Pour ou contre les blocs de compétences ?

Pour ou contre les blocs de compétences ?

Pour ou contre les blocs de compétences ?



L’arrivée du compte personnel de formation (CPF) impose la mise en place des blocs de compétences. Les refuser mettraient l’éducation nationale hors course, d’autant qu’elle a déjà raté le départ au profit du Ministère du travail. Néanmoins, la plus grande prudence est de mise car ce qui peut paraître à beaucoup un ajustement technique est en fait le début de ce qui pourrait rapidement être une révolution copernicienne de la formation



Quelques rappels pour situer le sujet : la notion de compétence est une notion importée du monde du travail et plus particulièrement de la formation professionnelle où l’on identifie par nécessité ce que savent faire les salariés qui doivent changer de poste ou accéder à une formation. On nous l’impose en procédant au découpage à l’excès des connaissances de nos élèves : les grilles de notation dans la voie professionnelle peuvent comporter jusqu’à trente items aboutissant à la quasi impossibilité de mettre une note en dessous de la moyenne. Idem en langues. Evidemment cela nous irrite, car cela contribue à distribuer des diplômes dévalués. Et nous entendons parler depuis plus de dix ans avec une insistance variable des systèmes européens de crédits (ECVET* et ECTS**), si compliqués que seuls quelques rares spécialistes s’y retrouvent à peu près.

Aujourd’hui la pression vient de France avec la mise en place au 1er janvier 2015 du compte personnel de formation (loi Sapin du 6 mars 2014) en remplacement du droit individuel à la formation (DIF). Les dispositions clefs de cette nouvelle loi consistent d’une part à imposer qu’une formation éligible au CPF soit qualifiante contrairement au DIF et d’autre part à s’appliquer à toute personne d’au moins 16 ans, ayant un emploi (15 ans pour les apprentis), ou à la recherche d’un emploi, ou accompagnée dans un projet professionnel.

Il aura certes fallu environ un an pour que les effets du CPF se fassent sentir mais ils sont spectaculaires. En effet, une formation est considérée comme qualifiante si elle fait l’objet d’une inscription au registre national des certifications professionnelles (RNCP) : le délai observé correspond au délai d’instruction des dossiers d’inscription. Les plus réactifs en la matière ont été les établissements d’enseignement supérieur puisque le nombre de titres inscrits au RNCP pour le supérieur est passé de 3000 à 5000 en un an. Désormais tous les acteurs de la formation continue se hâtent d’inscrire leurs formations au RNCP quitte à procéder à un léger toilettage, d’autant que le marché qui s’ouvre est infini !

En effet, l’ouverture du CPF aux apprentis et à tous les demandeurs d’emploi, même et surtout les plus jeunes, est un autre moyen pour les opérateurs privés de vider les lycées professionnels.

Pour autant, nous ne pouvons rester dans le refus et l’immobilisme : mondialisation et progrès techniques imposent à tous une carrière faite de changements réguliers et donc d’adaptation permanente à de nouveaux emplois ; on considère que 50% des emplois de 2020 n’existent pas aujourd’hui. La meilleure défense étant l’attaque, nous nous devons de rendre opérationnels les blocs de compétences, mais en protégeant les conditions de travail des élèves en formation initiale, des jeunes n’ayant pas commencé leur carrière et revenant en classe, des adultes en formation continue et bien sûr des professeurs.

Les blocs de compétences sont nécessaires du fait des modalités d’acquisition des droits *** (tranches de 120 et 150 heures) et des modalités de mise en œuvre de la formation continue
: rares sont les salariés qui peuvent s’absenter plusieurs semaines alors que rares sont les diplômes qui nécessitent moins d’une centaine d’heures de formation. Un découpage s’impose donc. Les candidats à la formation continue disposent d’acquis que la validation des acquis de l’expérience (VAE) permet d’ores-et-déjà d’identifier afin de définir des dispenses d’unités de diplôme et donc une réduction du temps de formation. La situation des jeunes n’ayant pas entamé leur carrière est de fait plus complexe.

Sous la pression liée au CPF, la direction générale de l’enseignement scolaire a conduit une réflexion quant au mode de découpage des diplômes en blocs de compétences. Il s’agissait de définir la « finesse » de la maille, le degré de parcellisation à atteindre. Le travail a été fait sur les diplômes de la voie professionnelle et les BTS. La recommandation a été soumise aux organisations syndicales de professeurs en audiences bipartites puis lors de la réunion de la formation interprofessionnelle (FIP : réunion des CPC). La DGESCO prévoit de considérer comme un bloc de compétences une unité constitutive d’examen. Chaque unité correspond en effet globalement à un savoir ou savoir-faire cohérent et identifiable. Le SNALC approuve cette recommandation. Pour autant, comme le cabinet qui aujourd’hui souhaite le maintien du mode actuel de délivrance des diplômes de la formation initiale (en totalité ou pas du tout), nous considérons que le découpage ne peut s’envisager que pour les adultes en formation continue. Dans le cas contraire, les sorties « avant diplôme » ne feraient que masquer des sorties sans diplômes en donnant des morceaux de diplômes ne faisant pas sens et surtout ne permettant pas le retour en formation tout au long de la vie.

Par ailleurs, afin de favoriser les retours en formation prévus par la loi de refondation de l’Ecole, la nouveauté aujourd’hui consisterait à prendre en considération les acquis de candidats ayant été ajournés à un examen en les dispensant des unités de diplôme où ils ont obtenu la moyenne. Cette disposition présentée comme nouvelle correspond en fait à la « forme progressive » en vigueur depuis longtemps, qui permet aux redoublants de conserver les notes au-dessus de la moyenne pour les disciplines de son choix. Nous sommes favorables à la promotion de ces dispositions peu utilisées pour le moment.

Mais la mise en œuvre des « blocs de compétences » posent néanmoins plusieurs questions : celle du contrôle en cours de formation, celle du niveau dans chaque discipline ou bloc, et celle du mélange des publics suscité par les retours en formation.


Ainsi, le CAP s’acquière entièrement en CCF et on sait que nombre de titulaires de ce diplôme ne savent pas lire : comment considérer qu’un savoir ou un savoir-faire est acquis et transférable si la façon de délivrer le diplôme est variable sur le territoire ?

Certaines unités de diplôme sont définies de manière similaire pour des diplômes de niveaux différents (CAP ou bac pro par ex) : comment définir les dispenses dans ce cas, pour les disciplines professionnelles comme pour les disciplines générales ?

Plus complexe : le droit au retour en formation
permet à un jeune ayant quitté le système scolaire sans diplôme professionnel ou à un jeune titulaire d’un baccalauréat général ayant quitté l’enseignement supérieur de revenir dans un établissement de formation initiale. Nous redoutons dans nos sections de baccalauréat professionnel ou de techniciens supérieurs le mélange imposé de jeunes aux besoins très différents, comme nous l’observons déjà avec l’inclusion d’apprentis dans des classes de formation initiale scolaire.

Nous savons que le groupe classe constitue un élément clef pour favoriser la réussite des élèves et ce groupe peut difficilement fonctionner si les élèves ont une obligation d'assiduité à tous les cours alors que les récurrents sont dispensés de manière variable en fonction des unités de diplômes acquises : on prive alors tous les acteurs des repères nécessaires à une saine gestion de classe.

Nous sommes donc favorables aux blocs de compétences pour les adultes en formation continue. Pour les jeunes dont la carrière professionnelle n’a pas encore commencé mais qui ont quitté l’école, doivent être créés au sein des établissements scolaires des groupes adaptés à leurs besoins spécifiques, notoirement différents de ceux des élèves : leur retour à l’école témoigne d’un niveau de maturité qui impose un enseignement à leur mesure.

Oui aux blocs de compétences, mais sans saucissonnage absurde des diplômes et sans mélange des publics de maturité différente.



*ECVET : système européen de crédits d’apprentissage pour l’enseignement et la formation professionnels
** ECTS : système européen de transfert et d'accumulation de crédits
*** modalités d’acquisition des droits : une personne acquière des droits à formation à raison de 24h/an jusqu’à 120h puis 12h/an jusqu’à 150h



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