Le SNALC cité dans FigaroVox : École obligatoire de 3 à 18 ans

Le SNALC cité dans FigaroVox : École obligatoire de 3 à 18 ans

École obligatoire de 3 à 18 ans :

les élèves passeront plus de temps à ne pas apprendre





Par Alexis Feertchak, lefigaro.fr, 22/09/2016



FIGAROVOX/ENTRETIEN - Najat Vallaud-Belkacem a annoncé qu'elle souhaitait étendre la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans. Pour Jean-Paul Brighelli, ceci n'est pas sérieux car le problème n'est pas la question de l'âge, mais celle du savoir que l'on a engrangé — ou non.

Jean-Paul Brighelli est enseignant à Marseille et essayiste. Spécialiste des questions d'éducation, il est ancien élève de l'École normale supérieure de Saint- Cloud et a enseigné les lettres modernes en lycée et à l'université. Il est l'auteur de La fabrique du crétin (éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2005). Son dernier livre, Voltaire ou le Jihad, le suicide de la culture occidentale, est paru en novembre 2015 aux éditions de l'Archipel.


FIGAROVOX. - À l'Université PS de l'engagement, le ministre de l'Éducation nationale a annoncé par un tweet l'une des mesures phares du programme du PS en matière d'éducation en vue de la prochaine présidentielle: «Pour aller plus loin sur l'Éducation, je proposerai d'étendre la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans». Comment analysez-vous cette annonce?

Jean-Paul Brighelli - Par un tweet! Voilà qui augure bien du sérieux, du «pensé» d'une telle proposition! Soyons sérieux: comme le dit aujourd'hui le SNALC, il faut d'abord «se préoccuper de transmettre à l'école primaire et au collège les savoirs permettant aux élèves de poursuivre leurs études dans de bonnes conditions, au lieu de vouloir systématiquement allonger d'abord les durées d'études, dans le vain espoir que des élèves en très grande difficulté à 13 ans vont miraculeusement combler toutes leurs lacunes à 17». Un chiffre n'est pas un contenu.


Nombre d'études internationales notent que la crise éducative est due d'abord aux manquements rencontrés dès l'école primaire où les connaissances fondamentales en français et en mathématiques ne sont plus transmises. Est-ce une solution de rendre obligatoire l'école maternelle?

Un fait au moins: des programmes intelligents (on n'en est pas là) donneraient aux moyennes et grandes sections de maternelle des objectifs précis dans l'acquisition d'abord des gestes qui amènent à la graphie (nombre d'instituteurs le font, mais ils ne sont pas dans les clous du «tout oral» qu'impliquent les actuels «programmes Najat»), puis dans le déchiffrement et au final une vraie capacité de lire/écrire. En ce sens, je serais favorable à un allongement en amont de la scolarité — qui aurait aussi le grand avantage de mettre dans un bain linguistique français (à condition là aussi que ce soit l'objectif déclaré) des enfants qui chez eux ne sont pas dans les meilleures conditions pour acquérir la langue. Si l'objectif (et encore n'est-il pas aujourd'hui formulé dans ces termes) est que le lire/écrire / compter soit maîtrisé en fin de CP, il faut commencer avant.


Le lycée obligatoire permet-il de répondre à la crise des décrocheurs et celle des jeunes qui entrent sur le marché du travail sans aucune qualification?


Au moins 110 000 jeunes sortent de fin Troisième sans rien — rien dans les mains, rien dans la tête, et par voie de conséquence, rien dans les poches. Ces 110 000-là correspondent aux 14 à 20% d'élèves qui à l'entrée en Sixième ne maîtrisent pas la lecture — ni l'écriture. ET qui n'ont rien appris au collège, et par voie de conséquence ont souvent gravement perturbé les cours. Les garder deux ans de plus au lycée, professionnel ou non, ne leur apprendra pas les fondamentaux qu'on a été incapable de leur enseigner, faute d'une volonté claire de transmettre des savoirs et non des «compétences» et de leur offrir, tout au long de leur formation, des cours de remédiation qui seraient autre chose que l'Aide personnalisée mise en place par le ministre. En l'état, cela leur permettra de mettre le bazar deux ans de plus. Un grand service à rendre à ceux qui souhaitent vraiment étudier!


Dans le même temps, Theresa May souhaite recréer au Royaume-Uni les anciennes Grammar Schools, ces écoles gratuites où l'on entrait après une sélection drastique en sixième. Qu'en pensez-vous?

Partout les dirigeants — sauf quand ils sont bornés par une idéologie aveuglante — constatent que les systèmes scolaires mis en place par les «assassins de l'école», pour reprendre l'expression de Carole Barjon, ont engendré des générations d'analphabètes. Manifestement les Anglais n'ont pas peur du mot «sélection», qui est chez nous un tabou.


Commencer à travailler dès 16 ans est-il devenu tabou? Cela poserait-il vraiment problème si les bases éducatives étaient acquises dès la fin du collège?

Commencer même à quinze — mais à condition qu'arrivent sur le marché du travail, comme vous le dites fort bien, des jeunes possédant la maîtrise des fondamentaux, et susceptibles donc d'apprendre à apprendre. On en est très loin. Qu'est-ce que des patrons feront de gosses incapables de dessiner un angle droit ou de déchiffrer des consignes élémentaires? Encore une fois le problème n'est pas la question de l'âge, c'est le fait de savoir ce que l'on a engrangé — ou non.


À l'opposé de l'école maternelle, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé une réforme du master en ouvrant la voie à un recrutement dès le master 1 (elle ne parle pas néanmoins de «sélection»…) tout en ne remettant pas en cause le droit à la poursuite des études. Comment expliquez-vous cette omniprésence politico-médiatique de Najat Vallaud-Belkacem depuis la rentrée? S'inscrit-elle dans une stratégie politique en vue de l'élection présidentielle de 2017 alors qu'en 2012, François Hollande avait fait de la jeunesse sa priorité?

Là encore, on se moque du monde. J'ai fait des propositions précises sur la question — visant entre autres à faire du Bac un examen de fin d'études, et à autoriser toutes les formations du Supérieur à recruter sur dossier ou examen dès la première année de Licence.
Quant au destin faramineux que s'imagine Najat Vallaud-Belkacem, il m'indiffère totalement. Elle est déjà entrée dans l'histoire des cataclysmes. Manifestement, elle vise à s'y tailler une place de choix dans le futur.







Jean-Paul Brighelli


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