EPS : le rapport Lecou

EPS : le rapport Lecou

E.P.S. - Rapport LECOU :
de bonnes paroles, des perspectives d'évolution à surveiller


Dans son rapport sur le sport à l'école remis au Président de la République en février dernier, Robert Lecou, député UMP de l'Hérault, dresse un état des lieux de la diversité de l'offre sportive scolaire (EPS obligatoire, USEP, UNSS, expérimentation " cours le matin, sport l'après-midi ", volet sportif de l'accompagnement éducatif) et présente les systèmes finlandais (encore !) et allemands, admettant leur supériorité en termes de nombre et de qualité des équipements sportifs à disposition des écoles. Suivent 24 propositions dont nous allons pointer les plus saillantes.

Notons que le député insiste sur la compétence et l'expertise des professeurs d'EPS, l'expérience qu'ils ont des élèves, leur capacité à travailler en équipe tout en regrettant " qu'ils ne jouissent pas toujours de la reconnaissance qu'ils méritent ". Il conforte le rôle et la place de l'EPS et de l'UNSS, en particulier dans l'atteinte de l'objectif d'éducation à la santé et de lutte contre le surpoids et l'obésité, mais également en mettant en avant que la pratique physique et le sport peuvent augmenter les capacités cognitives : les élèves motivés par des projets scolaires et sportifs réussissent souvent mieux. L'EPS est considérée comme fondamentale et le sport comme un élément indiscutable de cohésion sociale et d'éducation à la citoyenneté. Réaffirmant fermement la place incontournable du mercredi après-midi comme moment de rencontres (compétitives ou non) indispensables à la vie des AS, il propose également une campagne de communication (sur le modèle de la sécurité routière) pour valoriser la pratique sportive dans les établissements aux yeux du grand public et des parents. Emerge également l'idée (déjà proposée par certains IPR-IA) de reconnaître l'apport du sport scolaire dans le cadre du DNB et du Baccalauréat. Si des affirmations et des propositions semblent encourageantes, d'autres nous semblent plus étonnantes, voire inquiétantes.

S'il est admis que le forfait AS de 3 heures doit être pérennisé, même s'il représente un coût important, il est précisé " qu'il ne paraît pas judicieux d'en conserver l'attribution automatique sans condition ", comme si le forfait était un bonus, une prime, un cadeau attribué aux professeurs d'EPS alors qu'il fait partie intégrante de notre métier et de notre mission et que la grande majorité des enseignants y consacrent beaucoup d'énergie et de temps, même au-delà du forfait. Le député propose alors de confier au seul chef d'établissement " en lui laissant toute latitude dans le cadre de son autonomie " la rédaction d'une lettre de mission annuelle qui préciserait la mise en oeuvre du forfait. Plus loin, on évoque l'idée de créer un " contrat sportif local " réunissant sur un territoire donné les fédérations sportives, les collectivités territoriales, les élèves, les parents et les établissements scolaires. Si la plupart des chefs d'établissement peuvent définir conjointement avec les équipes EPS les missions de chacun, on ne peut écarter d'autres scénarios tels que des clubs locaux et des élus qui, pour répondre aux besoins et aux attentes de certains publics, convaincraient de l'intérêt de pratiquer telle ou telle activité sans tenir compte de l'avis des animateurs. Les choix doivent s'effectuer en concertation. S'il est normal que l'activité soit contrôlée (il existe déjà les inspections en AS, le cahier d'AS, l'assemblée générale annuelle comportant bilan d'activité et bilan financier entre autres), il ne faut pas perdre de vue que la plupart des enseignants agissent dans l'intérêt des élèves et pour la promotion des AS.

Par ailleurs, la semaine des élèves devrait comporter au moins 1 heure par jour, soit 7 heures par semaine d'activité physique, étant entendu que sont inclus dans ces horaires les trajets pour se rendre à pied à l'école ou au stade. Faut-il éloigner les établissements scolaires de leur parking et des arrêts de transport en commun pour favoriser l'atteinte de cet objectif ? L'horaire hebdomadaire d'EPS devrait-il être variable suivant le mode usuel de déplacement des élèves ?


Même s'il n'en est jamais directement question, le contexte économique apparaît en filigrane et il est évident à la lecture du rapport que les propositions s'entendent à moyens constants. Lors de l'étude des exemples finlandais et allemands, le député se garde bien de citer des chiffres quant aux installations (impossible d'estimer quantitativement notre retard), mais suggère la pratique du grimper de corde pour palier le manque de salles ! Sait-il que la plupart de ces installations ont été démontées depuis bien longtemps ? S'il évoque la mutualisation des moyens et l'encouragement de plans de rénovation, l'heure n'est pas aux plans ambitieux de construction. Enfin, il semble qu'aucune proposition concrète à mettre en oeuvre rapidement n'émerge pour aider les AS en difficulté (la libération du mercredi après-midi risque par exemple de ne rester qu'un voeu pieux). Une AS est en difficulté (moins de 10 % des élèves licenciés) ? La solution consisterait en une redistribution des moyens, ce qui signifie qu'on renoncerait à proposer une AS à tous les élèves en se contentant d'augmenter l'offre là où elle rencontre un certain succès. A terme, ne risque-t-on pas d'abandonner l'AS notamment en LEP ?


Enfin, le risque apparaît de considérer l'AS comme une sous-offre en matière de sport. Robert Lecou estime (page 103) que " le sport scolaire n'est qu'une étape, il n'est pas une fin en soi ". Or, si le rôle des enseignants d'EPS est aussi d'encourager, d'orienter certains élèves vers une pratique de club, la pratique à l'AS est complète et peut être suffisante pour certains, et ce pour différents motifs : offre des clubs différente ou très éloignée, coût d'adhésion plus élevé … Une de ses spécificités est notamment la possibilité de pratique multisport : le même élève peut participer aux cross, être membre de l'équipe de handball ou de rugby de son établissement et pour terminer l'année, participer aux compétitions d'athlétisme, peut-être en tant que jury ! Quelle autre structure permet cela ? C'est notre richesse et c'est également un des aspects qui doivent être considérés pour promouvoir et faire évoluer le sport scolaire. Le SNALC s'y montrera attentif dans les débats à venir.


Nolwenn LE BOUTER
Secrétaire national à l'EPS
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