LYCÉE GALLIENI, DU CHAOS À L’ORDRE

LYCÉE GALLIENI, DU CHAOS À L’ORDRE

LYCÉE GALLIENI, DU CHAOS À L’ORDRE :

UNE RÉVOLUTION CULTURELLE



Article publié dans la QUINZAINE UNIVERSITAIRE - #1414 - MARS 2018




C’est un beau visage que montrait ce week-end de février le Lycée Gallieni à Toulouse. En organisant une opération porte-ouverte, l’établissement et d’abord ses personnels, voulaient montrer que ce lycée des métiers de l’automobile est autre chose que ce qui l’a tristement fait connaître. Établissement doté d’un équipement exceptionnel, riche d’une filière d’excellence de selliers-garnisseurs dont les élèves ont à trois reprises déjà remporté le titre de meilleur apprenti de France, servi par des professeurs dont la crise aura révélé la mesure de l’engagement pour leurs élèves et leur métier, il devrait être, il peut être, l’archétype de la qualité de l’enseignement professionnel français, tel que le conçoit le SNALC. Tout autre est le Galliéni qui depuis la mi-janvier défraie nos chroniques. Il a cristallisé soudain tout ce qui caricature les « LEP », la perte du sens et la relégation scolaire, un lieu où la règle de l’institution s’est contorsionnée des années durant, jusqu’à tout céder à la loi de territoires, dont on n’a pas voulu entendre qu’ils étaient peu à peu perdus pour la République.


GALLIENI N’EST PAS UNE EXCEPTION, MAIS UNE OUTRANCE

Galliéni est une reconstruction. Il a été bâti sur les décombres d’une autre violence, l’explosion du site AZF, qui causa la mort de trente-et-une personnes et coûta deux milliards d’euros de dégâts matériels, dix jours après les événements du 11 septembre 2001. Il bénéficia alors d’énormes moyens. On le sait, des moyens, toujours plus de moyens, cela a longtemps été la revendication majeure pour l’École. Ils y furent. Sous ce regard, l’histoire du lycée est aussi exemplaire. On la perçoit lorsqu’on lit le texte de la pétition qui a recueilli près de onze mille signatures (!) et dans laquelle ses professeurs écrivaient : « Le lycée Gallieni s’inscrit dans un historique de violence et de souffrance de longue date et maintes fois souligné, dénoncé et rapporté à l’institution. Cette année, le pic de colère et de désespoir de TOUS les personnels a été franchi (…) Nous voulons construire un environnement de travail sécurisé, digne, efficace pour tous et devons donc dénoncer la situation ». Il ne s’agit donc de rien de nouveau, et dès 2015 lesdits personnels avaient appelé l’attention sur la dégradation des conditions de discipline. En vain. Histoire trop connue ; à l’image de ce que vivent bien des établissements de toute nature en France, Galliéni n’est pas une exception mais une outrance. Et puis, sans doute, le fait précisément qu’ici toutes les chances humaines et matérielles étaient rassemblées, et que tout allait très mal, aura pesé. Tout comme la sacro-sainte PISA n’a cessé de l’écrire, le vrai problème de l’enseignement français, c’est l’indiscipline des élèves, dont ce lycée a connu la forme ultime. Le contexte a été très vite et simplement exposé par les professeurs. Nous ne faisons que résumer ce que la presse écrite et télévisée leur a permis de dire. Un établissement de 950 élèves, construit sur un parc de plusieurs hectares, où 100 à 200 cents d’entre eux s’y trouvent par nécessité, et non par choix, ni appétence, ni aptitude. Les conditions sont en elles-mêmes réalisées pour que s’y épanouisse une contre-société, régie par la loi des plus forts, pour que règnent dans les murs d’un établissement scolaire des codes archaïques et tribaux qui bafouent nos principes républicains, en réduisant à l’état de sans droits les plus faibles, d’abord les femmes. Face à cette situation, l’attitude de l’institution fut d’abord de réagir comme on l’a vu faire des années durant. À des professeurs qui eux-mêmes disaient qu’ils n’avaient pas été formés à cela, sans oser dire qu’il n’était pas question de l’être parce que « ça » c’est inacceptable, répondait une hiérarchie qui se disait « sensible au ressenti des personnels », comme s’il s’agissait d’un point de vue, non de l’intolérable, et d’un risque réel pour sa personne. On ne reviendra pas plus sur les déclarations d’un fonctionnaire d’autorité, qui incriminait implicitement, une fois encore, la responsabilité et la compétence des professeurs : pour « certains d’entre eux », des « logiques de formation » devaient se mettre en place. On rappellera qu’il s’inscrivait simplement dans une manière de gestion qui aura été la norme. Nous la souhaitons d’un autre temps.


GALLIENI, LYCÉE EXPERIMENTAL DE LA REINSTITUTION RÉPUBLICAINE?

En diligentant une inspection générale immédiate, le ministre de l’Éducation nationale s’est placé en rupture avec la pratique jusque-là convenue. Ainsi, observateurs directs, les IG ont eu le privilège de constater eux-mêmes des départs de feu dans l’établissement dont ils furent comme tous évacués. Témoin d’un réel pour le moins partagé, leur rapport permit une décision, fondée sur une procédure respectée. Preuve est qu’elle peut être efficace, dès lors qu’on le veut. Sitôt ont été engagées des « mesures concrètes, pragmatiques, pour rétablir le droit et remettre la force du côté du droit » pour citer Jean-Michel BLANQUER. S’il n’est pas l’heure d’en mesurer les effets, il faut toutefois souligner que la chaîne hiérarchique a été directement et sans délai touchée, Dasen déplacé et recteur remplacé. Au-delà de la question fragile des personnes, c’est la méthode qui constitue un événement. La réinstitution de l’École que nous souhaitons passe par des actes tels que celui-là. Acta non verba, c’est une révolution culturelle après trente ans d’apparences mal sauvées, de déni et de sacrifice des professeurs à l’illusionnisme scolaire.




contact : info@snalc.fr
SNALC © 2018
Association déclarée - Syndicat de salariés
N°SIREN 784 312 282
4, rue de Trévise 75009 Paris
Hébergement : ovh.com
Site optimisé pour Chrome et Firefox