SECURITE ET EPS, ATTENTION A LA CASSE !

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SECURITE ET EPS, ATTENTION A LA CASSE !

circulaire n° 2017-075 du 19-4-2017
Exigence de la sécurité dans les activités physiques de pleine nature dans le second degré


Un complément de directives
« La circulaire énonce des conseils et des recommandations spécifiques aux APPN devant être pris en compte à la fois dans le cadre d'une réflexion académique et dans la pratique quotidienne des enseignants. Une annexe relative à l'escalade complète la présente circulaire. D'autres APPN (ski alpin, course d'orientation, VTT, randonnée pédestre) donneront également lieu à des annexes qui seront publiées ultérieurement. »


La circulaire sur les APPN, vient donc compléter la note de service de 1994 concernant la « Sécurité des élèves. Pratique des activités physiques scolaires » et la circulaire de 2004 relative aux « Risques particuliers à l’enseignement de l’EPS et au sport scolaire ».
On ressent bien le resserrement de l’étau sécuritaire puisque cette circulaire spécifie les « les opérations incontournables (listes des contrôles de sécurité) à vérifier et à effectuer avant, pendant et après la leçon d'EPS » dans chaque APPN.

Des protocoles spécifiques aux activités et aux académies :
De plus, cette circulaire ne constitue qu’un cadrage national « donnant lieu à des recommandations, au niveau des académies, pour l'élaboration, l'actualisation et la mise en œuvre de protocoles de sécurité pour la pratique des APPN ».
Ainsi chaque APPN sera soumise à un protocole de sécurité spécifique dans chaque académie.
Attention donc aux mutations des professeurs, mais aussi aux rencontres dans le cadre de l’UNSS dont les conditions de mises en œuvre sécuritaires pourront varier d’une académie à l’autre.
Ainsi comme le précise la circulaire « quand un stage APPN est organisé dans une autre académie, les enseignants doivent prendre connaissance du protocole de l'académie d'accueil afin de s'imprégner des recommandations validées par les experts locaux. Le protocole académique le plus strict s'applique. »

La responsabilité du professeur toujours plus engagée :
Il est aussi bien entendu rappelé que « l’enseignant reste, quel que soit le niveau d'évolution des élèves et quel que soit le dispositif concerné, responsable des choix pédagogiques proposés. La chaîne de sécurité et de contrôle, ainsi que la surveillance des élèves sont donc de sa responsabilité. Celle-ci ne peut être déléguée à des élèves. La responsabilité de l'enseignant reste pleine et entière même en présence d'un intervenant extérieur éventuel ».
Il est donc attendu que le professeur, qui « doit s'organiser pour garantir de façon pleine et entière une chaîne de sécurité et une chaîne de contrôle fiables », maîtrise parfaitement chacun des protocoles et les éléments des chaînes y afférant.

Une impérieuse nécessité de formation :
« Ces règles ne doivent pas être perçues comme une entrave ou une contrainte à la pratique professionnelle mais plutôt comme une ressource devant alimenter des gestes professionnels qui devront être régulièrement actualisés dans le cadre de la formation continue »
Il est bien évident que la maîtrise de la sécurité est un point fondamental qu’il ne s’agit pas de remettre en question. Mais l’exigence de la circulaire et des protocoles spécifiques qui vont en découler imposent des remises à niveau et donc la réactivation d’une formation continue conséquente dans ces activités sensibles, ce qui n’est plus le cas depuis de nombreuses années.
Par exemple en escalade la circulaire stipule que « le professeur doit porter un baudrier, équipé d'une longe, d'une ou deux dégaines, et d'un système frein afin de pouvoir intervenir rapidement en tout point du mur ou pour porter assistance à un élève. Il doit maîtriser les gestes élémentaires d'assistance à un élève en difficulté en hauteur ».
Il n’est pas évident qu’aujourd’hui, pour diverses raisons d’ailleurs, tous les professeurs qui enseignent cette activité soient en mesure d’effectuer ce type d’intervention.
Si les professeurs « doivent pouvoir s'approprier les gestes professionnels en actualisant régulièrement leurs connaissances et leur formation » alors une vraie formation continue doit impérativement et rapidement être ré instaurée.

Le point de vue du SNALC :
Nous le réaffirmons, il n’est pas question de remettre en question la protection des élèves et la garantie de leur sécurité. Mais force est de constater que la société se judiciarise, que les normes de sécurité se décuplent et envahissent tous les espaces publics et privés, protégeant certes les utilisateurs mais aussi les institutions et leurs représentants. Celui qui est mis sur la sellette, à l’interface entre les 2 champs, qui sera interrogé et attendu à la moindre défaillance, c’est le professeur hyper-responsabilisé et qui pour ce faire doit être hyper-compétent.
Or, les programmes scolaires exigent des professeurs l’enseignement de ces activités, mais avec les seules compétences que leur formation initiale leur a alloué. Avec des ressources hétérogènes, pouvant être insuffisantes, ils doivent permettre le passage de tous les élèves par le champ d’apprentissage renvoyant à ces pratiques.
L’état doit donc prendre aussi ses responsabilités et partager ces responsabilités en proposant l’accès à une véritable formation continue, pour ne pas dire initiale pour certains collègues, sur ces activités. Il doit aussi faciliter activement cette gestion hyper-sécuritaire en offrant des moyens supplémentaires comme des dédoublements de classes ou le renforcement de l’encadrement, procédures bien plus justes et efficaces que le simple fait d’inviter ou d’autoriser passivement les enseignants à le faire, comme le suggère la circulaire.
Dans le cas contraire, il y a fort à parier que l’effet de ce nouveau texte et des protocoles associés va engendrer un autre type de casse. Il s’exercera dans le déséquilibre et la qualité de la formation proposés aux élèves à travers un double mécanisme. Celui d’un engagement à minima des enseignants vis-à-vis des APPN qui se traduira par des déprogrammations de ces pratiques dans les projets d’EPS et/ou par des traitements didactiques si aseptisés de ces activités, visant à totalement les édulcorer de leurs problématiques de sécurité, qu’ils vont faire perdre aux apprentissages ce qui constituait leur centre d’intérêt.

Laurent Bonnin, Secrétaire national à l’EPS
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