L'avenir de l'agrégation

L'avenir de l'agrégation

L'avenir de l'agrégation
Réforme du recrutement et de la formation des maîtres : le pédagogisme en embuscade ?


Avec les balbutiements de la mise en place des "masters d'enseignement" et les projets de disparition des IUFM - en fait intégrés aux universités - l'année scolaire 2007-2008 fut animée des plus vives rumeurs, faisant notamment état de la disparition prochaine des concours du CAPES et de l'Agrégation.

Récemment présenté aux organisations syndicales, le Protocole sur les objectifs et les principes directeurs de la réforme du recrutement et de la formation des enseignants, véritable "feuille de route" pour de "nouveaux" concours dès 2010, possède en vérité tous les attributs d'une nouvelle provocation. Sous des oripeaux attrayants - "un pouvoir d'achat réévalué, des professeurs mieux formés aux exigences du métier, une première affectation mieux préparée, un accompagnement en établissement par les collègues expérimentés assuré de façon systématique" - déclarations d'intention et pires préceptes pédagogisants se côtoient ... le tout bien évidemment animé de sourdes préoccupations budgétaires !

Nouveaux concours : légers, légers ...

Le ministère souhaite assurer une "élévation du niveau de qualification" : "les enseignants devront justifier de l'obtention d'un diplôme de master pour pouvoir être recrutés à titre définitif à l'issue des nouveaux concours de recrutement. Tout étudiant inscrit en deuxième année de master ou ayant déjà validé celui-ci pourra donc se présenter aux nouveaux concours de recrutement". Plus concrètement, il faudra, pour pouvoir s'inscrire au CAPES, CRPE ou Agrégation, posséder obligatoirement un M1, et être en mesure de justifier de l'obtention du M2 au moment du recrutement définitif. Dans la plupart des cas, les primo-postulants passeraient donc l'écrit du concours choisi pendant leur année de M2, à la fin du premier semestre (et valideraient a priori ce premier semestre par les notes obtenues lors des concours blancs - mais chaque université sera libre de faire ce qu'elle veut !). Au second semestre, place serait faite aux stages de pratique accompagnée dans les classes mais sur la simple base du volontariat. Les admissibles passeraient un oral "simplifié" sur la base des stages effectués, qui pourrait, selon certains conseillers de Xavier Darcos, s'apparenter à un "entretien d'embauche", faisant intervenir chefs d'établissements, IEN, etc. Outre cette entrée en force des préceptes pédagogistes, on ne peut également que s'interroger sur la complexité d'une procédure qui fait coexister, la même année, travail de recherche (le M2 définitif devant être validé par un mémoire, forcément réduit par les contraintes du calendrier !), "initiation" professionnelle (stages) et préparation d'un concours a priori de haut niveau disciplinaire - mais dont on pourra douter du sérieux compte-tenu des délais réduits de préparation, à moins que l'année de M1 soit réellement une année de préparation intensive aux épreuves, et non un terrain d'expérimentation pour préparateurs IUFM en mal de [dé]formation ... !

Pour l'instant, le principe d'un concours national (avec programme national) est maintenu, mais les échos d'entretiens obtenus par certaines associations de spécialistes auprès du cabinet font état d'une situation qui pourrait bien n'être que provisoire : le ministère ne ferme pas la porte à l'éventualité de concours par académies, dans un futur encore non défini ...

Les épreuves en seraient totalement revues, dans une optique nettement plus "professionnelle" que disciplinaire : "les nouveaux concours des premier et second degrés comprendront trois types d'épreuves destinées à évaluer la culture disciplinaire, la capacité à planifier et organiser un enseignement et la connaissance du système éducatif". Le SNALC n'a rien contre l'idée d'une épreuve destinée à évaluer les connaissances juridiques et administratives, sinon philosophiques d'un futur professeur en matière d'organisation et d'histoire du système éducatif, en remplacement notamment de la très controversée Epreuve sur Dossier ; mais il ne peut en revanche accepter que cette dernière, dont le caractère artificiellement pédagogique n'est plus à démontrer, soit renforcée. Il ne peut également tolérer que les épreuves disciplinaires, fondement et force du métier, soient réduites à la portion congrue et, par exemple, organisées uniquement à l'écrit du CAPES, éventualité largement évoquée par certains conseillers du ministre, au motif que "le niveau disciplinaire est du ressort des Universités et est bien entendu acquis en licence - sinon vous ne donneriez pas une licence à vos étudiants". Ironie ou méconnaissance du niveau réel d'une majorité d'étudiants se présentant aux concours du CAPES, il n'empêche qu'il semble actuellement particulièrement dangereux de sélectionner de futurs professeurs sur la base d'une unique épreuve disciplinaire écrite. A moins de penser que l'incapacité béante d'une majorité d'admissibles, au CAPES d'Histoire-Géographie par exemple, à nommer et placer fleuves ou principaux massifs montagneux sur une carte de France n'aura aucune incidence sur leur enseignement ...

La distinction entre CAPES et agrégation serait maintenue. Toutefois, on peut s'interroger sur la survivance à long terme d'un concours dont les bases de recrutement - à savoir le M2 - seraient les mêmes que celles du CAPES. A moins de faire de l'agrégation - ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être - un concours de recrutement à destination exclusive de l'enseignement supérieur, sinon des lycées, l'on risque de ranimer - mais peut-être est-ce l'objectif - la vieille querelle sur le traitement spécifique des agrégés dans le second degré. Car il sera difficile de défendre - sinon par la seule difficulté du concours - les "avantages", en termes de salaire et d'horaires, de ces nouveaux agrégés recrutés au même degré universitaire que leurs homologues certifiés.

Entrée dans le métier et début de carrière : des promesses ...

Point irrecevable dans les discussions à venir : l'affectation immédiate des lauréats à temps plein dans les établissements scolaires. Le SNALC ne peut certes qu'approuver toute disposition tendant à restreindre de fait l'influence du discours des "sciences de l'éducation" : le développement des situations de pratique accompagnée, auprès de professeurs de "terrain" et expérimentés est à cet égard intéressant. Pour autant, il ne saurait accepter que de jeunes collègues inexpérimentés soient priés de gérer - pour de basses raisons de budget ! - une situation de plein exercice dès leur entrée dans le métier. A cet égard, la proposition d'accompagnement de ces jeunes collègues par des "professeurs référents" plus âgés - à raison de 108 heures par an dans la classe de leur stagiaire, soit 3 heures/ semaine et seulement 1/6 du temps de service du néoprofesseur ! - n'est qu'un leurre, quand on connaît le degré de saturation en heures supplémentaires des professeurs en exercice. Loin d'échapper d'ailleurs à l'emprise des "défunts" IUFM - dont on peut penser que la vivacité créatrice se poursuivra au sein des Universités - ces néotitulaires devront -en sus ! - "bénéficier d'actions de formation spécifiques en dehors du temps scolaire" ...

Sont également prévues des mesures "d'affectation spécifique" - serpent de mer bien connu, jamais vaincu - comme une "revalorisation des débuts de carrière". Laquelle prendrait la forme, préconisée par le désormais célèbre Pochard, d'une gratification destinée à "faire face aux frais de premier équipement qu'occasionne l'entrée effective dans le métier" ; un abonnement internet et du matériel informatique cache-misère, en quelque sorte ... et rien de bien révolutionnaire sous le soleil !

Au final, c'est une occasion ratée de plus que se prépare le ministère Darcos : loin de revaloriser le métier, les principes énoncés - parce qu'ils conjuguent mépris des compétences disciplinaires, véritable cœur du métier, et éclatement du cadre national, conduiront inexorablement à la dégradation d'un niveau déjà inquiétant, sinon à l'érosion de recrutements devenus délicats.

En proposant, lors de son dernier congrès de réflexion, que la formation des maîtres soit poussée au niveau M1, le SNALC n'imaginait pas que ce report puisse une fois encore profiter à tous ceux qui contribuent, au sein des IUFM en particulier, à la désagrégation de l'Institution scolaire. Il défendra donc, dans les instances de discussion à venir, l'idée d'une élévation réelle du niveau de recrutement par l'excellence disciplinaire, et veillera à préserver la situation morale et matérielle de futurs jeunes professeurs sacrifiés sur l'autel des exigences budgétaires.
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