tôt dans leur carrière, très largement au-delà de 20 années d’exercice ou de l’âge de 55 ans et a fortiori pour les femmes.

Ces résultats plaident encore pour une diminution et un alignement des horaires d’enseignement des P.EPS, qui travaillent dans des conditions souvent rudes et éprouvantes. Cela permettrait de ménager et de préserver le premier de leurs outils de travail : leur corps.

Quelle forme prendrait ce nouveau statut ?

Tout d’abord, remarquons que vous avez été 84 % à plébisciter cette revendication. Dans notre questionnaire, nous vous avons proposé trois possibilités d’organisation du service des P.EPS. Celle qui remporte le plus grand nombre d’adhésions concerne la modalité avec 15h d’enseignement et le maintien du forfait d’AS de 3h pour un total de 18h. C’est la modalité qui a aussi été retenue par les participants aux Assises. C’est donc ce service, organisé en 15 + 3h, qui va devenir un des éléments centraux de nos revendications. Il va de soi que ce qui est valable pour les P.EPS l’est aussi pour les Agrégés pour lesquels nous demandons un service réparti en 12 + 3h, comme leurs homologues des autres disciplines.

Quels seraient les obstacles à cette intégration ?

Les usages et les croyances décrits précédemment sont des obstacles que l’argumentation ici développée devrait permettre de lever.

Le second obstacle, moins subjectif, est le coût. L’intégration des P.EPS et leur passage à 18h nécessiterait la création de 3 300 postes. Je ferai deux remarques à ce sujet. Premièrement, l’offre de débouchés supplémentaires pour la filière STAPS, saturée, serait une vraie opportunité pour une jeunesse en mal d’emploi. Deuxièmement, au regard des arguments exposés, si le maintien du statut actuel des P.EPS n’est pas juste, alors l’établissement de l’équité ne peut être une question de prix. Il devient une question de droit pour les professeurs et de devoir pour l’Institution.

Enfin, le dernier obstacle est un obstacle concurrentiel. Le syndicat ultra majoritaire en EPS n’a jamais proposé cette intégration. Au contraire, il s’y opposerait, et pour cause ! L’intégration des P.EPS dans le corps des certifiés, c’est la disparition d’un corps spécifique géré par ce syndicat, au genre unique, qui perdrait toute existence légitime et ses avantages associés. Rappelons que les services en Arts plastiques et en Éducation musicale, étaient antérieurement comme ceux de l’EPS. En 2002, leur temps d’enseignement est passé de 20h à 19h, puis ramené à 18h en 2003. L’EPS est bien une discipline à part entière mais laissée entièrement à part par ce seul syndicat disciplinaire, qui n’oublie pas de protéger sa position de monopole au détriment de l’intégration des P.EPS dans le corps des certifiés et qui signerait à coup sûr sa désintégration. Ainsi, l’EPS reste la seule discipline dont les horaires ne sont pas alignés sur ceux des autres matières. Il est temps qu’elle sorte du passé, qu’elle achève son intégration, que les P.EPS deviennent des professeurs certifiés pour l’équité de leur traitement, de leur service et la préservation de leur santé.

Portons donc haut et fort cette revendication, sans hésitation, avec conviction, pour une EPS autrement…




Complément publié en QU1415 :

Citation:
Nous avons exposé, dans la Quinzaine Universitaire précédente, différents arguments légitimant l’intégration des P. EPS dans le corps des certifiés. Nous souhaitons apporter ici un complément important à cet inventaire. Nous précisons que l’écart de 2 h, entre les services des P. EPS et ceux des certifiés, représente sur l’ensemble de leur carrière une différence de 3 000 h d’enseignement.

Sachant que les professeurs certifiés réalisent 666 h de cours annuellement, les professeurs d’EPS effectuent donc 4,5 années d’enseignement supplémentaires, durant leurs 40 années de service. Tout se passe comme s’ils travaillaient finalement jusqu’à l’âge de 66 ans. Quand on sait les difficultés que les P. EPS rencontrent dès l’âge de 50 ans, on mesure à quel point, tout comme l’aménagement de leur fin de carrière, leur intégration est importante et urgente.


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