LES EMPÊCHEURS DE RÉFORMER EN ROND

LES EMPÊCHEURS DE RÉFORMER EN ROND

LES EMPÊCHEURS DE RÉFORMER EN ROND




Portrait possible d'un(e) collègue qui ne serait pas pour cette réforme...

Esquisse sortant des sentiers battus, se jouant des clichés et autres légendes urbaines...


- Il (ou elle) n'a rien contre l'interdisciplinarité qu'il pratique déjà, avec plaisir et conviction, depuis toujours, mais pas à doses aussi massives que préconisé - doses de cheval prises sur nos horaires disciplinaires.
Quand aura-t-il, dès lors, encore le temps de transmettre les savoirs ? Avec quelle marge horaire et quels moyens ?

- Il n'a rien non plus contre l'idée d'une réforme (il pense qu'il est même nécessaire et urgent de réformer, mais pas comme ça...).

- Il n'a rien contre la nouveauté, rien pour non plus : cela dépend de la nouveauté proposée...

- Il peut être un jeune prof, sans être forcément un blanc-bec, il peut aussi être un vieux prof, sans pour autant souffrir d'un Alzheimer précoce.

- Il ne se perçoit nullement comme élitiste, d'autant moins qu’il peut tout aussi bien enseigner dans le privé sous contrat "pour les pauvres" (ça existe), en ZEP, dans un collège de centre-ville ou un établissement sous contrat très chic, et même l'allemand, le latin, le grec, tout autant que des matières considérées - par d'aucuns - comme moins élitistes...

Il a à coeur de faire progresser tous ses élèves : des plus fragiles aux plus performants et veut être en mesure de le faire... parce qu’il n'est pas du tout pour la médiocrité et la débilité de tous - et par tous partagées, en l'occurrence, DE FORCE.

A son sens, tous nos élèves ; qu'ils soient bons, dits moins bons, voire fragiles...

TOUS VONT TRINQUER.

- Il n'a rien contre l'épanouissement des élèves, bien au contraire ! Il n'a rien contre des "pauses ludiques" parfois, et le rire et l'allégresse, toujours !

Il lui m'importe toutefois et avant tout de ne pas mépriser ses élèves, par conséquent, d'être ambitieux pour eux.

Il lui est arrivé, voyez-vous, de recueillir des réactions surprenantes de la part de certains élèves comme: "Cela ne m'a pas tellement intéressé, j'ai trouvé cela trop évident... trop facile, un peu démago".

Il a lu dans certains regards aussi "J'ai été heureux de surmonter cette difficulté".

Beaucoup des ses élèves, les pires des réactionnaires, ces d'jeuns, apprécient ce qu'ils nomment "un vrai cours" or, tout cela, il l'a vécu auprès d'élèves de tous niveaux.

On ne "s'épanouit", lui semble-il, dans l’air du temps d’aujourd’hui, qu'à court terme, dans la facilité. Il trouve que les élèves valent mieux, beaucoup mieux...

- Il a parfois été jusqu'à sacrifier sa carrière au nom de l'intérêt de ses élèves en devenant un professeur clandestin, réfractaire à ce qu'il pense nocif, voire toxique pour l'élève, même si c'est préconisé, voire imposé, même s'il ne doit que fonctionner et aurait dû devenir un technicien de sa matière et, accessoirement, en didactique.

Pour lui, la pédagogie est un art qu'on peut, grâce à l'expérience et au travail, perfectionner.

Pour lui, le sens de la pédagogie est inné et pas donné à tous, au grand dam sans doute de certains.

Il estime néanmoins que la formation préalable tout comme la formation continue sont nécessaires dans la mesure ou elles permettent parfois de « mutualiser » les expériences, trucs et astuces, et d'échanger avec « les collègues du terrain », les vrais.

Contrairement à d'autres, il accueille les différences d'approches et conçoit que chacun puisse trouver son chemin pour mener les élèves « plus loin ».

Cependant il éprouve aussi une certaine perplexité, voire une grande défiance, vis-à-vis de certains formateurs grands manitous et jargonnants, prompts parfois à un doux terrorisme intellectuel...

Ce résistant a pu parfois être pris en flag' par un Inspecteur et, par conséquent, être plutôt mal noté mais il est resté quand même élégant dans son amour du métier et des élèves.

(Au demeurant, il n'a a priori rien contre les inspecteurs, rien pour non plus : cela dépend des inspecteurs.)

A l'instar de Barbey d'Aurevilly, il sait ravauder lui-même ses lavallières, parce que souvent, tout de même, il n'est pas très riche.

A l'instar de Lacenaire, il est poète et transgressif, mais pas délinquant : il n'a tué personne, il veut juste être en mesure de transmettre.

Il est agacé qu'on veuille faire de lui un privilégié ou pire, le faire passer pour un minable tout en ne l'écoutant jamais alors même qu’il combat sur le terrain et qu'il est un hussard de la République, chrétien, juif, musulman, etc. ou agnostique, PEU IMPORTE.

Il peut aussi, s'il travaille, par choix, dans une école confessionnelle sous contrat, dans le cadre de la Pastorale, rayonner et avoir à coeur de transmettre sa foi tout en respectant et estimant le bien-fondé des lois de la République.

- Il n'a rien contre ceux qui sont "pour la réforme" : ils peuvent tout à fait être, ceux-là, par exemple, de bons pères ou mères de famille et même, des oncles et des tantes adorables pour beaucoup, des enseignants très soucieux de l'épanouissement de leurs élèves car ils pensent que, les petits nounous, ils s'amuseront bien, s'ennuieront moins (mais peut-être aussi s'ennuieront-ils plus que jamais, qui sait ? Y ont-ils seulement pensé?).

Ils pensent, "ceux qui sont pour" que leurs pitchounes d'élèves "apprendront autrement".... seulement voilà, that is the question,

QU'APPRENDRONT-ILS ENCORE ?

Seront-ils armés, ces collégiens-là, face aux "autres", ceux qui prendront des cours "en plus" ?

Chacun sait qu'on gagne rarement une course en flânant et en baguenaudant. Alors les parents, si toutefois ils le peuvent, paieront "des cours en plus".

Il y a les uns, il y a les autres.

Ceux qui peuvent payer et ceux qui ne peuvent pas.

C'est le grand jeu de la vie !

Souvenez-vous du pauvre Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault...

"Hé bien, dit le Loup, je veux l'aller voir aussi; je m'y en vais par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera."

Le Loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu'elle rencontrait. Le Loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand..."
Vous connaissez la suite, non ?

Et Pinocchio, vous avez lu ? Après le pays de Cocagne, le pauvre, il subit un chemin initiatique cruel et tout de même plutôt cauchemardesque, non ? Devenir un âne…

Le fait que cette réforme - dite égalitaire - ouvre la porte à toujours plus d'inégalités, non seulement me fait penser à Orwell mais me désole et me scandalise tout particulièrement.

ON VOUS MENT !


A vous, enseignants ! A vous parents d'élèves ! A vous, pauvres collégiens qui allez bien vous amuser peut-être et, plus tard, subir !

Juste une hypothèse : Parmi "ceux qui sont pour la réforme" ou "pas contre", il y a les vite et mal informés, les enfumés, les naïfs peut-être, les "qui n'ont pas le choix" (enseignants suppléants éjectables à merci et qui ont sacrément intérêt à la boucler) mais peut-être y en a-t-il aussi, parmi eux, qui n'en auraient surtout pas voulu pour leurs enfants, de cette réforme, mais qui... veulent se faire bien voir et, peut-être, tirer les marrons du feu ?

S'il y en a de tels alors, très franchement, ceux-là, il ne les aime pas, mais alors pas du tout ! MOI NON PLUS.

Et l'intérêt de l'élève, BORDEL ?



Collégialement vôtre,



Marie-Claire Salessy-Oswald, SNALC Versailles
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