ET SI DEMAIN LES RETRAITES ETAIENT DIVISEES PAR DEUX ?

ET SI DEMAIN LES RETRAITES ETAIENT DIVISEES PAR DEUX ?

ET SI DEMAIN LES RETRAITES ETAIENT DIVISEES PAR DEUX ?




Par Frédéric ELEUCHE, secrétaire national du SNALC chargé de la question des retraites
Article publié le 30 mai 2016



Nos collègues ont lu ou entendu ces dernières semaines évoquer l’intention d’aligner « les retraites du public sur le privé » » Nous avons voulu examiner concrètement la signification d’une telle promesse.

Chacun sait que le privé reçoit une pension calculée sur les 25 meilleures années et qu’elle se monte grossièrement à 50 % de leur dernier salaire. Mais on nous promet que « bien entendu » on tiendra compte des « primes » dans le calcul des pensions comme dans le privé. On est bien bon.

D’abord, dans notre éducation nationale, personne ne touche de primes qu’il s’agisse des professeurs ou des personnels administratifs, de santé et sociaux. Nous recevons des indemnités.

Prenons l’exemple d’un professeur certifié arrivé en fin de carrière, au 7e échelon de la hors-classe, le cas le plus favorable, mais qui n’est pas le lot de tous. Actuellement, il touche 3625 euros par mois. Dans le système actuel, on suppose qu’il a cotisé pendant le nombre de trimestres requis ; il peut donc compter sur une pension brute égale à 2778 euros (3625 x 75/100) Soustrayons la CRDS, la CSG, la CASA et même la MGEN dont le prélèvement vient justement d’augmenter. Notre nouveau retraité recevra une pension nette de 2400 euros dans le meilleur des cas.

Imaginons maintenant le même professeur certifié « aligné » Il peut compter sur une pension brute d’environ 1800 euros ou 1584 euros net. Mais joie ! Il faut ajouter ses indemnités, celle du suivi et d’orientation qui se monte à 1200 euros par an, soit 100 euros par mois. Soyons généreux : il aura peut-être même reçu une heure supplémentaire année, soit 1183 euros par an ou encore presque 131 euros par mois pendant 9 mois. Croit-on vraiment qu’il sera aligné sur le privé ? Ne sera-t-il pas plutôt ramené au niveau à peine supérieur à celui du S.M.I.C. ? Et nous avons pris le seul exemple du certifié arrivé au sommet de sa carrière. Qu’on imagine le sort d’une adjointe d’administration qui de toute façon n’a pas droit aux heures supplémentaires et dont le traitement en fin de carrière ne dépasse pas 2000 euros par mois dans le meilleur des cas !

Car n’oublions pas que dans le privé, on cotise pour une retraite complémentaire. Une caisse de retraite est alimentée par les cadres ou par les employés. Cette retraite complémentaire leur permet de recevoir une pension supérieure à la moitié du traitement versé durant les 25 meilleures années. Et l’on sait le sort fragile de l’ARRCO et de l’AGIRC !

Mais on « oublie » allègrement que les fonctionnaires de l’Etat n’ont pas de caisse de retraite et que leurs pensions (comme leurs traitements) sont payées sur le budget général de la nation : répétons que les 9,94 % qu’ils « versent chaque mois pour la pension civile » ne sont versés nulle part ! Simplement, l’Etat prélève 9,94 % sur le traitement qu’il leur verse, somme qu’il garde dans le budget général.

Si donc l’on veut aligner le public sur le privé, il faudra d’abord créer cette caisse et commencer à l’alimenter pendant un nombre suffisant d’années pour pouvoir y puiser de quoi payer les retraites du public.

Ensuite, il faudra que les professeurs entrés récemment dans la carrière fassent un nombre considérable d’heures supplémentaires pour que le jour de leur retraite venu, leur pension ne se limite pas à la moitié de leur traitement mais à la moitié de leur traitement ET des indemnités et des heures supplémentaires perçues durant tout ce temps.
Il en résulte que si par malheur l’alignement devait être décidé, il ne pourrait se mettre en place complètement qu’au bout de …25 ans au moins sauf à envoyer immédiatement cinq millions de fonctionnaires dans la rue !
Ceux qui rêvent de cet alignement ont-ils bien réfléchi ?




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