EXTRAIT D’UN HOMMAGE RENDU À UN(E) COLLÈGUE DISPARU(E)

EXTRAIT D’UN HOMMAGE RENDU À UN(E) COLLÈGUE DISPARU(E)

EXTRAIT D’UN HOMMAGE RENDU

À UN(E) COLLÈGUE DISPARU(E)




Contribution émouvante d’un(e) collègue de notre syndicat qui permet de bien prendre la mesure de la catastrophe engendrée à la suite d’un décès considéré comme lié aux conditions de travail : autour de chaque victime vivent et éventuellement « souffrent avec » (compassion) la famille, les amis, les collègues, les voisins et, dans le cas des enseignants, les élèves et leurs familles.


« Je ne faisais aucunement partie du cercle de tes proches, je sais si peu de toi, il m'est cependant inconcevable de ne pas te rendre hommage, d'entretenir ainsi ta mémoire, de contribuer au moins un peu à l'ascension de l'astre échappé.
Constellation de mots, pour toi à jamais.

Il est vrai que j'ai répugné à ajouter quoique ce soit à la page Facebook qui depuis ton envol t'est consacrée.
J'ai tardé à m'approcher du bâtiment où tu travaillais pour apporter « ma rose » et l'accrocher aux grilles.
Grilles couvertes de fleurs. Soudain.
Élans irrépressibles de tant de jeunes surtout, qui t'apprécient, t'estiment, pour lesquels tu as compté.
Pulsions de vie.
Pulsions qui transfigurèrent ces frontières d'acier en un champ épanoui et luxuriant.
Là, éclosent aussi, tout aussi brusquement, quelques textes de jeunes, parfois plastifiés, juste pour que la pluie ne les efface pas. Textes-épanchements qui te sont autant de dédicaces.

D'aucuns ont pu s'indigner de tant d'impudeur. D'aucuns ont pu, même, croire que tous ces jeunes étaient manipulés.

Ce fut avec tristesse que je vis toutes ces insurrections poétiques disparues à la veille des vacances de février alors même que, la veille encore, tant de fleurs pointaient, comme autant de Gavroches, le bout de leurs corolles.
J’éprouvai un véritable coup de foudre pour une rose blanche dont le bord des pétales était cramoisi de rose-rouge. Un jeune homme, le fils de la fleuriste, me révéla que cette espèce-là se nommait « Espérance » et je me suis amusée - chagrinée pourtant - de ce sourire du sort, de ce signe plein de promesses.
Ma rose fut alors la seule à encore pointer sa corolle avec insolence.
Ce fut là la troisième que je t'offris. La dernière ? Pas si sûr.
Toi, si timide et le déplorant tant et plus.
Tu redoutais d'avoir à prendre la parole en public, pourtant, lorsque finalement tu la prenais, tu ne séduisais pas, ni ne persuadais, non, mais immanquablement, tu convainquais et plaisais, bien malgré toi. Toujours.
Pourquoi hésitais-tu tellement à te rendre à l'évidence et d'ailleurs, de plus en plus au cours de ces deux dernières années, à l'évidence de ton talent et de ta compétence ?
Tu possédais un excellent contact avec les jeunes, doté(e) d'une bienveillante autorité naturelle. Du reste, ce regard chaleureux et juste rayonnait auprès de tes collègues aussi. J'ai pu m'en apercevoir. En effet, la seule année lors de laquelle j'eus l'opportunité de travailler avec toi, tu me morigénas un jour car je quittais toujours quelques minutes plus tôt ma seule classe de troisième de manière à ne pas être trop en retard en 6ème où d'autres m'attendaient, un peu plus loin, sur un autre site.
Toi, qui souffrais, je le sais car tu me l'as révélé, à moi, à d'autres, comme ça, juste en passant, en nous effleurant, en ayant honte, alors même que l'épanchement n'était pourtant pas ta manière... car, oui, on t'a vue dépérir, petit à petit, tout doucement...

Nous ne savons pourquoi, au juste, tu n'es plus parmi nous. On n'a pas le droit de nous le dire vraiment. Cela, et nous le comprenons bien, est réservé à tes proches mais nous nous souvenons et parfois à tort, peut-être, nous avons l'impression qu'on voudrait comme te bannir de nos esprits, t'extrader de nos mémoires. Nous nous sentons un peu coupables lorsque, seulement, nous prononçons ton nom.

Je pense beaucoup à ceux qui restent : tes proches, nos jeunes, nos collègues... et tant d'autres, qui sont dans le deuil et ont du mal à l'être sereinement, parfois, car ils s'en veulent peut-être d'encore y penser alors que la vie continue et doit continuer, alors que depuis un mois tes funérailles et la Grande Rencontre n'ont toujours pas pu être organisées...

Nous nous demandons parfois si tu as commis un geste irréparable, nous ne le savons pas, nous ne sommes pas sûrs.
Nous avons MAL.
Nous ne sommes pas des mécaniques. Parfois nous voudrions bien. Ce serait plus facile, sans doute.
En réalité, nous ne voudrions pas mais alors pas du tout car ce qui nous distingue d'autres, ce sont nos cœurs en chamade, nos pulsations, nos tempo agitato et tant pis si, parfois, ça fait MAL.

Tu n'es plus parmi nous, envolé(e) jeune encore.

Un jour, c'est le grand jeu de la vie, les grilles ne fleuriront plus. C'est ainsi.

Mais des spectres de roses et des fantômes parfumés seront là. Toujours. A jamais.
Et certains d'entre nous, les Élus, les salueront, sans honte et sans regret, avec allégresse même.
L'éradiquer, la voiler, la nier, la Mort, c'est faire – ni plus ni moins - fi de la Vie.
Oublier le passé, c'est se condamner à le revivre.
Je cite ici une amie chrétienne qui m'écrivis « Faire d'un événement de mort qui porte en soi tant de conséquences naturellement morbides, faire de ce champ de ruines une "cause" capable de rédemption, de résurrection, c'est [possible]. La vie seule triomphera, pas la mort. »

Adieu! Paix à ton âme ! À Dieu ! »


Dans les extraits de cet hommage se trouve tout ce qu’il faut ressentir et savoir. Personnels de direction et collègues devraient tous y réfléchir car de tels événements se sont produits, se produisent encore et nous voudrions tellement QUE CELA CESSE et que l’on ne réduise pas la souffrance au travail, lorsqu’elle existe et atteint de tels niveaux, à de la simple fragilité et autres problèmes personnels comme si tous ceux qui ne craquent pas (pas encore) lorsqu’ils sont surexposés à la maltraitance devaient illustrer la norme héroïque sur laquelle s’appuyer afin d’en demander et d’en faire faire toujours plus.

Les procédures judiciaires peuvent durer très longtemps et nous devrons attendre que leurs issues soient devenues publiques pour les communiquer Toutefois, le message doit continuer à passer, il tient ici en un seul mot : ASSEZ !



Hervé Garlet
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