AUDITION AU SÉNAT DU LUNDI 16 MARS 2015

AUDITION AU SÉNAT DU LUNDI 16 MARS 2015

AUDITION AU SÉNAT DU LUNDI 16 MARS 2015





Mesdames et Messieurs les membres de la Commission d'enquête,



Vous avez convié notre organisation, le Syndicat National des Lycées et Collèges (SNALC) à vous faire part de ses observations à propos du service public de l'éducation, de la perte des repères républicains que révèle la vie dans les établissements scolaires et des difficultés rencontrées par les enseignants dans l'exercice de leur profession.

Permettez dès lors que je commence mon exposé par une brève présentation de notre organisation. Fondé en 1905, le SNALC est le doyen des syndicats de l'enseignement secondaire public. Depuis 2008, à l'instar de 14 autres syndicats de fonctionnaires, dont le Syndicat des Fonctionnaires du Sénat (SFS), il est membre de la Fédération Générale Autonome des Fonctionnaires (FGAF). Contrairement à la quasi-totalité de ses concurrents, il ne reçoit aucune subvention de l'Etat. De même, il est totalement indépendant des partis politiques, quels qu'ils soient. Depuis 2012, il a élargi, en partenariat avec le Syndicat National des Ecoles (SNE), son champ de syndicalisation, initialement limité aux professeurs de l'enseignement secondaire, à l'ensemble des personnels du Ministère de l'Education nationale. Aux élections de décembre 2014, la liste qu'il a présentée avec le SNE a obtenu un siège au Comité Technique Ministériel du Ministère de l'Education nationale (CTMEN) qui compte 15 membres, grâce à un quasi doublement de ses voix par rapport à 2011, et avec 16 élus nationaux chez les professeurs de chaire supérieure, les professeurs agrégés et les professeurs certifiés, il a confirmé sa place de second syndicat des professeurs de lycées et collèges. Depuis 1905, le SNALC défend l'Ecole de la République, c'est-à-dire une école ouverte à tous qui permette aux élèves, grâce à leurs efforts et à la mise en valeur de leurs aptitudes, de connaître la promotion sociale qu'ils méritent. De ce fait, dès les années 1970, il a été le premier et le seul à dénoncer les dysfonctionnements patents du système scolaire français, qui plus tard ont été mis en lumière par les évaluations internationales comme PISA et font aujourd'hui consensus.

Soucieux de remédier à la déliquescence d'un système scolaire qui laisse sur le carreau 20% des élèves, nous avons pris une part active à la Refondation de l'Ecole lancée depuis 2012, mais nous sommes aujourd'hui déçus du résultat obtenu, notamment à propos de la réforme des rythmes scolaires ou de celle du collège. Syndicat de proposition et non de déploration, nous avons par ailleurs élaboré un projet de réforme clef en main pour le collège, intitulé le Collège modulaire et un autre pour le lycée, le lycée de tous les savoirs que vous pouvez découvrir sur notre site www.snalc.fr, dans la rubrique Publications.

Venons-en à présent à l'analyse que nous faisons de la situation du service public d'éducation suite aux douloureux attentats que nous avons connus en janvier dernier.

Tout d'abord nous voudrions pointer un premier dysfonctionnement : l'Education nationale a été à nos yeux trop régie par le passé par une culture de l'excuse et une volonté de ne pas faire de vagues. En effet, afin de ne pas générer des tensions au sein des établissements difficiles et de ne pas rompre une certaine paix sociale, l'institution scolaire, chefs d'établissements en tête, a été marquée par un excès de frilosité. Face à des comportements violents et répréhensibles, les dispositions contre la violence prises par les ministres successifs, quelle que soit leur couleur politique, inspirées notamment par les travaux de M. Eric Debarbieux et soutenues par la principale association de parents, la FCPE, ont abouti sur le terrain à ce que les Conseils de Discipline soient de plus en plus rarement réunis et aient du mal à sanctionner les fauteurs de troubles du fait d'un encadrement juridique de leurs prérogatives de plus en plus complexe à gérer. Dans les faits, particulièrement dans les collèges et lycées professionnels les plus difficiles, on se contente bien souvent de ne pas voir ou de ne pas entendre et de réunir des commissions éducatives peu dissuasives pour les élèves. Comme nous l'avons indiqué dès le 12 janvier à Mme la Ministre, et nous avons été les seuls à le faire, un fait est révélateur de cette culture du laisser-faire: le rapport de Jean-Pierre Obin sur Les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires datant de juin 2004 énumérait déjà dans sa conclusion toutes les dérives que connaissent aujourd'hui les établissements et en 11 ans rien n'a été fait...

Cela nous amène à ce qui constitue pour nous la seconde cause de dysfonctionnement : le refus de l'institution scolaire d'appliquer strictement à l'Ecole publique les principes de la laïcité républicaine. Fondé en 1905, date symbolique pour la laïcité s'il en fut, seul syndicat enseignant à avoir soutenu la loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques, se prononçant récemment contre le port du voile pour les mères accompagnant les sorties scolaires dans l'enseignement public ou approuvant la Charte de la laïcité que le Ministre Vincent Peillon a fait afficher dans tous les établissements publics, le SNALC a toujours milité pour une stricte application de la laïcité républicaine à l'Ecole publique. Pourtant, nous avons par exemple encore tout récemment pu dénoncer par le biais d'une Lettre ouverte au Président de la République et à Mme la Ministre de l'Education nationale rédigée par notre responsable de l'académie de Strasbourg, M. Jean-Pierre Gavrilovic, et consultable sur notre site académique (www.snalc.fr/strasbourg) de nombreuses entorses à la loi pratiquées en Alsace...

La troisième source de dysfonctionnements provient du fait que la fonction de professeur est matériellement et symboliquement déconsidérée. Le 21 janvier dernier, le président de la République, lors de ses voeux au monde éducatif appelait solennellement dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à restaurer l'autorité des professeurs. Si on ne peut manquer d'approuver une telle démarche, elle risque malheureusement de rester lettre morte sur le terrain, d'abord parce que les professeurs sont désormais des travailleurs pauvres et parce que l'institution scolaire ne tient aucun compte de ce qu'ils disent ! Rappelons en effet que dans les années 60, un professeur certifié gagnait quatre fois le montant du SMIC ; aujourd'hui la rémunération d'un jeune certifié, qui a fait 5 ans d'études et passé un difficile concours ne dépasse plus le SMIC que de 11%... De même, alors que les professeurs des écoles rejettent majoritairement la réforme des rythmes scolaires imposée dans I'enseignement primaire, celle-ci a été appliquée malgré leur opposition. De même, alors que la grande majorité des professeurs du secondaire sont attachés à un enseignement disciplinaire, la réforme du collège en cours de négociation s'apprête à remettre en cause les disciplines sans tenir compte de leur avis comme cela vient d'être fait avec le socle commun adopté par le Conseil Supérieur de l'Education du 12 mars dernier. Autre exemple du mépris de l'institution face au corps enseignant : grâce à un amendement déposé par le SGEN-CFDT que nous n'avons bien sûr pas voté, et repris par l'administration dans le décret relatif aux nouvelles lndemnités pour Missions Particulières, le Comité Technique du 11 février dernier a donné aux élèves et aux parents d'élèves le pouvoir de décider du montant de la rémunération des professeurs par leur vote au Conseil d'Administration des établissements: cette subordination des professeurs aux usagers du système est une première dans toute l'histoire de l'éducation !

Dès lors, pour nous, la conclusion est claire : ce n'est pas en faisant chanter la Marseillaise aux élèves que l'on remédiera aux dysfonctionnements de I'Ecole mais bien en écoutant davantage les professeurs de terrain et les organisations syndicales qui, au vu du dernier scrutin de décembre 2014, sont leurs légitimes représentants, plutôt que de continuer à laisser piloter l'institution scolaire par une nomenklatura de haut-fonctionnaires et de pseudos chercheurs en sciences de l'éducation, inamovibles quels que soient les gouvernements et qui n'ont de cesse que de collectionner les promotions et les honneurs malgré leur échec manifeste incarné par 40 ans de déliquescence du système scolaire français !




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